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Mon procès Clearstream – dix-septième journée

Le procès Clearstream s’est achevé cet après-midi, après la plaidoirie des avocats de Jean-Louis Gergorin. Le jugement sera rendu le jeudi 28 janvier 2010 à à 10h30.

Dans la salle des pas perdus, Dominique de Villepin a déclaré à l’issue de cette dernière audience: « Je pense que les Français savent maintenant que j’ai été accusé à tort. Pendant quatre ans, j’ai souffert, ainsi que ma famille, d’un acharnement. Mais je veux tourner la page et je veux regarder vers l’avenir. Je garde ma main ouverte vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Je n’ai pas de rancœur au fond de moi et je veux servir les Français à la place qui est la mienne. Je vous remercie. »

Vendredi 21 heures 38 – Challenges: A Villepin et Gergorin le dernier mot

« Vous allez être patients? », interroge Dominique de Villepin en direction des bancs de la presse, à l’ouverture de l’ultime audience du procès Clearstream. Ceux-ci sont bien garnis: tout le monde attend, comme c’est l’usage, les dernières déclarations des prévenus avant la clôture des débats.

Et en fin de journée, ils sont bien là, debout devant le président Pauthe, qui leur demande s’ils ont quelque chose à ajouter. Florian Bourges et Imad Lahoud se taisent. Denis Robert rend hommage au jeune auditeur, dont il estime qu’il a eu une « réaction de citoyen » en le contactant. Dominique de Villepin, lui, ne réagit pas aux propos des avocats de Jean-Louis Gergorin, qui viennent d’affirmer qu’il y a bien eu des « instructions » de Jacques Chirac dans le dossier, et que le Premier ministre avait davantage rencontré leur client qu’il ne l’a prétendu. Quelques minutes avant d’affirmer, en dehors de la salle d’audience, ne garder « aucune rancoeur » mais « la main ouverte vis-à-vis de Nicolas Sarkozy », il se contente de dire, avec son habituel ton solennel, qu’il n’a « jamais été humilié » par le fait de se retrouver sur le banc des prévenus. Dernier à parler, Jean-Louis Gergorin, contre qui dix-huit mois de prison ferme ont été requis, répond que ses arguments ont été fidèlement résumés par ses avocats.

Installés quelques centimètres derrière Me Pardo, l’avocat d’Imad Lahoud, et un mètre devant l’ancien dirigeant d’Airbus Philippe Delmas, l’un des ennemis jurés de leur client, ceux-ci ont eu cinq heures pour demander sa relaxe. Premier à parler, Me Thierry Dalmasso a ironisé sur le portrait fait de Gergorin, ce manipulateur qui aurait « pris le soin d’insérer dans les listings la moitié du tout-Paris » avant d’ »aller aux autorités à visage découvert ». « Vous distribuez les rôles en fonction des profils: M. Gergorin est énarque, polytechnicien, issu de Stanford, ça c’est un premier rôle! », a lancé l’avocat en dénonçant le « mauvais Melville » de son confrère Pardo dépeignant la sortie de prison de Lahoud en 2002: « la lourde porte de la prison s’ouvrant devant lui et Gergorin l’attendant, un contrat à la main, pour l’asservir ».

Le film de Me Dalmasso, lui, s’intitulerait plutôt Le coupable était presque parfait. Gergorin s’est montré outrageusement affirmatif dans ses lettres anonymes au juge Van Ruymbeke? Selon son défenseur, il fallait qu’il le soit pour qu’une action publique soit lancée. Les noms de tous ses ennemis figuraient dans les listings? C’était aussi le cas de certains de ses amis (Gérald de Roquemaurel, de Hachette-Filippachi, ou Bernard Delafaye, responsable des affaires juridiques du groupe Lagardère) ou alliés (Laurence Dors, qui faisait partie du clan Camus chez EADS).

Ici, la démonstration a pris des allures d’effeuillage du Who’s Who, le but étant de montrer qu’Imad Lahoud connaissait les noms des ennemis de Jean-Louis Gergorin (les oligarques russes soupçonnés de convoiter EADS ou les anciens dirigeants de Thomson Alain Gomez et Pierre Martinez) et avait croisé de nombreuses personnes présentes dans les listings. Employé par la DGSE, frère du haut dirigeant d’EADS Marwan Lahoud, marié à Anne-Gabrielle Heilbronner (la fille de François Heilbronner, passé par la tête de l’assureur Gan et le cabinet de Jacques Chirac), Lahoud dispose d’un »relationnel de ministre », selon Me Dalmasso. « Escroc d’élite pour une clientèle d’élite », ce séducteur aurait commencé à échafauder sa manipulation bien avant de rencontrer Gergorin, le « paranoïaque » finalement « piégé ».

Après une plaidoirie largement consacrée aux qualifications juridiques retenues contre Jean-Louis Gergorin, la deuxième avocate du prévenu, Me Aline Bourcereau, a elle estimé qu’ »on a un peu jugé le bonhomme » et qu’on « ne peut fonder une condamnation sur une personnalité ». Place alors, enfin, au défenseur principal, le bâtonnier Paul-Albert Iweins: « J’aime bien Jean-Louis Gergorin. Je ne le prend pas pour un fou, pas pour un paranoïaque », attaque-t-il, avant de qualifier pourtant, au fil de son argumentation, le comportement de son client de « crétin » ou de « stupide ».

Au final, sa longue plaidoirie a oscillé entre analyse du dossier, anecdotes historiques, exposés sur le contexte géopolitique des années 80 ou l’histoire du secteur aéronautique français (affaire des frégates de Taïwan, mort mystérieuse de Jean-Luc Lagardère…) et éloge du parcours de Jean-Louis Gergorin. L’avocat a célébré plusieurs anniversaires en rappelant que, il y a pile trente ans, son client prenait la tête du Centre d’analyse et de prévision du Quai d’Orsay et, il y a juste dix ans, assistait aux premières loges à la création d’EADS. Conclusion: « Qui est cet homme que vous avez à juger? Celui de ces deux dates, qui s’est fait piéger par un escroc? Ou le Machiavel qu’on nous décrit dans des plaidoiries en tir croisé? ».

Une question de casting, donc, toujours. A qui attribuer le premier (et mauvais) rôle, Imad Lahoud ou Jean-Louis Gergorin? Dominique de Villepin était-il un vrai second rôle ou un simple figurant? La réponse est attendue pour le 28 janvier prochain, en milieu de matinée, jour où le tribunal rendra son jugement. Pour le mot « fin », comme d’habitude dans les affaires politico-financières, appel et cassation aidant, il faudra sans doute attendre plus longtemps.

Vendredi 21 heures 09 – Reuters: Un jugement pour l’anniversaire de Sarkozy

Hasard du calendrier, la date du jugement de l’affaire Clearstream, le 28 janvier prochain, tombera le jour de l’anniversaire de Nicolas Sarkozy, qui fêtera ses 55 ans.

Jugé pour « complicité de dénonciation calomnieuse », Dominique de Villepin, principal prévenu du procès qui s’est achevé vendredi soir, fait face au chef de l’Etat qui s’est constitué partie civile. Après une dernière plaidoirie, le tribunal correctionnel de Paris a mis son jugement en délibéré au 28 janvier. L’affaire Clearstream a été jalonnée par de violentes attaques entre les deux hommes, par médias interposés.

L’ancien chef du gouvernement n’a eu de cesse de dénoncer l’acharnement présidentiel dont il dit être la cible, au motif qu’il était un rival pour Nicolas Sarkozy, futur candidat à l’Elysée. « L’objectif était de me mettre entre parenthèses, de me mettre sous cloche », s’est-il encore expliqué vendredi soir sur Canal+, après une brève déclaration devant les journalistes à sa sortie du tribunal. « Je veux que les Français sachent que pendant quatre ans, j’ai souffert ainsi que ma famille d’un acharnement mais je veux tourner la page », a-t-il dit, se disant accusé à tort. « Je garde la main ouverte vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Je n’ai pas de rancoeur au fond de moi », a-t-il ajouté.

