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Hervé Mariton signe l'Appel pour "sauver l'histoire" en terminale scientifique

La réforme des lycées, présentée jeudi prochain devant le Conseil supérieur de l’Education, propose de rendre optionnelle l’histoire-géo en terminale S.

« Quels citoyens voulons-nous pour demain? », s’interrogent historiens et intellectuels dans un Appel rédigé par Serge Berstein, spécialiste de l’histoire politique du XXe siècle.

Pour les signataires dont le député UMP Hervé Mariton, cette décision « ne peut que susciter la stupéfaction par son décalage avec les nécessités évidentes de la formation des jeunes Français au début du XXIe siècle ». Voici le texte de leur Appel.

« La décision envisagée par M. le Ministre de l’Education nationale, dans le cadre de la réforme des lycées, de rendre optionnelle l’histoire-géographie en terminale scientifique ne peut que susciter la stupéfaction par son décalage avec les nécessités évidentes de la formation des jeunes Français au début du XXIe siècle.

A l’heure de la mondialisation, les futurs bacheliers scientifiques n’auraient donc nul besoin de se situer dans le monde d’aujourd’hui par l’étude de son processus d’élaboration au cours des dernières décennies, pas plus que par l’analyse de sa diversité et des problèmes qui se posent à la planète et à son devenir. En outre, ils se trouveront dans l’impossibilité d’accéder à certaines formations supérieures de haut niveau pour lesquelles la connaissance de l’histoire et celle de la géographie sont indispensables et vers lesquelles ils se dirigent en nombre croissant.

Au moment où le président de la République et son gouvernement jugent urgent de lancer un grand débat sur l’identité nationale qui doit mobiliser le pays, cette mesure va priver une partie de la jeunesse française des moyens de se faire de la question une opinion raisonnée grâce à une approche scientifique et critique, ouvrant ainsi la voie aux réactions épidermiques et aux jugements sommaires.

Il est impératif d’annuler cette décision, inspirée par un utilitarisme à courte vue, qui se trouve en contradiction avec les objectifs proclamés du système éducatif français sur le plan de la formation intellectuelle, de l’adaptation au monde contemporain et de la réflexion civique des futurs citoyens. »

Premiers signataires:

Jean-Pierre Azéma (historien), Antony Beevor (historien, université de Londres), Jean-Jacques Becker (historien), Serge Berstein (historien, Sciences-Po), Pierre Cosme (historien, université Paris-I), Alain Finkielkraut (philosophe, Ecole polytechnique), Jean-Noël Jeanneney (historien, Sciences-Po), André Kaspi (historien), Jacques Le Goff (historien), Hervé Le Bras (démographe, Ined et EHESS), Evelyne Lever (historienne, CNRS), Pierre Milza (historien), Michelle Perrot (historienne), Antoine Prost (historien), Jean-Pierre Rioux (historien), Jean-François Sirinelli (historien, Sciences-Po), Benjamin Stora (historien, universités Paris-VIII et Paris-XIII), Jean Tulard (historien), Annette Wieviorka (historienne, CNRS), Michel Winock (historien, Sciences-Po).

Ont apporté samedi leur soutien depuis l’appel publié dans la première édition du JDD:

Abd Al Malik (artiste), Eliette Abécassis (écrivain), Laure Adler (journaliste écrivain), Pierre Arditi (comédien), Martine Aubry (Premier secrétaire du PS), Guillaume Bachelay (Secrétaire national du PS à l’industrie), Claude Bartolone (député PS), Jean-Christophe Cambadélis (député PS), Jérôme Clément (PDG d’Arte), Boris Cyrulnik (psychiatre et neurologue), Philippe Delerm (écrivain), Harlem Désir (député européen), Marc Dugain (écrivain), Cécile Duflot (secrétaire nationale des Verts), Laurent Fabius (député PS, ancien Premier ministre), Bruno Julliard (secrétaire national à l’éducation du PS), Hervé Hamon (écrivain), Robert Hue (sénateur CRC-SPG), Jean-Claude Lagarde (député NC), Jack Lang (député PS, ancien ministre de l’Education nationale), Maurice Leroy (député NC), Hervé Mariton (député UMP), Philippe Meirieu (professeur d’université), Pierre Moscovici (député PS), Renaud Muselier (député UMP), Michel Onfray (philosophe), Mona Ozouf (historienne),Vincent Peillon (député européen PS), Olivier Nora (PDG éditions Grasset et Fayard), Ségolène Royal (présidente du conseil régional de Poitou-Charentes), François Rebsamen (Sénateur PS), Marielle de Sarnez (vice-présidente du Modem et députée européenne), Manuel Valls (député PS).

La défense du Ministre de l’Education, Luc Chatel

Le ministre de l’Education nationale Luc Chatel a assuré à l’AFP que « l’histoire-géo allait garder la place éminente qui a toujours été la sienne dans le système éducatif français et même voir sa place confortée ».

« On ne supprime pas le programme d’histoire-géo en terminale scientifique, ce programme sera vu en première. En première, les lycéens de la filière S vont voir leur horaire d’histoire-géo passer de 2h30 à 4 heures », identique à la série littéraire, a-t-il expliqué. « Les lycéens en filière S spécialement intéressés par l’histoire pourront suivre une option de deux heures d’histoire », a-t-il précisé.

La mesure est due, a-t-il expliqué, à la volonté de recentrer les lycéens de terminale S sur les matières scientifiques et à faire de la place à « l’accompagnement personnalisé » (en petits groupes) sans alourdir l’horaire global.

« Rendre une filière optionnelle, c’est la condamner à terme », a estimé sur France Info Benjamin Stora, rappelant que « le prestige de la France dans le monde » reposait notamment sur « ses humanités et son école historique ».

L’historienne Hélène Carrère d’Encausse juge, quant à elle, « catastrophique que des élèves de terminale ne disposent pas d’enseignement en histoire-géographie, ce qui les priverait de la culture générale la plus élémentaire qui forme l’entendement des citoyens ».

Pour Jean-Pierre Azéma, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, « l’étude de l’histoire et de la géographie est utile à nos élites scientifiques, elle permet de se situer dans le temps et dans l’espace, de questionner le passé pour se forger un jugement ».

Pierre Milza, autre spécialiste du XXe siècle, n’hésite pas à dénoncer « une régression formidable qui pourrait concourir à une amnésie générale »!

Sources: Journal du Dimanche et Agence France Presse

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