Interview de Dominique de Villepin au quotidien tunisien « Le Temps », en marge du Forum International de la revue tunisienne « Réalités » à laquelle participait cette semaine l’ancien Premier Ministre sur le thème « L’Europe, le Maghreb et l’Afrique : Pour un nouveau partenariat global ».
Le Temps: Comment jugez-vous ce partenariat Afrique-Europe ?
Dominique de Villepin: C’est une volonté et une nécessité. Nous vivons à l’heure de la mondialisation où l’Europe et l’Afrique ont besoin d’une nouvelle dynamique surtout avec cette concurrence des pays émergents comme l’Asie et le Brésil et d’autres grands pays. Nous avons besoin de resserrer ce partenariat. C’est un intérêt mutuel: 500 millions d’Européens d’un côté et un milliard d’habitants en Afrique c’est dire à quel point il y a une puissance qui peut s’affirmer si nous sommes capables de développer les liens entre nos deux continents.
Il faut le faire à travers des structures comme l’Union du Maghreb Arabe, l’Union pour la Méditerranée et les relations entre l’Union Européenne et l’Union Africaine. Mais fédérer autour de trois grands pôles nos capacités et raffermir nos liens me semble une idée susceptible de rendre encore plus crédibles certains grands projets comme l’accès à l’eau, le transport et la santé et l’énergie.
Il y a des complémentarités qui existent entre certains pays mais les politiques n’ont pas réussi à mettre en avant ces complémentarités et en faire un atout. Nous avons des perspectives très concrètes et d’actions qu’il faut développer à condition que l’impulsion soit donnée par le haut. La mondialisation nous donne l’obligation de prendre conscience de la nécessité d’agir de nous rapprocher encore.
Mais cette mondialisation n’est–elle pas un frein à ce partenariat ?
La mondialisation n’a de sens pour nous que si nous sommes capables de nous organiser et c’est bien qu’il se crée davantage de liens à l’intérieur de l’Union du Maghreb Arabe et au sein de l’Union Africaine et l’Union Européenne et davantage de solidarité entre ces trois pôles. Il faudra avancer et fortifier ce lien qui est indispensable pour un partenariat durable.
La Tunisie a–t-elle un rôle à jouer dans ce rapprochement Nord-Sud ?
La Tunisie a un rôle à jouer de par son expérience très ancienne: une vocation de pont entre l’Afrique Noire avec les autres pays du Maghreb vers l’Europe et également une confiance qui se développe avec de grands partenaires européens qui peuvent lui permettre de jouer ce grand rôle d’impulsion tout à fait essentiel.
Source: Le Temps