De son côté, le chef de l’Etat, né le 28 janvier 1955, avait attisé les tensions en évoquant les « coupables » – et non les prévenus – de la manipulation des faux listings de la société Clearstream, lors d’un entretien télévisé fin septembre. Il a par la suite fait amende honorable, quoiqu’indirectement. « Le mieux à faire est de laisser se dérouler se procès, de faire confiance à la justice et de s’abstenir de tout commentaire. J’aurais été mieux inspiré de le faire depuis le début », a-t-il déclaré la semaine dernière dans un entretien au Figaro.

Vendredi 20 heures 29 – Le Figaro: Jean-Louis Gergorin « intoxiqué par un escroc de génie »

Quand Me Paul-Albert Iweins se lève pour défendre Jean-Louis Gergorin, il a énormément de terrain à rattraper. Son client, contre qui le parquet a requis trois ans de prison dont dix-huit mois ferme, est apparu au centre des cinq semaines de débats. Il y a urgence, juste avant que le tribunal ne se retire pour délibérer, à restaurer l’image de cet homme au comportement parfois déroutant. Son conseil s’emploie donc à troquer la camisole dont certa
ins voudraient affubler le «corbeau» contre un costume plus seyant de héros économique national, de patriote fils de résistant.

Il y a urgence, vraiment, et le bâtonnier Iweins entre dans le vif sans tarder : «J’aime bien Jean-Louis Gergorin, je ne le prends pas pour un fou.» Tout de suite, il axe sa canonnade sur Imad Lahoud. Car sa théorie est simple : le mathématicien est un escroc de génie qui a trouvé en Jean-Louis Gergorin, son bienfaiteur, une cible idéale, alors que ce dirigeant important du groupe EADS traversait un moment difficile.

«Vous le savez, ironise l’orateur, j’ai un bon auteur depuis le début du procès : Imad Lahoud lui-même, auteur du livre Un coupable idéal. Le dernier chapitre, d’un cynisme extraordinaire, est intitulé “Le Père Noël est une ordure”.» Me Iweins prend une voix geignarde et lit quelques phrases : «Et puis il y a moi, au milieu, le seul qui n’ait eu aucun intérêt (dans la manipulation Clearstream). Mais voilà, je suis le lampiste de service.»

Pour rhabiller de neuf son client, Me Iweins revient sur ses états de service au service de l’État, chef du Centre d’analyse et de prévention du Quai d’Orsay, puis en rouage essentiel de la gloire industrielle française, responsable de la stratégie du groupe Lagardère. Il y a urgence, mais l’avocat prend son temps pour brosser «le contexte» de l’époque. Il offre un petit cours d’histoire qui passe par la crise des euromissiles, l’affaire Farewell et la tentative d’assassinat contre Jean-Paul II. On est loin de Clearstream, mais Me Iweins parvient à créer un lien subliminal en posant la question : Jean-Louis Gergorin est-il paranoïaque ? Qu’il prolonge d’un plaisant : «Sommes-nous dans le monde de Oui-Oui ?» Non, non, répond-il sans surprise. Nouveau cours d’histoire : Carrefour du développement, Pelat, Pechiney, Elf, frégates de Taïwan, etc., etc. Nouvelle question : «Est-ce paranoïaque de penser qu’il existe des réseaux de corruption, des rétrocommissions ?» Dans cette fresque glauque de certaines mœurs politico-industrielles, M. Gergorin apparaît comme sincère, préoccupé par l’intégrité d’un groupe Lagardère visé par d’incessantes tentatives de déstabilisation.

Puis, Me Iweins décrit le «processus d’intoxication» imaginé par Imad La­houd, sur la base de fichiers trafiqués. «Comment un type aussi intelligent que Jean-Louis Gergorin a-t-il pu être abusé de la sorte ?, interroge-t-il. Je vais vous citer trois dupes célèbres. Le cardinal de Rohan – c’est l’affaire du collier de la reine, le procès s’est passé dans cette salle. On lui a fait croire qu’il a rencontré la reine Marie-Antoinette nuitamment, dans un bosquet. Autre exemple : Michel Chasles, polytechnicien, un type admirable, explique un beau jour que ce n’est pas Newton mais Pascal qui a découvert la gravitation universelle. Pour appuyer sa démonstration, il explique tenir d’une “source” des lettres de Newton à Pascal… Il produit même un courrier de Galilée à Pascal ! Un faussaire génial lui avait cédé, entre autres, une lettre de César à Vercingétorix. Troisième exemple : Thérèse Humbert. Sa principale victime fut un bâtonnier de Paris. Elle prétendait attendre un héritage fabuleux, que des ayants droit lui contestaient. Pendant vingt ans, elle obtint des prêts des gens les plus intelligents de la place, qui ne se sont jamais demandé si le légataire existait…»

Jean-Louis Gergorin est-il un corbeau mal intentionné ou a-t-il sa place dans ce nid de pigeons ? Le tribunal a mis son jugement, sur lui et ses quatre coprévenus, en délibéré au 28 janvier.

Vendredi 20 heures 19 – Le Figaro: « Je n’ai pas de rancoeur »

L’ancien premier ministre, qui a assisté au procès Clearstream dans son intégralité, a déclaré vouloir désormais «tourner la page et regarder vers l’avenir».

Il est 18 h 25. Le bâtonnier Iweins a prononcé la dernière plaidoirie et le président Pauthe invite les prévenus à s’exprimer. Dominique de Villepin s’ap­proche du micro et déclare : «J’ai as­sisté à ce procès de la première à la dernière minute. Certains pouvaient penser qu’il serait infamant pour un an­cien premier ministre de comparaître : ce n’est pas le cas. Je n’ai jamais eu le sentiment d’être humilié devant vous.»

Dans la salle des pas perdus, il ajoute, face aux caméras : «Je pense que les Français savent maintenant que j’ai été accusé à tort. Pendant quatre ans, j’ai souffert, ainsi que ma famille, d’un acharnement. Mais je veux tourner la page et je veux regarder vers l’avenir. Je garde ma main ouverte vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Je n’ai pas de rancœur au fond de moi et je veux servir les Français à la place qui est la mienne. Je vous remercie.»

Vous pouvez voir la vidéo de la déclaration de Dominique de Villepin en cliquant ici.

Vendredi 20 heures 05 – Le Journal du Dimanche: Le dernier mot pour Dominique de Villepin

Lors de la dernière plaidoirie du procès Cleartream, l’avocat de Jean-Louis Gergorin a tenté de rejeter la charge sur Imad Lahoud, un « escroc » qui aurait piégé son client. De son côté, Dominique de Villepin a tenté de jouer l’apaisement en tendant la main aux Français… et à Nicolas Sarkozy. Le jugement tombera le 28 janvier.

Dernier jour d’un procès fleuve. Les audiences concernant l’affaire Clearstream se sont terminées vendredi et ne reprendront que le 28 janvier, jour où le tribunal correctionnel de Paris rendra son jugement. En attendant, que peut-on retenir de ce procès? Pour l’avocat de Jean-Louis Gergorin, qui a plaidé vendredi, c’est simple, « cette histoire ressemble un peu à celle du Père Noël ». « Tout le monde sait bien qu’il n’existe pas, mais chacun voudrait quand même y croire », a ajouté Me Paul-Albert Iweins devant la cour, citant en fait une phrase issue du livre d’Imad Lahoud. Le procureur de la République Jean-Claude Marin a requis contre Gergorin une peine de trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis, et 45 000 euros d’amende.

