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Dominique de Villepin, premier invité des "Mots Politiques" sur LCI

Dominique de Villepin était, ce jeudi, le premier invité de la nouvelle émission de LCI, présentée par François Bachy: Les Mots Politiques.

« La grande question pour notre pays, c’est celle de la justice sociale et de la justice fiscale. Je veux remettre le citoyen au coeur de la République française.

Le citoyen aujourd’hui, il est d’un extraordinaire cynisme, très souvent d’une très grande indifférence et surtout, il n’est pas mis à contribution à hauteur de ses moyens. Une République, c’est une République qui sollicite chacun de ses enfants à partir de ce qu’ils ont. Faisons en sorte que les citoyens aient l’obligation de voter: c’est une nécessité républicaine. Faisons en sorte que chaque Français paie l’impôt », a-t-il déclaré.

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« Il faut un effort national de très grande ampleur »

C’est bien le drame français: c’est que nous sommes soumis tous les 5 ans à des calendriers électoraux qui ne permettent pas des efforts de longue haleine. Nous sommes face à des défis exceptionnels ! Citons un chiffre: la dette française, 1600 milliards d’euros. Et nous serons à partir de 2013-2014 le premier pays émetteur de dettes en euros au monde ! C’est pour vous dire que les choses ne vont pas s’arranger tout seul.

Face à une situation exceptionnelle, il faut un effort national de très grande ampleur. Ca implique effectivement un gros travail de réduction des dépenses: il faut nettoyer toute une série des dépenses qui sont engagées et reconduites année après année. L’Inspection des Finances nous le dit très clairement et très crument: 50 milliards, 50 milliards d’euros de niches fiscales qui sont sans justification !

Sur le plan de rigueur du gouvernement

C’est un début, mais il n’est pas à la mesure des enjeux ! La plupart des économistes se retrouvent sur l’idée qu’il faudrait aujourd’hui des plans d’économies de 20 à 30 milliards d’euros par an. C’est ce que j’avais fait moi-même entre 2005 et 2007: 50 milliards d’euros de réduction de la dette pendant cette période. C’est dans cette période que nous avons réussi à faire passer la dette de 2.7 par rapport au Produit Intérieur Brut. Nous n’avions pas fait cela depuis 30 ans. Alors, il faut être ambitieux ! (…)

Les crises n’expliquent pas tout: elles n’expliquent que pour une part l’augmentation de la dette. Il faut donc être à la mesure des enjeux. Quand j’ai quitté Matignon, nous étions dans la même situation que l’Allemagne et nous voyons bien que depuis, depuis 2007, les chemins entre la France et l’Allemagne ont divergé.

Un risque d’éclatement de la zone euro ?

C’est le véritable risque aujourd’hui. Si nous ne sommes pas capables, non seulement de nous donner des objectifs à long terme (une gouvernance européenne, une capacité à traiter ensemble les problèmes économiques, les problèmes fiscaux), mais si nous ne sommes pas capables de nous doter d’outils communs qui seront seuls susceptibles de rassurer les marchés… Je prends l’exemple de la dette: si nous ne sommes pas capables d’affirmer une solidarité sans faille sur la Grèce bien sûr, mais aussi sur l’Espagne, sur l’Italie voire sur la France, eh bien la crédibilité de la zone euro ne sera pas suffisante !

Pour des euro-obligations

(Nicolas Sarkozy, ndlr) a fort à faire et l’Allemagne qui a elle aussi un calendrier électoral en 2013, Madame Merkel, marque beaucoup de réticences, mais nous avons besoin d’une mutualisation des dettes et nous avons besoin d’un outil: les euro-obligations. Pourquoi? Parce que c’est la seule façon de montrer aux marchés qu’il n’y aura plus de failles, qu’il n’y aura plus la possibilité de jouer contre l’euro. (…)

C’est très sympathique les réactions corporatistes ou égoïstes de chacun des Etats, mais vous savez, le fameux slogan après la première guerre mondiale: « L’Allemagne paiera » et qui s’est bien vérifié depuis la deuxième guerre mondiale, puisque l’Allemagne a payé pour les dettes de guerre, l’Allemagne a payé pour la réunification allemande et l’Allemagne paie aujourd’hui ou a le sentiment de payer pour l’Europe.

