Le débat sur l’identité nationale, lancé par la majorité, va « profiter » au Front national, déclare Azouz Begag, ancien ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances, interviewé par le quotidien Sud Ouest.
« Ce débat a été indigne de la République française », poursuit l’ancien ministre du gouvernement de Dominique de Villepin qui avait rejoint François Bayrou pour la présidentielle de 2007 et conduira la liste MoDem en Rhône-Alpes pour les régionales. « On a assisté de la part d’élus et de membres du gouvernement à des dérives contre l’islam qui ont été incroyablement violentes », estime-t-il.
Sud Ouest: À l’occasion de ses voeux aux Français, Nicolas Sarkozy a lancé un appel à la fraternité. Occasion ratée ?
Azouz Begag: Elle a été ratée en 2007, quand le candidat Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il allait créer un ministère de l’identité nationale et de l’immigration, pour s’en servir comme d’un appât pour ceux qui votent Front national. L’institutionnalisation de la xénophobie est absolument le contraire de la fraternité « made in France » de 1789.
Hier, Éric Besson a déclaré que le débat sur l’identité nationale ne s’était pas focalisé sur l’islam et l’immigration.
On a assisté de la part d’élus et de membres du gouvernement à des dérives contre l’islam qui ont été incroyablement violentes. Je pense à ce maire de Goussainville pour qui on allait « tous se faire bouffer ». Je pense aussi à Nadine Morano, qui demande aux jeunes musulmans de ne pas mettre leur casquette à l’envers.
Ce débat a été indigne de la République française. Le débat qu’a ouvert Éric Besson dépasse de très loin les analyses statistiques qu’il fait.
En tant que tête de liste régionale du Modem pour la région Rhône-Alpes, je reçois des attaques quotidiennes à caractère raciste contre ma personne. Ce qu’Éric Besson n’avait pas prévu, c’est que c’est le Front national qui va en profiter. Il n’y a plus guère de région où l’on prévoit qu’il ait un score inférieur à 10 %.
Dominique Paillé, porte-parole de l’UMP, a déclaré hier que ce débat pouvait être « amélioré » ?
Ce n’était surtout pas aux hommes politiques d’ouvrir un débat sur l’identité nationale, surtout quand ils le font dans des circonstances où cela les intéresse.
Plutôt que d’identité nationale, je préfère parler d’identification nationale, et ce sont différentes vagues d’immigration qui ont contribué à développer, enrichir, ouvrir ce concept. Dans les années à venir, il faudra compter avec l’arrivée de plus en plus importante de Chinois et d’Asiatiques pour intégrer l’identité nationale française dans un concept mondialisé d’identité européenne.
Ce sera tout de même au gouvernement de refermer un débat qu’il a ouvert ?
L’ouverture de ce débat était scandaleuse à deux mois des élections régionales.
Si je devais définir l’identité française d’un mot, ce serait celui de résistance, alors qu’Éric Besson incarne l’idée que la trahison doit être érigée en vertu. C’est exactement le contraire de l’identité française.
Source: Sud Ouest