« Mais voilà, dans cette affaire, le Père Noël n’est pas une ordure, il est un escroc », a-t-il dit en parlant d’Imad Lahoud. Ce dernier a reconnu vendredi sur I-Télé avoir menti à de nombreuses reprises au cours de l’instruction, reprenant les propos de son avocat jeudi. Selon Paul-Albert Iweins, son client, Jean-Louis Gergorin, qui est mis en cause pour avoir remis au juge Renaud Van Ruymbeke en avril 2004 les listings, s’est fait piéger par Imad Lahoud, qui l’a entraîné dans la manipulation en le trompant, alors que l’accusation estime que l’ancien vice-président d’EADS était de mauvaise foi et a voulu sciemment détruire ses ennemis.

Me Iweins s’est également penché sur le cas de Dominique de Villepin, principal prévenu dans le procès. Pour le conseil, Dominique de
Villepin a nié avoir reçu une instruction présidentielle dans l’affaire Clearstream pour « protéger le président » Jacques Chirac. « J’aime bien Jean-Louis Gergorin. Il n’est pas fou, il n’est pas paranoïaque », a dit Me Iweins. Selon lui, ses théories sur la corruption du monde de l’armement sont justifiées. « Nous ne sommes pas dans le monde de Oui-oui, où tout le monde vend ses avions gentiment et (où) tout se passe bien », a-t-il poursuivi.

Il a rappelé que les dénonciations au juge Van Ruymbeke s’effectuaient dans le cadre d’une enquête sur une vente de frégates par Thomson, devenu Thales, à Taiwan en 1991, où la procédure a établi qu’ont été versées des commissions illégales de 500 millions de dollars. Plusieurs des protagonistes sont morts assassinés, a rappelé Me Iweins. Le juge Van Ruymbeke a refermé cette enquête sur un non-lieu car les gouvernements français de droite comme de gauche lui ont opposé le secret-défense. « Alors, sommes-nous dans le monde de Oui-oui? », a repris Me Iweins qui s’est même permis de rabrouer le procureur Jean-Claude Marin. Ce dernier souriait ironiquement à l’évocation de l’affaire des frégates. « Je serais à votre place, je ne serais pas fier de ce non-lieu », a dit le conseil de Gergorin.

C’est donc ainsi que s’est terminé le procès Clearstream. Mais, comme il en a pris l’habitude, un autre prévenu a poursuivi les débats en dehors de la salle du tribunal. Dominique de Villepin, devant la presse, a fait une nouvelle déclaration officielle, dans un ton bien plus apaisé que ses précédentes. « Je pense que les Français savent maintenant que j’ai été accusé à tort. Pendant quatre ans, j’ai souffert ainsi que ma famille d’un acharnement. Mais je veux tourner la page et je veux regarder vers l’avenir », a-t-il expliqué, donnant, après un mois de procès qui lui a offert une tribune médiatique importante, un rendez-vous aux Français et au premier d’entre eux: « Je garde la main ouverte vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Je n’ai pas de rancœur au fond de moi et je veux servir les Français à la place qui est la mienne ».

Vendredi 19 heures 18 – AFP: Décision le 28 janvier, Dominique de Villepin « garde la main ouverte » vers Sarkozy

Le tribunal correctionnel de Paris a clôturé vendredi le procès Clearstream, au cours duquel a notamment comparu durant un mois Dominique de Villepin pour « dénonciation calomnieuse », et a mis sa décision en délibéré au 28 janvier. « Je veux tourner la page et regarder vers l’avenir. Je garde la main ouverte vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Je n’ai pas de rancoeur au fond de moi et je veux servir les Français à la place qui est la mienne », a déclaré Dominique de Villepin, à sa sortie du procès.

Le procureur de Paris avait requis mardi une peine de 18 mois de prison avec sursis et une amende de 45.000 euros contre l’ancien premier ministre, dont les avocats ont défendu l’innocence. L’avocat de Jean-Louis Gergorin, Me Paul-Albert Iweins, a affirmé de son coté dans sa plaidoirie finale vendredi que Dominique de Villepin avait nié avoir reçu une instruction présidentielle dans l’affaire Clearstream pour « protéger le président » Jacques Chirac.

M. Gergorin est considéré par le parquet comme le grand manitou de la manipulation qui a valu à Nicolas Sarkozy de voir son nom cité dans les listings Clearstream. C’est contre cet ancien vice-président d’EADS que le ministère public a requis mardi la plus lourde peine: 3 ans de prison, dont la moitié ferme, et 45.000 euros d’amende. Pour le vice-procureur Romain Victor, « la dénonciation est son oeuvre et il a obéi à un plan qui ne doit rien au hasard ». A ses yeux, ça ne fait pas un pli: « Jean-Louis Gergorin s’est moqué de la justice. Il a été de la plus parfaite mauvaise foi », et n’a rien « du grand étourdi » pour lequel il a tenté de se faire passer à l’audience. Quant à son ancien employé à EADS, Imad Lahoud, qualifié à de nombreuses reprises de « mythomane », « il fait figure de complice intéressé et malveillant ».

« Ces n’ont pas de sens. Elles sont excessives et ne tiennent pas compte de la bonne foi de M. Gergorin », pense son avocat Me Paul-Albert Iweins, pour lequel « tout ce qui est excessif est insignifiant. »

La défense de Jean-Louis Gergorin a une analyse plus proche de celle développée mercredi par les avocats de Dominique de Villepin: selon elle, c’est Imad Lahoud qui a tout manigancé. Imad Lahoud, qui le premier est allé cherché les listings Clearstream et les a falsifiés. Imad Lahoud qui manipulateur averti et mythomane patenté a embobiné le bon Gergorin.

Désormais, au cours du délibéré, le juge qui a présidé l’audience, Dominique Pauthe, et ses deux assesseuses, Cécile Louis-Doyant et Virginie Tilmont, vont échanger leurs avis après avoir examiné les pièces du dossier. Si les trois magistrats sont en désaccord, le président soumettra les questions litigieuses au vote. En cas de divergences, son opinion sera prépondérante. Une fois l’affaire tranchée, il se désignera lui-même ou l’une de ses assesseuses pour rédiger le projet de jugement qui sera ensuite dactylographié par un greffier et soumis à sa signature.

Pour Clearstream, les trois magistrats ont une mission particulièrement difficile car le délit de « dénonciation calomnieuse » est le plus compliqué à arbitrer. Selon plusieurs magistrats parisiens interrogés par l’AFP, sur 100 dossiers de dénonciation calomnieuse, une dizaine finirait par des condamnations. En effet, pour prononcer une quelconque condamnation, le tribunal doit être certain que le prévenu savait à 100% que les faits dénoncés étaient faux.

Concernant M. de Villepin, ils doivent donc être certains que l’ancien ministre était parfaitement au courant que les listings Clearstream, sur lesquels le nom de Nicolas Sarkozy a été ajouté afin de faire croire qu’il détenait un compte occulte à l’étranger, étaient des faux.

Le tribunal n’est pas tenu par les réquisitions du parquet. Les condamnations requises mardi peuvent être totalement ignorées par les juges qui ont la possibilité de rendre une décision diamétralement opposée. Le parquet estime que Dominique de Villepin s’est rendu « complice par abstention », un délit suscitant des interrogations. En substance, le ministère public estime que l’ancien ministre aurait, à partir de l’été 2004, pu, et dû, stopper le train de la calomnie lancé par son ami Jean-Louis Gergorin, alors vice-président d’EADS. Selon le parquet, le ministre savait dès juillet 2004 que les listings étaient faux, et aurait dû ameuter les autorités là où il s’est cantonné dans un silence coupable.

Pour la défense de Villepin, une telle faute est impossible à caractériser: comment condamner quelqu’un qui n’a rien fait! Pour Me Olivier Metzner, « c’est une innovation judiciaire qui ne pourra résister à l’examen ».