Mais les choses vont s’aggraver pour l’Allemagne, et plus vous tardez, plus ça coûte cher ! Rappelez-vous la faillite de Lehman Brothers en 2008 ! Les Etats-Unis n’ont pas voulu faire face: ça a coûté à la communauté mondiale beaucoup, beaucoup, beaucoup plus !

L’Allemagne n’a pas d’autre choix que la solidarité, sans quoi nous entrerons tous dans une crise encore plus grave. Ne l’oublions pas, l’économie mondiale est fragile: situation des Etats-Unis, situation de la Chine, situation de l’Europe ! Si nous voulons avancer les yeux fermés dans la récession, continuons comme ça !

Sur le plan européen d’aide à la Grèce

C’est de l’argent qui aujourd’hui ne permet pas le redressement de la Grèce. La preuve: la Grèce continue de plonger, tout simplement parce que la Grèce n’a pas les moyens aujourd’hui, seule, de s’en sortir. Si nous n’affirmons pas une solidarité vis-à-vis de la Grèce, si nous ne réduisons pas la spéculation vis-à-vis de la Grèce par justement le moyen d’une mutualisation des dettes, eh bien la Grèce continuera son chemin vers le bas.

Sur la proposition de Dominique de Villepin d’instaurer un impôt citoyen

La grande question pour notre pays, c’est celle de la justice sociale et de la justice fiscale. Chacun doit être responsable et je veux remettre le citoyen au coeur de la République française.

Le citoyen aujourd’hui, il est d’un extraordinaire cynisme, très souvent d’une très grande indifférence et surtout, il n’est pas mis à contribution à hauteur de ses moyens. Une République, c’est une République qui sollicite chacun de ses enfants à partir de ce qu’ils ont. Faisons en sorte que les citoyens aient l’obligation de voter: c’est une nécessité républicaine. Faisons en sorte que chaque Français paie l’impôt.

C’est pour cela qu’en contrepartie d’un revenu citoyen où chacun retrouverait sa dignité, où l’ensemble des allocations sociales qui aujourd’hui sont distribuées sans qu’on sache très bien pourquoi et à qui, nous unifierions l’ensemble des allocations, mais surtout nous transformerions ces allocations d’assistance en un revenu d’activité. C’est-à-dire que chacune des personnes qui toucheraient ce revenu citoyen seraient dans l’obligation d’avoir une activité. (…)

8 millions de pauvres dans notre pays, plus de 4 millions de chômeurs: que ceux qui pour des raisons médicales, reconnues, n’aient pas la possibilité d’avoir une activité, eh bien qu’ils continuent à toucher les revenus d’allocations ! Mais que tous les autres aient une activité, ça changera le moral de la France, ça changera la place du citoyen, ça remettra notre pays en marche. Et puis, nous sortirons du rouge en ce qui concerne nos comptes sociaux, la situation de l’assurance maladie… Chaque Français se retrouvera en position d’agir, chaque Français retrouvera sa dignité !

« Election après élection, la déception toujours au rendez-vous »

Je crois au réveil du citoyen, je crois au réveil des Français, je crois que quand la situation est grave, les Français, tout au long de leur histoire, ont été capables de sursauts. Mais je crois que ce qu’il faut retenir des dernières décennies, élections après élections, c’est quoi? C’est la déception et c’est la frustration, c’est cet éternel mouvement de balancier.

Parce que notre politique est dominée par le fait majoritaire, les majorités se constituent pour gagner l’élection, et à peine l’élection est-elle passée, eh bien on se remet en branle pour gagner l’élection suivante. Et c’est donc la déception, toujours au rendez-vous.

