Le président de la République doit « être quelqu’un qui fait la synthèse d’un certain nombre de positions qui paraissent à première vue difficilement conciliables » et « a pour première tâche de rassembler » la droite et de la gauche « sur des sujets essentiels », a estimé dimanche soir l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin, jugeant que ce n’était pas le cas avec Nicolas Sarkozy.
« J’ai le sentiment, au quotidien, que la politique politicienne, la politique qui vise à cliver entre la droite et la gauche, à jouer des oppositions entre les uns et les autres, y compris la politique d’ouverture, qui s’est ramenée à bien des égards à une politique de débauchage, a conduit à empêcher ce rassemblement sur des sujets essentiels », a-t-il commenté lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, sans toutefois citer l’actuel locataire de l’Elysée.
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« Nous avons tous fait des efforts, nous avons constaté les limites de nos politiques respectives. Aujourd’hui, il y a une synthèse possible », a-t-il martelé, appelant à construire « des forces politiques capables d’appuyer dans la durée un effort long ».
L’ancien Premier ministre s’est ainsi interrogé sur la possibilité que « droite et gauche se mettent d’accord » sur « des sujets essentiels » comme « une politique de sécurité intelligente », une politique de réduction des déficits et une réforme des retraites notamment.
Selon lui, ce qui lui « pose problème, c’est le déséquilibre institutionnel qui rend la politique aujourd’hui inefficace. Si on se pose la question ‘pourquoi avons-nous tant de réformes et si peu de résultats?’, il y a une raison assez simple à cela, c’est que le déséquilibre des institutions, la mise en avant d’un président de la République coupé de son gouvernement et coupé de l’Etat ne lui permet pas de faire appliquer ses réformes comme il le souhaiterait ».
Concernant les déficits publics, Dominique de Villepin a estimé nécessaire de « définir un pacte républicain » car il faudra « à peu près 12 ans (…) pour revenir à l’équilibre », soulignant que cela correspondait au « temps de trois présidences ».
« Sur les retraites, on voit bien qu’il y a un chemin possible », a-t-il également estimé, en se disant par ailleurs opposé à la politique « abrupte » du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite pratiquée « à l’aveugle » par le gouvernement et qui « ne correspond pas aux besoins de notre Etat ».
L’ancien secrétaire général de l’Elysée sous Jacques Chirac a annoncé fin mars sa décision de créer le 19 juin prochain « un mouvement politique libre et indépendant », appelant Nicolas Sarkozy et son gouvernement à un « changement de politique ». Pour l’heure, a-t-il dit dimanche, son club politique, ClubVillepin, et le réseau social qui lui est attaché comptent « un peu plus de 15.000″ adhérents.
Sur l’organisation de primaires à l’UMP
Dominique de Villepin a par ailleurs exclu de se présenter à des primaires en vue d’une candidature à l’élection présidentielle de 2012, jugeant ce mécanisme « contraire à la tradition politique » du gaullisme dont il se réclame.
« Comment voulez-vous qu’un gaulliste puisse participer à de telles procédures », s’est exclamé l’ancien Premier ministre, alors qu’on lui demandait s’il se présenterait à des primaires (à l’UMP) au cas où il serait candidat en 2012.
« C’est totalement contraire à la tradition politique qui est la mienne. Quand on a des convictions et qu’on estime qu’on est bien placé pour les défendre, on les défend. On ne passe pas à travers des moulinettes pour entrer dans des procédures complexes », a-t-il ajouté.
« Ce n’est pas mon esprit et ce n’est pas l’esprit du gaullisme », a-t-il insisté.
Sur l’attribution de la Légion d’honneur au Procureur Marin
Dominique de Villepin a salué ironiquement la promotion dans l’ordre de la Légion d’honneur du procureur de Paris Jean-Claude Marin, qui avait requis sans succès sa condamnation dans l’affaire Clearstream.
Selon un décret publié au Journal officiel dimanche, le magistrat est élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur sur le contingent du ministère de la Justice.
« Les choses ont été si violentes et en même temps si claires. Je vois avec bonheur aujourd’hui pour les intéressés que M. Jean-Claude Marin est nommé officier de la Légion d’honneur (…) Voilà, pour moi, la messe est dite (…) Je ne suggère rien, je dis tout simplement, joyeuses Pâques ! »
S’exprimant au Grand jury RTL-Le Figaro-LCI, Dominique de Villepin également raillé la décoration de Patrick Ouart, ancien conseiller pour la justice de Nicolas Sarkozy à l’Elysée.
« Nos compatriotes ont bien compris que cette affaire avait été largement instrumentalisée, je l’ai dit et je l’ai regretté », a dit Dominique de Villepin, qui assure que l’affaire ne le gênera pas dans son parcours politique.
Sources: Associated Press et Agence France Presse