Dernière petite particularité: le tribunal pourrait jouer la surprise en se déclarant incompétent. En effet, il pourrait estimer ne pouvoir juger M. de Villepin, ancien ministre, et décider que les faits jugés pendant son mandat relèvent de la Cour de justice de la République (CJR). Il trancherait alors le cas des quatre autres prévenus et renverrait le cas Villepin devant la CJR.

Vendredi 18 heures 59 – AFP: Déclaration de Dominique de Villepin à l’issue du procès

« Je veux tourner la page et regarder vers l’avenir. Je garde la main ouverte vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Je n’ai pas de rancoeur au fond de moi et je veux servir les Français à la place qui est la mienne », a déclaré Dominique de Villepin, à sa sortie du procès Clearstream.

Vendredi 18 heures 50 – AFP: Verdict le 28 janvier

Le tribunal de Paris a clôturé ce soir le procès Clearstream au cours duquel a comparu durant un mois l’ex-premier ministre Dominique de Villepin, dans une affaire de machination visant notamment Nicolas Sarkozy, et rendra son jugement le
28 janvier.

Vendredi 17 heures 53 – Reuters: Clearstream, une « histoire de Père Noël » pour l’avocat de Jean-Louis Gergorin

Le procès de la manipulation menée avec des faux listings de la société Clearstream en 2004 ressemble à l’histoire du Père Noël, a estimé vendredi l’avocat du vice-président d’EADS Jean-Louis Gergorin. Ce dernier est mis en cause pour avoir remis au juge Renaud Van Ruymbeke en avril 2004 les listes comportant les noms de centaines de personnes, dont Nicolas Sarkozy mais aussi ceux des rivaux industriels de Jean-Louis Gergorin.

Me Paul-Albert Iweins a cité dans sa plaidoirie le livre d’un autre prévenu au procès, Imad Lahoud. « Au bout du compte, cette histoire est un peu celle du Père Noël, tout le monde sait bien qu’il n’existe pas, mais chacun voudrait quand même y croire », écrivait-il.

Dans l’affaire Clearstream, a dit Me Iweins, le Père Noël était Imad Lahoud, qui a forgé en 2003 les faux listings semblant offrir aux protagonistes de l’affaire la « tête » de tous leurs ennemis, politiques et industriels sur un plateau. « Mais voilà, dans cette affaire, le Père Noël n’est pas une ordure, il est un escroc », a-t-il dit en parlant d’Imad Lahoud.

Selon l’avocat, Jean-Louis Gergorin s’est fait piéger par Imad Lahoud, qui l’a entraîné dans la manipulation en le trompant. Me Iweins plaidait à la fin du procès pour défendre cet industriel au passé prestigieux, qui a aussi eu une carrière diplomatique, et contre lequel le parquet a requis trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis, et 45.000 euros d’amende. L’accusation estime que Jean-Louis Gergorin était de mauvaise foi et a voulu sciemment détruire ses ennemis.

« J’aime bien Jean-Louis Gergorin. Il n’est pas fou, il n’est pas paranoïaque », a dit Me Iweins. Selon lui, ses théories sur la corruption du monde de l’armement sont justifiées. « Nous ne sommes pas dans le monde de oui-oui, où tout le monde vend ses avions gentiment et (où) tout se passe bien », a-t-il estimé, dans une allusion au personnage de dessin animé pour enfants. Il a rappelé que les dénonciations au juge Van Ruymbeke s’effectuaient dans le cadre d’une enquête sur une vente de frégates par Thomson, devenu Thales, à Taiwan en 1991, où le procédure a établi qu’ont été versées des commissions illégales de 500 millions de dollars.

Plusieurs des protagonistes sont morts assassinés, a rappelé Me Iweins. Le juge Van Ruymbeke a refermé cette enquête sur un non-lieu car les gouvernements français de droite comme de gauche lui ont opposé le secret défense. « Alors, sommes nous dans le monde de oui-oui? », a lancé Me Iweins.

Il a rabroué le procureur Jean-Claude Marin qui souriait ironiquement. « Je serais à votre place, je ne serais pas fier de ce non-lieu (dans l’affaire des frégates-NDLR) », a-t-il dit.

Cette plaidoirie était la dernière du procès, qui a duré un mois. Le principal prévenu, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin, poursuivi pour « complicité de dénonciation calomnieuse », devait s’exprimer en fin d’audience.

Vendredi 14 heures 46 – Le Figaro: Clair comme Clearstream

C’est fini. Cinq semaines d’audiences, des avocats survoltés, un général épinglé, un informaticien embrouillé, un stratège empêtré et les envolées lyriques d’un ancien Premier ministre… Stéphane Durand-Souffland et Sylvie Guillot nous ouvrent leurs carnets de notes et de croquis pris pendant ces cinq folles semaines.


Voilà, c’est fini. La dernière plaidoirie a été prononcée, le jugement est en délibéré. Les protagonistes du procès Clearstream, qui a eu lieu du 21 septembre au 23 octobre devant le tribunal correctionnel de Paris, au rythme de trois après-midi hebdomadaires, s’est achevé sans que la lumière n’ait soudainement jailli des débats. Retour sur cinq folles semaines.

- Lundi 21 septembre : la déclaration de guerre. A la porte du tribunal qui n’attend plus que lui, Dominique de Villepin s’adresse à une forêt de micros. Derrière lui, à trois pas, comme tenue par quelque protocole, sa famille au grand complet : madame porte une veste décorée d’une colombe égarée dans le contexte, l’une des filles une jupe très courte et des chaussettes très hautes, sa sœur et son frère sont vêtus comme de sages étudiants. L’ancien Premier ministre déclare la guerre au chef de l’Etat, partie civile : «Je suis ici par la volonté, par l’acharnement d’un homme, Nicolas Sarkozy. J’en sortirai libre et blanchi, au nom du peuple français.» La provocation de M. de Villepin n’a de sens que raboutée aux propos du 12 octobre (lire plus loin). En tentant avec hardiesse un tel salto sémantique, le rival de Nicolas Sarkozy propose sa lecture de L’Art de la guerre, version politico-judiciaire.

- Mardi 22 septembre : le jour des prévenus oubliés. Derrière le trio vedette Villepin-Gergorin-Lahoud, deux prévenus se font peu à peu oublier, ou presque. Le premier, Florian Bourges, auditeur stagiaire chez Arthur Andersen, accède à d’authentiques listings de clients de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream. Il les remet en 2001 au journaliste Denis Robert, lequel se persuade vite qu’il va révéler au monde un scandale sans précédent. Résultat : il perd une ribambelle de procès en diffamation intentés par Clearstream, et se retrouve ici encore sur le banc des prévenus. La palme du toupet lui revient lorsqu’il lance, sans rire, comme si ses errements avaient permis de démonter la manipulation : «J’ai rendu service à la justice et à Nicolas Sarkozy. Le ministère public devrait me féliciter !» La salle, elle, se tient les côtes.

- Mercredi 23 septembre : quand Imad Lahoud donne le meilleur de lui-même. Imad Lahoud est un personnage fascinant : Français d’origine libanaise, époux d’une énarque inspectrice des Finances, gendre de François Heilbronner, agrégé de mathématiques. Souvent, il jette des regards furtifs à gauche, à droite ou par-dessus son épaule. On dirait que, du bout du nez, il cherche le sens du vent. Son aplomb est phénoménal. Ses réponses surprennent jusqu’à ce qu’on comprenne qu’il cherche systématiquement le contre-pied, quitte à passer pour un fou. Ou un vulgaire «escroc au renseignement», pour reprendre l’expression du général Rondot. Ou un «mythomane», pour reprendre celle de l’ancien directeur des Renseignements généraux, Yves Bertrand. Ce 23 septembre, le prévenu offre un festival au tribunal. On parle de «gergorinades» en évoquant certaines théories fumeuses de M. Gergorin, mais M. Lahoud mérite qu’on invente le terme de «lahouderies». En voici trois, qui résument la position du moment adoptée, sans aucun souci de crédibilité, par le faussaire présumé des listings – il en a servi plusieurs autres au long de l’instruction : «Je ne suis pas la source» de la machination. «Jean-Louis Gergorin me harcelait, j’étais sa chose.» «Je n’ai ajouté que les noms de Nagy et Bocsa (qui forment le patronyme complet de Nicolas Sarkozy, ndlr) sur un tableau informatique, sur ordre de Jean-Louis Gergorin, dans le bureau d’Yves Bertrand.» C’est, sans conteste, encore plus amusant que Denis Robert la veille.

