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Dominique de Villepin juge le débat sur l'identité nationale "piégé", "absurde" et "autoritaire"

Le débat sur l’identité nationale lancé par le gouvernement est un débat « piégé », « absurde » et « autoritaire », estime l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin dans un entretien à l’association Jeune République, diffusé mardi matin sur le site internet du Club Villepin.

Dominique de Villepin pointe notamment du doigt un « faux départ », c’est-à-dire « l’idée que l’identité nationale serait liée à la question de l’immigration ».

« Débattre autour de la nation, c’est une nécessité de chaque jour. Mais je ne suis pas sûr qu’il appartienne au pouvoir ou à l’Etat de prendre l’initiative d’un tel débat », explique Dominique de Villepin.

S’interrogeant sur l’opportunité de lancer un tel débat « à un moment où les peurs sont aiguisées » par la crise, Dominique de Villepin estime qu’il « ne peut pas être isolé du contexte dans lequel il est lancé et de la personne qui l’a lancé, le ministre de l’Identité nationale et de l’Immigration ».


« Cela suffit à mon sens à fausser le débat, à encoder l’idée que la question de l’identité nationale serait liée à la question de l’immigration », explique l’ancien diplomate, en ajoutant : « cela conduit donc à un débat piégé d’avance ». L’organisation de ce débat « à quelques encablures des élections régionales lui donne une arrière-pensée, une connotation politicienne, qui n’est pas à la mesure de l’enjeu ».

Sur les conditions d’organisation du débat, M. de Villepin estime que le fait qu’il ait « été conçu et prévu à travers les lieux officiels de la République, la préfecture, les sous-préfectures, (lui) paraît tellement absurde, tellement autoritaire dans sa construction et sa conception qu’(il) ne croit pas » qu’il puisse « mener à quoi que ce soit ».

« Un vrai débat aurait nécessité des préalables », ajoute-t-il. « C’est comme en amour (…) il faut des intentions, il faut un désir, il faut de la bonne volonté, il faut un engagement, c’est tout cela qui a manqué et qui donne le sentiment que les arrière-pensées sont plus importantes que le débat lui-même », Dominique de Villepin.

Dénonçant une « tentation récurrente du pouvoir actuel que de donner la primauté à l’émotion, au spectacle, sur la réalité de la politique », il souligne que les Français attendent du pouvoir « des réponses à la crise ». « La grande question aujourd’hui », poursuit l’ex-Premier ministre, c’est « quelle politique face à la crise ».

Il estime qu’au sein de « ce débat qui n’est malheureusement pas engagé », une question « constitue le préalable à tout débat sur l’identité nationale, c’est: qu’est-ce que l’intérêt général ? ».

Source: Le Figaro

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