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Ce qu'il faut savoir sur le revenu citoyen de Dominique de Villepin

L’ex-Premier ministre propose de verser 850 euros par mois aux plus démunis pour leur offrir une « vie digne et libre ». Combien de personnes sont concernées? Pour quel coût? Qui va payer? Les réponses de L’Expansion.

850 euros garantis à tous les Français: telle est la proposition – de campagne ? – faite par Dominique de Villepin. Dans le jargon de l’ex-Premier ministre, ce revenu minimum s’appellerait « revenu citoyen ». Car la contrepartie serait de mener en parallèle une activité dans la vie de la cité, au sens latin du terme. Explications.

Que propose exactement Dominique de Villepin?

Dans un entretien au Monde daté du 27 février, puis dans une tribune à Libération publiée le 1er mars, le président du mouvement politique République Solidaire prône la création d’un « revenu citoyen ». « Il s’agirait d’un revenu garanti à tous, de l’ordre de 850 euros », détaille l’ancien Premier ministre. « Ce revenu serait dégressif jusqu’à un niveau de vie médian, autour de 1500 euros », poursuit Dominique de Villepin. En clair: seuls en bénéficieraient les Français dont le revenu est inférieur à 1500 euros par mois; ceux qui n’ont aucun revenu toucheraient 850 euros, ceux qui gagnent le smic (soit 1365 euros bruts pour 35 heures hebdomadaires) percevraient un complément de 150 euros.

Quelles en seraient les contreparties?

S’engager moralement à avoir une activité, définie par le travail bien sûr mais aussi le bénévolat associatif, l’engagement politique ou syndical voire même la création artistique. C’est là où Dominique de Villepin s’inscrit réellement en rupture avec la politique de Nicolas Sarkozy, puisqu’il ne s’agit pas de rémunérer exclusivement l’utilité économique (favoriser le retour à l’emploi avec la RSA) mais aussi l’utilité sociale et sociétale des individus.

Combien de personnes seraient concernées?

La moitié des Français avaient un niveau de revenu inférieur à 1580 euros par moi en 2008 (niveau de vie médian), selon l’Insee. Soit environ 32 millions d’habitants. Ce chiffre prend en compte les enfants, or le revenu citoyen de Dominique de Villepin ne s’adresse qu’aux majeurs. Les jeunes de moins de 18 ans sont environ 15 millions aujourd’hui. Combien font partie de la population vivant avec moins de 1580 euros par mois? Il n’existe pas de statistiques précises. Ce qui est certain, c’est que 8 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 950 euros par mois. Ceux-là sont les premiers concernés par le revenu citoyen. Entre 8 et 32 millions, la cible de ce dispositif est donc très large. Ce qui rend périlleux son financement.

Comment le financer?

Dominique de Villepin ne chiffre pas le coût de sa proposition et reste évasif sur les moyens de la financer. Selon nos calculs, en fonction du nombre de bénéficiaires, le revenu citoyen pourrait coûter entre 80 et 300 milliards d’euros par an. Il sera financé, selon l’ex-Premier ministre, par « un redéploiement d’aides existantes, par des économies de frais d’administration d’aides existantes et par des hausses ciblées d’impôts, TVA et tranches supérieures de l’impôt sur le revenu. » Suffisant? En 2009, le montant des prestations sociales reçues par les ménages a atteint près de 600 milliards d’euros. Plus des deux tiers de cette somme sont concentrés dans les branches maladie et vieillesse de la protection sociale. On image mal Dominique de Villepin prôner la fin du remboursement des consultations chez le médecin ou une baisse des retraites pour financer son revenu citoyen. Il semble également délicat de toucher aux prestations maternité-famille (54 milliards d’euros) ou à celles du logement (16 milliards). Restent les prestations liées à l’emploi (36 milliards d’euros) et à la pauvreté et l’exclusion (11 milliards), mais cela impliquerait de revoir tout le système de l’assurance chômage. Quant à la TVA, augmenter son taux (actuellement à 19,6%) d’un à deux points rapporterait entre 6,5 et 12 milliards d’euros de recettes supplémentaires par an. Le compte n’y est donc pas.

Villepin a-t-il viré à gauche?

A priori, l’idée d’un revenu garanti à tous pour éliminer la pauvreté semble plutôt de gauche: il s’agit en effet de créer une énième allocation dans un pays qui redistribue déjà un tiers de son PIB en prestations sociales. L’idée est d’ailleurs défendue par les mouvements altermondialistes. Les Verts en avaient fait un thème de campagne pour la présidentielle de 2007. Mais il est aussi défendu par une partie de la droite. Il y a quelques années, Christine Boutin avait iansi mis au coeur du débat l’idée d’un « dividende universel ». En fait, le concept d’allocation universelle (rebaptisée « revenu citoyen » par Dominique de Villepin) est défendu par des économistes de tous bords, des libéraux aux altermondialistes. Pour le philosophe libéral américain John Rawls, cette allocation est la bonne articulation entre liberté individuelle et la solidarité sociale. Le principal atout du concept d’allocation universelle est en effet de supprimer d’une part les effets de trappe à inactivité souvent critiqués dans les mécanismes d’indemnisation chômage, et d’autre part de ne pas restreindre la liberté de ne pas avoir de travail rémunéré, tout en ne stigmatisant pas les bénéficiaires de l’allocation. Bref, selon Hugues Serraf, journaliste pour le nouveau site d’informations Atlantico.fr, plutôt classé à droite, Dominique de Villepin est un « libéral de gauche ».

Source: L’Expansion

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