- Lundi 28 septembre : Jean-Louis Gergorin dans la bourrasque. L’ancien PDG de Thomson, Alain Gomez, a appris en juillet 2004 que son nom figurait, sur les faux listings, parmi les pseudo-bénéficiaires des rétrocommissions liées à la vente de frégates à Taïwan. «J’ai eu d’abord la suspicion très forte, puis la conviction absolue qu’à l’origine ne pouvait se trouver que Jean-Louis Gergorin.» L’intéressé – le « corbeau » qui a livré les listings frelatés au juge Van Ruymbeke – tressaille : durant le festival Lahoud de la semaine dernière, il était relégué au poulailler ; le voici à l’avant-scène. Pendant une bonne demi-heure, M. Gomez poursuit, méthodiquement, son travail de sape – Philippe Delmas, a
ncien rival de M. Gergorin chez EADS, achèvera la besogne le 12 octobre. «En 2003, reprend M. Gomez, il a été pris d’une bouffée délirante : j’aurais ordonné à la mafia biélorusse et/ou ukrainienne d’assassiner Jean-Luc Lagardère», président du groupe du même nom mort accidentellement et patron adulé de Jean-Louis Gergorin. Celui-ci est appelé au micro. Il déploie sa longue carcasse qui flotte dans un veston mal coupé, surmontée d’une chevelure floue aux intrigants reflets auburn. L’énarque polytechnicien a la voix haut perchée. Surtout, il souffre de logorrhée chronique. «Je suis en désaccord absolu avec M.Gomez», commence-t-il, avant de s’engouffrer dans un interminable tunnel verbal. C’est bien simple, quand M. Gergorin s’exprime, c’est comme s’il éteignait la lumière pour que le tribunal puisse sommeiller plus à son aise, bercé par son babil.

- Mardi 29 septembre : le «corbeau» contre sa «source». Confrontation Gergorin-Lahoud. Le premier se cramponne à une antienne (qui vaut relaxe si le tribunal y adhère) : «J’y croyais.» Il jure ses grand dieux que les listings que lui a procurés sa « source » étaient, pour lui, authentiques, puisque M. Lahoud avait soi-disant pénétré le système informatique de Clear-stream. Comme, de surcroît, les noms des principaux rivaux de M. Gergorin s’y trouvaient, cela lui faisait plaisir d’y croire, ce qui est bien naturel. Mieux : «Plus c’était compliqué, plus j’y croyais», ajoute l’ancien numéro trois d’EADS. Et compliqué, cela le devenait vraiment : les faux listings ressemblent d’abord à un annuaire des protagonistes de l’affaire des frégates de Taïwan, puis à une édition complétée par le ban et l’arrière-ban de l’Angolagate, à son tour agrémentée de personnalités politiques de premier plan avant de perdre toute cohérence – si tant est qu’il y en eût une – avec les délicieuses silhouettes de Lætitia Casta ou de la très jeune chanteuse Alizée… Pointé du doigt par M. Gergorin, M. Lahoud est, comme toujours, épatant : il nie en bloc et prétend que c’est l’autre qui a tout manigancé. « Lahouderie » du jour : si la police a retrouvé des traces des listings trafiqués sur l’ordinateur personnel du mathématicien, c’est parce qu’il y avait stocké les données «pour le compte de Jean-Louis Gergorin».

- Mercredi 30 septembre : le procès vire à l’aigre. Enfin, on entend Dominique de Villepin. Position minimaliste : l’ancien Premier ministre n’était au courant de rien. Certes, il a reçu M. Gergorin et le général Rondot le 9 janvier 2004. Mais ensuite, silence radio jusqu’au 19 juillet. C’est, avouons-le, extrêmement peu crédible. Mais l’orateur tient bon. En fin d’après-midi, cependant, un incident l’oppose à Me Thierry Herzog, conseil de Nicolas Sarkozy qui, comme à son habitude, l’interroge avec pugnacité. «Me Herzog a travaillé avec moi lorsque j’étais secrétaire général de l’Elysée. A cette époque, il n’était pas si agressif», grince M. de Villepin. Allusion inattendue au « cabinet noir » qui, selon certains, veillait aux intérêts du président Chirac et de ses proches, parmi lesquels Jean Tiberi dont l’avocat était… Me Herzog. Un peu plus tard, nouvelle salve de M. de Villepin contre l’actuel chef de l’Etat : «Ce dossier a été construit de manière unilatérale, pour les intérêts d’une seule partie civile, qui veut se faire justice elle-même. Quand Nicolas Sarkozy prononce le mot « Clearstream », sa physionomie change. Il y a de sa part un acharnement à détruire un adversaire politique.» Bien d’autres sous-entendus émailleront le procès, comme s’il avait pu échapper à quiconque que l’enjeu n’en était pas purement judiciaire.

- Lundi 5 octobre : le grand oral du général. Il était attendu pour donner un sens au galimatias. Le général Philippe Rondot, 73 ans ce 5 octobre, restera huit heures à la barre. Dès ses premiers mots, le prétoire comprend qu’il n’est pas venu abdiquer. «Je n’ai pas un QI de pétoncle !» tonne-t-il en préambule, comme pour répondre à Dominique de Villepin et à sa défense qui, depuis quelques jours, laissent entendre que l’ancien conseiller des services secrets est fatigué. Ses notes, en tout cas, serrées dans de petits carnets, accablent l’ancien Premier ministre. C’est pourquoi ce dernier a pris soin de les qualifier de «salmigondis». Mais leur auteur tient bon : il défend son honneur et ses écrits. Le général a cru dur comme fer que la mission de vérification confiée par Dominique de Villepin émanait du président de la République. Il confirme que le nom de Nicolas Sarkozy a été évoqué le 9 janvier 2004, en liaison avec deux comptes occultes « couplés », dans le bureau de M. de Villepin ; que ce dernier est intervenu le 25 mars suivant pour faire sortir Imad Lahoud d’une garde à vue ; que le 19 juillet, quand le soufflé commence à se dégonfler, M. de Villepin lui a dit : «Si nous apparaissons, le président de la République et moi, nous sautons.» A la barre, l’officier estime par ailleurs que Jean-Louis Gergorin était de bonne foi, même s’il a été «dépassé par ses initiatives». La septième journée d’audience n’est pas très bonne pour Dominique de Villepin. Mais les jeux sont loin d’être faits.

- Mardi 6 octobre : le juge Van Ruymbeke se défend. En avril 2004, Renaud Van Ruymbeke, magistrat emblématique, se débat depuis trois ans dans une instruction impossible sur les frégates de Taïwan. Le secret défense l’empêche de pister les centaines de millions de dollars de rétrocommissions. Lorsque M. Gergorin lui propose, sous le manteau, la clé du coffre-fort, il saisit l’aubaine : qu’a-t-il à perdre ? On connaît la suite : il démontre la fausseté des listings avec les moyens du bord, nul ne lui ayant dit que le général Rondot enquêtait sur le même sujet depuis novembre 2003 et commençait à avoir des doutes. Voilà donc un juge honnête, longtemps prisonnier de sa parole donnée à un homme dont il ignorait les connections et qui refusait d’apparaître en procédure, obligé de se justifier devant un tribunal, alors qu’une éventuelle sanction du Conseil supérieur de la magistrature pèse sur lui. Pris à partie de manière assez peu élégante par le conseil de Florian Bourges, M. Van Ruymbeke se retrouve contraint de jouer en défense, avant que Me Metzner ne vole à son secours, dans une atmosphère délétère. Après sa déposition, M. Van Ruymbeke s’assied, sonné, à l’écart. Il est seul. Comme en 2004.

