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Dominique de Villepin, invité de Nicolas Demorand sur France Inter

Première et seconde partie de l’interview de Dominique de Villepin au micro de France Inter, jeudi matin.

L’ancien Premier Ministre s’est notamment exprimé sur la réduction des déficits publics en France, sur l’attentat de Karachi en 2002 ainsi que sur le lancement de son mouvement politique à la Halle Freyssinet le samedi 19 juin.


Sur la réduction des déficits publics

L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a estimé jeudi qu’il était « strictement impossible » pour la France de réduire ses déficits de 100 milliards d’euros en trois ans.

« Le gouvernement propose aujourd’hui de réduire les déficits en trois ans, c’est-à-dire de trouver 100 milliards. C’est aujourd’hui, tous les experts le considèrent, strictement impossible », a-t-il dit sur France-Inter.

« Donc plutôt que d’un schéma à trois ans, qui aurait par ailleurs l’inconvénient de tuer la croissance et de nous placer dans un cycle de récession et de déflation, bâtissons un chemin sur dix années, douze années si nous voulons être responsables », a poursuivi M. de Villepin.

Selon lui, un tel plan doit être fait « en cohérence avec les autres pays européens qui sont en train de s’imposer un remède de cheval qui va tuer leur économie et qui n’est pas crédible non plus ».

L’ancien Premier ministre a également regretté « que le gouvernement propose de mobiliser la baisse de la dépense publique en se privant de l’augmentation des impôts ».

« Il faut agir à la fois sur le levier de la dépense publique et à la fois à travers les impôts. Mais il faut le faire bien sûr de façon juste, c’est-à-dire en mobilisant d’abord ceux qui sont les plus chanceux dans notre société et qui doivent apporter la contribution la plus importante », a-t-il affirmé.

Nicolas Sarkozy présidait ce jeudi la deuxième conférence sur les déficits. La France vise 100 milliards d’euros d’économie sur trois ans. Aux yeux de Dominique de Villepin, « 100 milliards d’euros, ça ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval ». A ses yeux, les coupes dans les dépenses risquent aussi de « tuer la croissance ».

Ce faisant, le dernier Premier ministre de Jacques Chirac s’efforce de discréditer la politique économique de l’exécutif, accusé d’afficher des objectifs inatteignables sans s’en donner les moyens (à savoir, selon Dominique de Villepin, la hausse des impôts et la « suspension » du bouclier fiscal, deux sujets tabous à l’Elysée). En creux, le chef de l’Etat, qui se refuse à parler de « rigueur », est accusé de mentir aux Français.

S’il veut se montrer « responsable », l’ex-chef du gouvernement sait qu’il est difficile de faire rêver les électeurs en promettant une hausse des prélèvements. Aussi prend-il soin d’insister sur l’ »exigence de justice » et d’en appeler « d’abord » aux plus fortunés, qui « doivent apporter la contribution la plus importante » via la création d’une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu à 45%.

Sur l’attentat de Karachi en 2002

Dominique de Villepin a expliqué jeudi, à propos du dossier de l’attentat de Karachi, que Jacques Chirac avait suspendu en 1995 le versement de commissions sur certains contrats en raison de « suspicions de rétrocommissions » même s’il n’y avait « pas de preuves matérielles ».

« Il y avait des suspicions sur un certain nombre de contrats et sur un certain nombre de commissions, suspicions de rétrocommissions, d’opérations illicites », a expliqué sur France Inter l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac.

« La décision du président de la République est une décision de principe, pas dans ce contrat spécifique pakistanais mais d’une manière générale dans l’ensemble des contrats, de ne pas accepter des versements qui puissent être suspects. Il y avait une volonté de moralisation », a fait valoir celui qui était alors secrétaire général de l’Elysée, en rejetant toute motivation politicienne.

« Il ne s’agit à aucun moment de rivalité politique, de règlement de comptes », a-t-il affirmé.

Les juges d’instruction enquêtant sur l’attentat de Karachi qui fit 11 morts parmi les salariés français de la DCN chargés de la construction des sous-marins ont obtenu des témoignages sur le versement de commissions -légales- sur ce contrat. Mais plusieurs témoignages évoquent des rétrocommissions -illégales- susceptibles d’avoir été versées en 1995 pour financer la campagne présidentielle d’Edouard Balladur, dont Nicolas Sarkozy était le porte-parole.

Interrogé pour savoir si l’hypothèse d’un financement par rétrocommissions de la campagne d’Edouard Balladur avait été évoquée en 1995, M. de Villepin a réaffirmé que Jacques Chirac avait pris « une décision de principe, générale ».

« S’il y avait des preuves matérielles dans cette affaire. Je pense que l’évolution de ce dossier aurait été autre », a-t-il expliqué.

Dans le livre des journalistes Fabrice Lhomme et Fabrice Arfi sur l’affaire Karachi, Dominique de Villepin se souvient que Jacques Chirac parlait du « ‘trésor de Balladur’ auquel il voulait s’attaquer ».

Interrogé sur la levée du secret défense dans cette affaire, l’ex-Premier ministre a jugé « nécessaire, dans des dossiers aussi sensibles, de faire toute la lumière, toute la vérité ».

Sur le lancement du mouvement « Pour une République solidaire »

Dominique de Villepin a confirmé qu’il lancera son « mouvement » le 19 juin. En ce qui concerne le nom de baptême, « Pour une république solidaire » semble tenir la corde, Dominique de Villepin n’ayant pas démenti : « Ce n’est pas choisi », a-t-il simplement souligné.

L’organisation villepiniste ne « veut pas ressembler à un parti politique comme les autres », a assuré son leader. Dominique de Villepin se fixe deux objectifs qui n’en font qu’un : « rassembler » et « dépasser les divisions habituelles de la droite et la gauche. » « Il y a de bonnes idées à droite et il arrive aussi qu’il y ait de bonnes idées à gauche. On se prive, par idéologie, de la capacité d’avancer ensemble sur un certain nombre de sujet fondamentaux. » a-t-il souligné.

La France n’échappera pas à une longue période de rigueur, a répété l’ancien premier ministre : les Français vont devoir se mobiliser « pendant plus de dix ans. Au moins trois présidences de la République, peut-être de droite ou de gauche ».

« Il faut bâtir un consensus », « un chemin de convergence », « un rassemblement » a encore souligné Dominique de Villepin, probablement inspiré par la déliquescence du MoDem lors des deux derniers rendez-vous électoraux.

Sources: Dailymotion France Inter, Agence France Presse, Associated Press et Le Monde

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