« Que plusieurs personnalités, hommes, femmes de différents bords politiques puissent se rassembler »

Si l’on veut éviter justement de céder à toutes les catégories, regardez: le plan de rigueur à peine a-t-il été décidé, il est battu en brèche par les lobbies, par les groupes d’intérêt ! Pour arriver à faire face, il faut que plusieurs personnalités, hommes, femmes de différents bords politiques puissent se rassembler pour marquer leur volonté de gouverner ensemble.

Je suis prêt à me rassembler avec tous ceux qui sont de bonne volonté, tous ceux qui sont prêts à mettre ensemble leurs idées pour bâtir un programme pour répondre aux difficultés de la crise, mais aussi aux difficultés plus profondes de la France. Et à partir de là, nous déciderons au début de l’année qui devra être le candidat à l’élection présidentielle.

Dominique de Villepin appelle-t-il à un rassemblement derrière lui?

Absolument pas ! Mais c’est ça la nouveauté de ma démarche ! Tous les autres disent: « Et moi, et moi, et moi ! Rassemblez-vous autour de moi ! Je vais être le sauveur, accompagnez moi ! »

Je crois qu’il faut changer de stratégie: bâtissons un programme d’ensemble, un programme collectif qui soit susceptible de sortir la France de la crise et nous déterminerons au début de l’année prochaine celui qui sera, ou celle qui sera, le mieux placé pour défendre cela.

Vous savez, gouverner la France, c’est difficile ! On ne peut pas la gouverner à la petite semaine ! On ne peut pas la gouverner en défendant les intérêts particuliers ! Il faut être plusieurs pour défendre l’intérêt général français. Retrouvons l’intérêt général dans notre pays !

« On ne dirige plus la France depuis l’Elysée »

Une fois de plus, ne mettons pas la charrue avant les boeufs ! Il y a aujourd’hui en France une prise de conscience formidable sur les questions de sécurité, une prise de conscience sur les questions de la dette, une prise de conscience sur les questions de l’éducation, une prise de conscience sur les questions de justice sociale: mettons en avant les mesures indispensables pour redresser notre pays ! Celui qui sera chargé de diriger la France sera choisi ensuite, et puis il ne le fera pas seul !

Vous savez, on ne dirige plus la France à partir l’Elysée: ce n’est pas vrai ! On a besoin d’un vrai Premier Ministre, d’un Premier Ministre fort. (…)

On est isolé partout: on est isolé à l’Elysée, on est isolé à Matignon, on est isolé dans les ministères. D’où la nécessité de travailler en équipe, d’où la nécessité, et c’est ce que j’ai fait quand j’étais Premier Ministre, avec Thierry Breton, avec Jean-Louis Borloo et avec beaucoup d’autres: il faut faire un effort formidable sur soi-même pour ne pas se laisser enfermer.

« Le peuple français, soudé et rassemblé »

Retrouvons l’esprit d’équipe, dans la crise ! Vous savez, c’est le sens de la résistance en France, c’est le sens du sursaut à travers les conflits ! C’est le peuple français, c’est des équipes soudées et rassemblées, c’est le refus de l’ambition personnelle, c’est l’esprit d’humilité et d’abnégation qui doivent être au rendez-vous !

Personne ne sauvera la France tout seul : ni Nicolas Sarkozy, ni Martine Aubry, ni François Hollande, ni moi-même, ni personne ! Par contre, des hommes et des femmes résolues à travailler ensemble: oui ! Ce serait un bel exemple à donner aux Français: c’est ce qu’ils attendent !

Sur la date du début de la campagne présidentielle

Le temps de l’élection présidentielle sera, compte tenu de ces 30 ou 40 années de déception et de frustration, sera tardif. L’élection présidentielle ne commencera qu’au début de l’année prochaine. (…)

Attendons, attendons ce temps-là ! Préparons-le, faisons en sorte d’avoir un programme collectif, de grande envergure, à la mesure des enjeux et pas des petites mesures qui flattent les uns et essaient de diviser les autres ! A partir de ce moment-là, nous pourrons choisir le meilleur candidat pour la France !

Comment la France peut-elle être pionnière sur les énergies renouvelables ?