- Mercredi 7 octobre : Dominique de Villepin à la manœuvre. Mis en difficulté par le général Rondot, l’ancien Premier ministre est confronté au vieux soldat. L’animal politique prend le dessus, au terme d’un coup de bluff. Estimant à présent que certaines des notes du général peuvent le servir, il ne peut plus fustiger le «salmigondis» : voici M. de Villepin donnant une leçon d’explication de texte… à l’auteur du texte. Le prévenu propose une exégèse différente de celle du témoin, qu’il rejoint sur un point : ses notes sont formidables. Il le cajole, lui sert des «mon général» longs comme le bras. M. Rondot semble désorienté par ce détournement sémantique, d’autant que l’ancien ministre lui demande d’y participer : «Il y a dans ces notes la preuve qu’aucun complot n’a existé. N’est-ce pas, mon général ?» Interrogé par le président, l’officier, loin de se rebiffer, confie, dans un souffle : «Chaque fois que Dominique de Villepin prononce un discours, je ne peux m’empêcher de l’écouter avec attention et d’être – je ne le cache pas – un peu ému.» Ce qui renforce la diatribe du jour de M. de Villepin, parsemée d’allusions fielleuses à Nicolas Sarkozy et deux de ses proches, Claude Guéant et Brice Hortefeux : «Une dénonciation calomnieuse a ceci de particulier, en matière politique, qu’elle signe la mort de celui qui en est à l’origine. Il faudrait n’avoir aucun sens de s
a propre survie ni de son honneur pour agir de la sorte. Le général Rondot peut en témoigner : nous n’avons pas comploté.»

- Lundi 12 octobre : à «cœur léger», rien d’impossible. On écoute les derniers témoins : Yves Bertand, ex-directeur des RG, Michel et Delphine Piloquet (sœur de Mme de Villepin), ex-voisins de palier d’Imad Lahoud… Impression désastreuse pour M. Lahoud, accusé par tous d’être un fieffé menteur. Les débats vont être clos, avant les plaidoiries, l’ancien Premier ministre veut le dernier mot. Son avocat, par le biais d’une question, le lui offre. C’est à cet instant qu’il faut se souvenir de la déclaration de guerre du 21 septembre, car l’orateur change de registre pour protester de son innocence : «Je sais qu’il est difficile de se satisfaire de l’idée que, derrière toute cette affaire, il y a un falsificateur, un escroc au renseignement. Je sais que le procureur, au fond de lui, ne pense pas qu’on puisse me reprocher une quelconque responsabilité. Mais il lui faut peut-être un bouc émissaire. Je le lui dis, le cœur léger: qu’il requière aussi avec le cœur léger ; mon honneur n’est pas en cause, mon honneur n’est pas à prendre (…) Oui, je comprends la douleur des parties civiles, oui je comprends qu’on puisse vouloir, avec acharnement, la vérité, y compris de la part de Nicolas Sarkozy. Il n’y a jamais eu de haine dans mon cœur.» On note avec soulagement que l’acharnement a changé de nature.

- Lundi 19 octobre : le marathon de Me Herzog. Quatre heures de plaidoirie : de peur d’oublier le moindre détail qui accablerait Dominique de Villepin, son unique cible, le conseil de Nicolas Sarkozy irrite le président du tribunal et perd en route une grande partie de l’auditoire. Dommage : Me Herzog, pénaliste réputé, connaît le dossier mieux que quiconque. Trop bien, peut-être.

- Mardi 20 octobre : réquisitoire à deux voix. Du procureur de Paris, Jean-Claude Marin, et du vice-procureur Romain Victor, le second sera, de loin, le plus brillant. Il est vrai que le chef du parquet, qui en appelle à Balzac, Kafka et à la faculté de droit, s’est réservé la partie la plus ardue : démontrer que Dominique de Villepin est coupable du délit difficile à manipuler de « complicité de dénonciation calomnieuse par abstention volontaire ». Une vision intellectuellement séduisante mais juridiquement périlleuse, qui ne laisse au magistrat qu’une étroite marge de manœuvre et le contraint souvent à procéder par déductions et sous-entendus. Il requiert cependant contre « Ponce Pilate » – Mme Chirac avait, paraît-il, surnommé « Néron » M. de Villepin qui accumule bizarrement les sobriquets désobligeants et à consonance antique -, dix-huit mois de prison avec sursis. Sans épargner Jean-Louis Gergorin (trois ans de prison dont la moitié ferme) ni Imad Lahoud (deux ans de prison dont dix-huit mois ferme). La défense a plaidé jusqu’au vendredi 23 octobre. Puis, après cinq semaines de vacarme, le tribunal s’est retiré pour délibérer. Un long silence, avant le coup de tonnerre du jugement, début 2010.

Vendredi 14 heures 10 – Marianne 2: Pour Yves Bertrand, Dominique de Villepin n’est pas un voyou

L’ex-patron des RG dénonce un procès politique. Car pour lui, le véritable instigateur de l’affaire n’est toujours pas identifié. Interview à Marianne 2.

Marianne2 : Dans le procès Clearstream, le parquet vient de requérir une peine de 18 mois de prison avec sursis et 45 000 euros d’amende contre l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin. Qu’en pensez-vous ?

Yves Bertrand : L’idée d’une participation directe de Dominique de Villepin à cette affaire me laisse sceptique. Lorsque j’étais directeur des RG et lui secrétaire général de l’Elysée, il ne m’a jamais demandé de faire le moindre coup tordu. Sans préjuger de la décision du tribunal, je ne le vois pas en chef d’orchestre de cette opération qui ne lui ressemble pas. De Villepin, c’est un aristocrate. Pour faire le coup de poing, il faut sortir du ruisseau.

Quelle analyse faites-vous de ce procès qui arrive bientôt à son terme ?

Je ne peux qu’observer que ce procès a pris un tour politique comme on a rarement vu sous la Vème République. J’ai connu Jean-Claude Marin (NDR : le procureur) beaucoup plus souple.

Pensez-vous que la justice soit passée à côté du sujet ?

Jusque-là, j’ai l’impression que la justice ne semble pas avoir compris. La seule question qui vaille, c’est : à qui profite le crime ? Pour le moment, ce dont je suis certain, c’est qu’il ne profite pas à Dominique de Villepin. Le véritable instigateur de l’affaire n’a pas été identifié.


Imad Lahoud a répété durant le procès qu’il avait ajouté le nom de Nicolas Sarkozy dans les fichiers Clearstream en votre présence. Vous n’y êtes vraiment pour rien ?

Imad Lahoud ne s’est même pas souvenu où était mon bureau. En plus, à la date qu’il a donnée, j’avais quitté les RG depuis trois mois !

Le vrai bilan de ce procès, selon vous ?

Ce procès a donné une triste image du monde politique français qui en revient aux pires moments de la IVème et de la Vème républiques. Avec une différence de taille : le général de Gaulle, lui, prenait soin de se tenir à l’écart du ring.

Vendredi 11 heures 43 – Exprimeo: Dominique de Villepin et l’obscurantisme français

Dominique de Villepin est aujourd’hui au centre d’un dispositif qui montre l’ampleur et la gravité d’un nouvel obscurantisme Français.

La France est à la croisée de traditions contradictoires. Elle est la fille aînée de l’église, celle-la même de l’inquisition, du bûcher de Montségur, de la condamnation de Galilée et du silence du Pape sur la Shoah. Mais, par ses auteurs dont Descartes et Diderot, elle se veut aussi la mère de la raison.

