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Interview de Dominique de Villepin à une chaîne de télévision belge (1/2)

« La cité des Hommes ou la crise et le nouvel ordre mondial »: il s’agit de l’intitulé de la conférence que donnera Dominique de Villepin le mercredi 9 décembre prochain, à Spa en Belgique. A quelques jours de cette visite, l’ancien Premier Ministre a donné une interview à une chaîne de télévision belge, Télévesdre.

Nécessité d’une alternative, besoin de rassemblement, réformes économiques et sociales prioritaires, idéaux politiques: voici les principaux extraits de la première partie de l’interview de Dominique de Villepin.

Sur sa place dans l’échiquier politique français

« Nous sommes dans une situation très difficile et la politique, elle n’est pas pensable en dehors des circonstances. Une situation très difficile où nous avons besoin de réflexion, de propositions et d’alternative. Je me situe donc au sein de la majorité, dans ma famille politique, mais avec la volonté d’apporter des propositions et d’offrir une alternative à la politique qui est menée, puisque j’ai le sentiment que face aux difficultés auxquelles nous sommes confrontés, il faut plus de concentration sur les besoins de la France d’aujourd’hui si nous voulons être capables de répondre aux préoccupations des Françaises et des Français. »

Sur l’hyper-présidence

« Je m’interroge sur l’efficacité de l’action qu’on peut mener dès lors que le pouvoir est trop personnalisé ou trop concentré. Et ma conviction est que nous avons un héritage institutionnel avec la Constitution de 1958 qui nous offre un équilibre entre les institutions. Un équilibre au sein de l’exécutif entre le Président de la République, le Premier Ministre et le gouvernement. Un équilibre avec le Parlement et un équilibre avec le judiciaire. Je crois qu’il faut revenir à une conception plus classique de ces institutions, une lecture plus traditionnelle de ces institutions si nous voulons que chacun puisse être mobilisé et à la tâche. Alors c’est vrai qu’en France, le quinquennat a peut-être modifié l’esprit de ces institutions. Il n’en reste pas moins que nous avons besoin de synergies, nous avons besoin d’acteurs politiques capables de travailler en France. Et je pense qu’il ne faut pas céder à la médiatisation excessive. Il ne faut pas céder à une politique de l’émotion et de l’image. Il faut travailler dans la continuité, mais surtout dans un esprit de rassemblement. »

Sur le procès Clearstream

« Vous savez, les épreuves dans la vie sont faites pour vous fortifier. Fortifier vos convictions, fortifier votre tempérament. C’est vair qu’il est plus facile pour moi aujourd’hui d’y voir clair sur la volonté qui est la mienne sur le plan politique. Alors quelle sera l’expression de cette volonté politique? Nous verrons bien. 2012, c’est une échéance qui est encore loin. Ce qui est pour moi évident, c’est la nécessité de rassembler nos forces, de proposer un certain nombre d’idées nouvelles, de tirer les leçons de l’expérience. »

Sur les réformes économiques et sociales prioritaires

« Je crois que Nicolas Sarkozy a apporté de l’énergie. Il a apporté de l’enthousiasme dans la vie politique. Mais nous avons besoin de nous concentrer sur ce qui constitue aujourd’hui les défis français. Quelle politique sur les déficits? Il est important de les réduire, il est important aussi de trouver rapidement les moyens efficaces pour faire face à l’urgence. Quels moyens pour développer rapidement la compétitivité française? Nous voyons bien que dans le cas d’une reprise économique, la bataille économique va être rude: elle va être rude entre les différents pays occidentaux, elle va être rude avec les pays émergents. Nous avons besoin d’une politique résolue et en particulier sur le plan industriel. Nous voyons bien que dans le domaine énergétique, dans le domaine des nouvelles technologies, il faut pouvoir dégager un certain nombre de grandes orientations nouvelles.

Nous avons besoin aussi, au-delà de cette politique économique, d’une véritable cohésion sociale. La France bénéficie d’une protection sociale exemplaire, mais il faut repenser le financement de notre protection sociale. Comment financer la santé? Comment financer les retraites? Comment financer l’éducation? Donc nous voyons bien: il y a beaucoup de défis, mais je pense qu’il faut savoir choisir. Il faut savoir définir des priorités. Or beaucoup de réformes ont été engagées: un institut vient récemment d’identifier 1222 réformes qui ont été engagées, mais je crois qu’il est préférable de se concentrer sur quelques réforme essentielles et véritablement de les mener jusqu’à leur terme. C’est cela que j’appelle de mes voeux: une concentration sur ces priorités et une mobilisation de l’ensemble de la Nation parce que dans la crise, dans les difficultés, on a besoin de rassemblement. »

Sur la nécessité d’une alternative

« C’est vrai qu’en France aujourd’hui, l’opposition a du mal à s’affirmer. Elle a été bousculée par les dernières échéances présidentielles et elle a du mal à renouveler sa vision, je crois en grande partie parce qu’elle est prisonnière d’idéologies du passé. Donc c’est au sein de la famille majoritaire que s’organise le débat. Je crois que c’est important que ce débat ait lieu. Il n’y a pas de politique sans alternative, sans leçons tirées de l’expérience, sans propositions et c’est à cela que je veux contribuer. Alors après, il y a le chemin politique, il y a la responsabilité politique. A chaque étape, il faut être capable de s’adapter. »

Sur le gaullisme

« Ce qui est vrai, c’est qu’il y a parmi les idéaux que je défends des idées qui sont au coeur de cet engagement historique du gaullisme. Je pense à l’indépendance nationale. C’est vrai que je suis très réservé vis-à-vis de la réintégration de la France dans l’OTAN. C’est vrai que je suis très attaché aux principes républicains de laïcité, d’égalité, de justice. Je crois que ça fait partie de ces fondamentaux politiques auxquels je suis, et tous ceux qui sont avec moi, profondément attaché. De la même façon en matière de politique économique et de politique sociale, je crois à l’importance du rôle de l’Etat pour corriger un certain nombre d’insuffisances, pour entraîner, pour fixer des objectifs. Donc on le voit bien, il y a effectivement des références qui appartiennent à une tradition, à un passé gaulliste et que je crois plus que jamais d’actualité. »

Source: Interview de Dominique de Villepin à la chaîne de télévision belge Télévesdre, le 16 novembre 2009

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