Voilà une vraie question ! Et c’est pour cela que je suis convaincu que nous devons retrouver une politique énergétique plus équilibrée. La France aujourd’hui, c’est 80% de nucléaire en ce qui concerne notre énergie électrique. Je crois qu’il faut arriver à un équilibre plus satisfaisant. Je propose que cet équilibre soit fixé autour de 50%: ça suppose un pari formidable ! (…)

C’est pour cela que je propose, après le Grenelle de l’Environnement qui a été un succès, un Grenelle de l’Energie. Je ne crois pas qu’on puisse faire un référendum sur la seule énergie nucléaire: ce serait parfaitement démagogique ! Par contre, un référendum sur la grande politique énergétique française, oui ! Donnons plus de place aux énergies renouvelables ! Nous devons tirer les leçons de Fukushima. Nous savons qu’il y a encore des questions non réglées sur le nucléaire: que fait-on avec les déchets? Nous devons donc prendre tout cela en compte. C’est l’esprit de responsabilité.

Donc, ne pas nier la réalité: l’énergie nucléaire est et restera importante dans notre pays. Par contre, nous avons du chemin à faire et c’est une source formidable en matière de recherche, en matière de développement économique, en matière de mobilisation de l’ensemble des Européens.

Et c’est pour cela que je suis favorable à une contribution « sobriété carbone » pour qu’on revienne à l’économie réelle en matière énergétique et qu’on paie en fonction du coût, et notamment des conséquences en matière de gaz à effet de serre.

0 Commentaire

  1. charlotte

    A ne pas rater DDV chez DELAHOUSSE dimanche soir a 20h sur FRANCE 2!

  2. charles

    DDV : « Il faut un effort national de très grande ampleur ».
    Il faut un Grand Président pour ça, ou ce sera dans la douleur, la douleur et le Chaos.
    Car la France est des Abîmes, toujours et toujours. CDG l’a dit.
    Et ce pays se croit le Nombril du grand Tout. Est-ce Clovis, Charlemagne, les révolutionnaires ou Napoléon ? Est-ce Austerlitz, Azincourt, Verdun ou Juin 40 ? Pourquoi n’est-on pas le Canada, les Pays Bas, la Suisse ou l’Australie ?
    Pourtant.. Ce n’est pas de copier, de copier sans cesse, d’imiter les anglo-saxons.. Le mal qu’on se donne à singer les autres. Rien n’y fait, c’est pire. La France n’est la France que dans l’Effort. Clémenceau, Mendès, CDG.
    Ou un Monsieur Barre, à minima.

  3. France FESSOL

    Je m’adresse à l’ex ministre des affaires étrangères:

    Au fait, savez-vous, Monsieur, que la diplomatie c’est l’art d’arriver à ses fins en ne se fâchant avec personne… car si vous avez l’intention de diriger notre pays en aboyant et en tapant des deux poings sur la table, franchement je vous souhaite bon courage.

  4. Battementd'elle

    Où est le temps du Blog 2 Villepin avec ses soutiens sincères ……. même si parfois
    ils en faisaient un peu trop
    Désormais, le vide sidéral s’installe et même les commentaires désobligeants prennent
    insidieusement leur place
    Pour tous ceux et celles qui sont intervenus depuis plusieurs années – une certaine
    tristesse a fait place à un enthousiasme débordant
    On ne discerne pas très bien à quoi va aboutir cette nouvelle situation pour DDV

  5. Seb

    @Battementd’elle: S’il y a des commentaires désobligeants ici, c’est sans doute parce que la parole y est libre ! C’est le contraire de l’esprit de cour…

    Pour ma part, je ressens également une certaine tristesse depuis le rassemblement raté de la Maison de l’Amérique Latine en juin dernier…

  6. mhn

    Ne vous inquiétez pas Battement’elle, ce n’est qu’un moment qui vous parait vide. Lorsque notre candidat encore seulement potentiel prendra sa vitesse de croisière, nous serons une foule. Parfois, c’est difficile à suivre un leader qui défriche des voies, et emprunte des chemins inattendus. Pour l’instant je constate que beaucoup de candidats essayent de l’imiter. C’est déjà une grande reconnaissance.

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