Comment concilie-t-elle actuellement ces « deux héritages » ? N’assistons-nous pas à l’occupation du champ politique, économique et social par un nouvel obscurantisme intellectuel tentaculaire ?

Ce nouvel obscurantisme répond à une mécanique bien huilée.

Au départ, il y a un fait supposé qui soulève indignation, besoin de justice et même besoin d ‘une justice rapide, spectaculaire supposée tourner la page de pratiques inacceptables.

Alors entrent en jeu les médias. Ils créent l’ambiance. Il faut des coupables. « On » les tient. Tout est alors retenu à charge même les dénégations. Avec quelques précautions oratoires, les coupables sont alors désignés. Coupables, l’étaient-ils ? On s’en persuadait.

Mais surtout entre aussi en jeu l’instrument classique qu’est le bouc émissaire. Les procès sont effectués en France pour qu’un auteur paye pour tous les autres passés, présents et même à venir. Dans ce contexte, s’est on jamais demandé si un bouc émissaire est innocent ? Il incarne le mal, parce qu’il porte les péchés du monde. Le bouc émissaire est toujours coupable pour qui l’a désigné. Il dispense chacun de l’éthique du doute, fondement même de la raison, et de celle du courage, qui n’est rien d’autre que le choix de la vérité plutôt que celui de l’approbation. C’est le prix à payer pour qu’il remplisse son rôle expiatoire.

Au demeurant, il y a dans cela comme une cohérence qui répond à l’évolution de la « vérité judiciaire ». Contrairement à ce qu’on pourrait croire, prouver ne consiste plus à démontrer la réalité d’un évènement. Prouver, c’est amener le juge à considérer que le vrai lui est révélé, ce qui est différent. La « vérité judiciaire » n’est donc finalement que ce dont le juge s’est persuadé, de façon indépendante ou moins. Un soupçon fondé sur des témoignages fragiles
devient rumeur, puis conviction du public, et enfin certitude des juges.

Ce mécanisme relève de la droite ligne du Moyen-Âge, où l’on soumettait l’inculpé au « jugement de Dieu ». Celui qui succombait était coupable, parce que la société toute entière ne doutait pas que Dieu venait au secours de l’innocent. Donc si Dieu n’avait pas sauvé l’intéressé c’est qu’il était coupable. Dans ces conditions, le réel importe peu. Ce cheminement montre l’étroitesse de la place du réel dans la société Française. L’imaginaire a pris le pouvoir.

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Vendredi 11 heures 40 – AFP: Les bonnes phrases du procès Clearstream

Voici un florilège des bonnes phrases du procès Clearstream.

Dominique de Villepin:

- « Le général Rondot le dit bien, ce n’était pas une réunion de comploteurs, je ne lui ai pas demandé de venir avec ses fiches bristol et son petit crayon pour être le scribe d’un ministre qui complote ».

- « Il y a un petit miracle dans ce dossier. On croit toujours le général Rondot, sauf quand il m’innocente, et on ne croit jamais Jean-Louis Gergorin, sauf quand il m’accuse ».

Imad Lahoud:

- « Monsieur le président, on fait des choses intelligentes quand on a le choix, je n’avais pas le choix, j’ai fait que des conneries. Aujourd’hui je dis la vérité parce que je suis libre ».

Jean-Louis Gergorin:

- Pourquoi ne s’est-il pas dénoncé lorsque que l’affaire est sortie dans les médias? « Il n’y avait pas de bonne décision, en dehors peut-être de faire hara kiri. »

- « Méfiez-vous des gens diplômés: il y a beaucoup d’erreurs qu’ils commettent ».

Denis Robert:

- « Toute cette manipulation a été possible parce que mon enquête était solide. Le ministère public devrait me féliciter aujourd’hui ».

Me Thierry Herzog, avocat de Nicolas Sarkozy:

- Nicolas Sarkozy, qui multiplie les actions en justice, « a peut-être été un peu au-delà de ses prédécesseurs, mais il l’a fait sans cagoule ».

Me Olivier Metzner, avocat de Villepin, excédé par Me Herzog:

- « Est-ce qu’on va laisser poser trois fois la même question, pourquoi pas quarante fois? Est-il décent dans une enceinte judiciaire de prendre les gens pour des cons? »

Me Maurice Lantourne, avocat de Florian Bourges:

- « Il avait 23 ans, il était plein d’idéal. (…) Il a été atteint par une balle perdue. »

Me Roland Poynard, avocat d’Alain Gomez, partie civile:

- « M. Gergorin quand vous lui demandez l’heure, ça prend trois quarts d’heure… »

- « M. Gergorin, vous ne ferez jamais croire que vous êtes le Virenque de l’industrie de l’armement. Vous êtes un véritable danger public ».

Me Edgar Vincensini, avocat de Charles Pasqua, partie civile:

« M. de Villepin, bienvenue au club des flingueurs flingués ».

Le général Rondot, témoin:

- « J’ai lu dans la presse que j’ai été voir Laetitia Casta, j’aurais pu le faire puisqu’elle est la marraine du 2e régiment de parachutistes à Calvi. »

- « Chaque fois que Dominique de Villepin fait des discours comme on sait qu’il en fait, je ne peux manquer de l’écouter avec attention, d’être, je ne le cache pas, un peu ému ».

L’ancien patron des RG, Yves Bertrand, témoin:

- « Dans cette affaire, tout est de bric et de broc. On se croirait dans le film Louis La Brocante. »

Philippe Delmas, partie civile, en parlant de Jean-Louis Gergorin:

- « Penser que quelqu’un d’autre a pu rassembler ces noms, c’est une insulte au bon sens. »

Le président Dominique Pauthe:

- « Entre tous ces secrets, le chemin du tribunal est fort étroit ».

Et en dehors du prétoire…

Dominique de Villepin:

- « Nicolas Sarkozy avait promis de me pendre à un croc de boucher, je vois que la promesse a été tenue ».

Nicolas Sarkozy:

- « Au bout de deux ans d’enquête, deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant un tribunal correctionnel ».

Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée:

- « En général, les coupables figurent parmi ceux qui sont présentés par les juges ».

Pierre Charon, conseiller de Nicolas Sarkozy et partie civile:

- « J’étais quand même consterné de voir Dominique Galouzeau de Villepin (…) confondre le Club Méditerranée, dont il est un adepte, avec la 11e chambre correctionnelle. Il ne manquait plus que les palmes et la planche à voile ». « Ce n’est pas de l’élection d’un Chippendale dont il s’agit. On peut être beau, grand et arrogant et perdre ».

Vendredi 8 heures 48 – AFP: Un délibéré de plusieurs mois pour une bien délicate affaire

Après cinq semaines de procès Clearstream, le tribunal correctionnel de Paris va se donner plusieurs mois pour délibérer et arbitrer d’ici début 2010 entre les responsabilités des cinq prévenus dans cette affaire de dénonciation calomnieuse aussi politique que délicate.

Au cours du délibéré, le juge qui a présidé l’audience, Dominique Pauthe, et ses deux assesseuses, Cécile Louis-Doyant et Virginie Tilmont, vont échanger leurs avis après avoir examiné les pièces du dossier. Si les trois magistrats sont en désaccord, le président soumettra les questions litigieuses au vote. En cas de divergences, son opinion sera prépondérante. Une fois l’affaire tranchée, il se désignera lui-même ou l’une de ses assesseuses pour rédiger le projet de jugement qui sera ensuite dactylographié par un greffier et soumis à sa signature.

Aucune règle ne fixe de durée au délibéré. En matière pénale, il est très variable. De quelques minutes lors de certaines comparutions immédiates, il peut prendre jusqu’à plusieurs mois. Ainsi, dans le procès de l’hormone de croissance, les magistrats ont planché neuf mois sur les responsabilités de six prévenus dans la mort de 117 jeunes traités à l’hormone de croissance dans les années 1980.

Pour Clearstream, les trois magistrats ont une mission particulièrement difficile car le délit de « dénonciation calomnieuse » est le plus compliqué à arbitrer. Selon plusieurs magistrats parisiens interrogés par l’AFP, sur 100 dossiers de dénonciation calomnieuse, une dizaine finirait par des condamnations. En effet, pour prononcer une quelconque condamnation, le tribunal doit être certain que le prévenu savait à 100% que les faits dénoncés étaient faux. Concernant M. de Villepin, ils doivent donc être certains que l’ancien ministre était parfaitement au courant que les listings Clearstream, sur lesquels le nom de Nicolas Sarkozy a été ajouté afin de faire croire qu’il détenait un compte occulte à l’étranger, étaient des faux.

Le tribunal n’est pas tenu par les réquisitions du parquet. Les condamnations requises mardi peuvent être totalement ignorées par les juges qui ont la possibilité de rendre une décision diamétralement opposée. Le parquet estime que Dominique de Villepin s’est rendu « complice par abstention », un délit suscitant des interrogations. En substance, le ministère public estime que l’ancien ministre aurait, à partir de l’été 2004, pu, et dû, stopper le train de la calomnie lancé par son ami Jean-Louis Gergorin, alors vice-président d’EADS. Selon le parquet, le ministre savait dès juillet 2004 que les listings étaient faux, et aurait dû ameuter les autorités là où il s’est cantonné dans un silence coupable.

Pour la défense de Villepin, une telle faute est impossible à caractériser: comment condamner quelqu’un qui n’a rien fait! Pour Me Olivier Metzner, « c’es
t une innovation judiciaire qui ne pourra résister à l’examen ».

Dernière petite particularité: le tribunal pourrait jouer la surprise en se déclarant incompétent. En effet, il pourrait estimer ne pouvoir juger M. de Villepin, ancien ministre, et décider que les faits jugés pendant son mandat relèvent de la Cour de justice de la République (CJR). Il trancherait alors le cas des quatre autres prévenus et renverrait le cas Villepin devant la CJR. Mardi, lors de son réquisitoire, le parquet a jugé qu’une telle saisine ne pouvait se justifier, le comportement litigieux de M. de Villepin ne relevant pas de ses fonctions habituelles de ministre.

Vendredi 6 heures 52 – Ouest France: Doutes à l’UMP, certitudes à l’Elysée

Plus la crise cogne contre le navire majoritaire, plus le capitaine-président maintient ferme le cap. Convaincu d’avoir fait mieux, à mi-mandat, que tous ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy minimise l’onde de choc, dans l’opinion et au Parlement, des affaires (Clearstream), des polémiques (son fils Jean, Frédéric Mitterrand) ou des débats de fond (déficits, fiscalité, immigration, collectivités). À être trop sûr de lui, ne prend-il pas le risque de s’isoler ?

Les parlementaires, pourtant, ont le mal de mer. Jamais, en période de paix, la France n’a connu de tels déficits qui alimentent une telle dette. Si énorme que son montant, et les débats qu’il provoque, paraissent virtuels. Ce qui le sera moins, c’est quand il faudra rembourser. Aucun ne croit que la croissance suffira. Tous redoutent le jour où il faudra relever massivement les impôts.

De là proviennent les désaccords droite-gauche -c’est normal- et, surtout, internes à la majorité. On ne compte plus les psychodrames quotidiens entre l’UMP et le gouvernement sur le bouclier fiscal, les exonérations d’impôts ou de charges, les modalités de la nouvelle taxe professionnelle, la taxe carbone, le financement de la santé…

Un jour, c’est une députée UMP et rapporteure du budget de la Sécu qui refuse de cautionner la politique du puits sans fond. Un autre jour, c’est le président UMP de la commission des Affaires sociales qui recommande une mise entre parenthèses du bouclier fiscal. La veille, ce sont les centristes qui réclament une tranche d’impôt supplémentaire pour les hauts revenus et un rabotage des « niches » fiscales.

Ce qu’ils disent en coulisses est encore bien plus instructif sur la profondeur de leurs inquiétudes que l’écume des désaccords affichés en public. Tous, y compris le Premier ministre, ont peur qu’un jour le bateau, trop lesté de dettes, ne soit plus manoeuvrable. Qu’il n’y ait plus de choix politique possible.

Ce qui frappe, par contraste, c’est la sérénité ¯ feinte ou sincère ¯ affichée par l’Élysée. Les polémiques ? Nicolas Sarkozy les attribue au fait que l’on ne peut pas l’attaquer sur le fond.

Les comptes publics ? Quand la crise prive l’État d’un quart de ses recettes, il considère que les collectivités locales peuvent bien faire un effort et qu’il y a quelque contradiction à réclamer plus d’argent pour la relance, tout en déplorant les déficits.

Le climat social ? Il se réjouit de la rareté des grèves, d’un outre-Mer calmé, d’une université au travail. Politique ? Il savoure encore les européennes ; jubile devant les réquisitions contre Dominique de Villepin dans le procès Clearstream ; s’amuse de l’usure de François Bayrou et de Ségolène Royal ; note qu’il n’est pas un seul de ses textes qui ne soit voté par le Parlement.

Bien sûr, quand on est sur la passerelle en pleine tourmente, on ne peut pas montrer le moindre signe de faiblesse. On ne peut pas se désavouer. Un bouclier qui laisserait passer une flèche ne serait plus un bouclier. Donc, on ne change rien.

Pourtant, il y a quelque chose de troublant à observer un président qui, au-delà des explications rationnelles pour défendre sa politique fiscale, néglige l’impact électoral de ses dires et de ses gestes. Qui, en l’absence d’opposition menaçante ne doute pas un seul instant. Et ne se dit jamais que c’est là, dans l’excès de confiance, que le danger guette.

Vendredi 6 heures 50 – AFP: Dernier jour du procès Clearstream, avec la défense de Jean-Louis Gergorin

Après un mois de débats, le procès Clearstream s’achève ce vendredi par les plaidoiries des avocats de Jean-Louis Gergorin, considéré par le parquet comme le grand manitou de la manipulation qui a valu à Nicolas Sarkozy de voir son nom cité dans les listings Clearstream.

C’est contre cet ancien vice-président d’EADS que le ministère public a requis mardi la plus lourde peine: 3 ans de prison, dont la moitié ferme, et 45.000 euros d’amende.

Pour le vice-procureur Romain Victor, « la dénonciation est son oeuvre et il a obéi à un plan qui ne doit rien au hasard ». A ses yeux, ça ne fait pas un pli: « Jean-Louis Gergorin s’est moqué de la justice. Il a été de la plus parfaite mauvaise foi », et n’a rien « du grand étourdi » pour lequel il a tenté de se faire passer à l’audience.

Quant à son ancien employé à EADS, Imad Lahoud, qualifié à de nombreuses reprises de « mythomane », « il fait figure de complice intéressé et malveillant ».

« Ces réquisitions n’ont pas de sens. Elles sont excessives et ne tiennent pas compte de la bonne foi de M. Gergorin », pense son avocat Me Paul-Albert Iweins, pour lequel « tout ce qui est excessif est insignifiant. »

La défense de Jean-Louis Gergorin a une analyse plus proche de celle développée mercredi par les avocats de Dominique de Villepin: selon elle, c’est Imad Lahoud qui a tout manigancé. Imad Lahoud, qui le premier est allé cherché les listings Clearstream et les a falsifiés. Imad Lahoud qui manipulateur averti et mythomane patenté a embobiné le bon Gergorin.

Ce n’est pas parce que leur client est un polytechnicien, énarque et un géostratège mondialement réputé qu’il n’a pas pu se faire duper, devraient expliquer en substance Me Iweins et son confrère Me Thierry Dalmasso.

A l’issue de cette plaidoirie, la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris devrait laisser une dernière fois la parole aux prévenus. Elle mettra ensuite sa décision en délibéré à début 2010.

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