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Réforme des collectivités locales: pour Alain Juppé, Nicolas Sarkozy "se fout du monde"

L’ex-premier ministre Alain Juppé, maire UMP de Bordeaux, estime que le projet de la réforme territoriale du gouvernement est encore très en retrait par rapport à ce qui était envisagé. « Ce n’est pas un bouleversement », dit Alain Juppé dans un entretien avec le quotidien Sud Ouest.

« C’est toujours pareil avec Sarkozy, on vous dit que c’est une rupture avec tout ce qu’on a fait par le passé… C’est une transition », a-t-il ajouté. Pour lui, la réforme peut effectivement faire évoluer le système, notamment en ce qui concerne les conseillers territoriaux.

Sur la réforme des collectivités locales

Le maire de Bordeaux, qui prône une « grande agglo, puissante, avec un vrai exécutif communautaire », estime : « Le transfert des compétences du département à l’agglomération semble remis en cause. (…) Tout ce qui devait réaffirmer la primauté de la métropole sur la commune a du plomb dans l’aile. » « Ce n’est pas un bouleversement », conclut-il.

Pour M. Juppé, l’élection de conseillers territoriaux siégeant à la fois au département et à la région « sera un changement très profond justifié par deux motifs : le premier, quelque peu démagogique, est de diminuer le nombre d’élus ; ce qui fait toujours plaisir. Le deuxième est d’amorcer le rapprochement entre la collectivité régionale et la collectivité départementale. Mais beaucoup dépendra de la loi électorale », qui, selon lui, « n’est prévue nulle part ».

Evoquant la suppression de la taxe professionnelle, versée par les entreprises au profit des collectivités locales, M. Juppé affirme que « le gouvernement cherche la provocation ». « Le président Sarkozy avait promis une compensation euro par euro mais il avait oublié de dire pendant un an », a-t-il dit. Résultat : dès la deuxième année, la communauté urbaine de Bordeaux perdrait, selon lui, « plusieurs millions. C’est tout de même se foutre du monde ».

Le gouvernement, lui, n’a pas tardé à réagir par la voix de son porte-parole. « J’ai beaucoup de respect pour Alain Juppé, mais je n’ai pas vraiment le sentiment que le président de la République se moque du monde », a rétorqué Luc Chatel, lors de son compte rendu hebdomadaire du Conseil des ministres. Le chef de l’État « a pris deux décisions difficiles, courageuses, qui sont, l’une de réformer en profondeur notre système d’organisation territoriale. Et deuxième décision difficile, c’est la question de la taxe professionnelle, avec un objectif : améliorer la compétitivité de notre industrie », juge au contraire Luc Chatel.

L’ancien premier ministre n’est pas le seul à l’UMP à avoir la dent dure contre le gouvernement et contre le président Sarkozy. Dans les couloirs du Palais Bourbon, de plus en plus de députés de la majorité se montrent critiques.

Chef de file des grinceurs de dents : Jean-François Copé, le meilleur ennemi du Président. Le patron des parlementaires UMP affiche régulièrement ses réserves sur les lois soumises par le gouvernement. Hier, il a souhaité mettre des « bémols » sur le projet de loi sur les jeux en ligne, soulignant notamment le problème de « l’addiction au jeu ».

« Au sein du groupe, la majorité silencieuse soutient Fillon, mais est souvent agacée par l’attitude du Président et de sa garde rapprochée », confie Etienne Pinte, député UMP des Yvelines. Quant à Frédéric Lefebvre, le porte-parole de L’UMP, « c’est un roquet » pour Etienne Pinte qui n’hésite pas à afficher son hostilité à l’expulsion des sans papiers vers l’Afghanistan.

Autre motif de mécontentement : la cagnotte pour les lycéens assidus. Les échanges ont été tendus mardi entre Martin Hirsch et les parlementaires UMP, l’un d’entre eux lui lançant dans l’hémicycle qu’il participait à la « marchandisation des valeurs de l’école républicaine ». Enfin, parmi ceux qui irritent le plus le parlementaire UMP de base, Eric Besson, qui passe pour le chouchou du Président, en prend aussi pour son grade : « Il recule sur les tests ADN, il annonce des charters qui ne décollent pas », fusille un proche de Copé. Bref, peu à peu, la majorité silencieuse semble sortir de sa torpeur.

Interrogé lui aussi sur la réforme des collectivités locales, Nicolas Dupont-Aignan, député-maire de Yerres (Essonne) et président de Debout la République a déclaré sur RMC Info: « Ce que dit Alain Juppé, c’est ce que moi je ressens en tant que maire. D’ailleurs, je vais lancer bientôt un mouvement d’élus indépendants, puisque l’Association des Maires de France s’est couchée et ne dit rien ! Donc il faut bien que des maires libres – comme beaucoup – disent : cette réforme est en train de marcher sur la tête. Pour dire : est-ce que dans notre pays, on peut éviter de passer de l’immobilisme au bouleversement ? Est-ce qu’on peut trouver une voix moyenne qui est celle de la réforme intelligente, face à l’emporte-pièce ? Les Français attendent des changements, mais qui apportent un plus, et pas un moins. Donc Alain Juppé traduit une certaine lassitude de la majorité. »

Et Nicolas Dupont-Aignan de fustiger la façon de gouverner de Nicolas Sarkozy : « Le Président de la République a été élu et a donné un grand espoir aux Français. Il faut le reconnaître. J’ai voté pour lui – même si j’étais sceptique – parce qu’il y avait volonté de rupture intéressante. Et ce quinquennat, qui était celui d’un immense espoir, est en train de devenir celui d’une immense désillusion. Parce qu’il y a un problème d’exercice du pouvoir, un pouvoir impulsif et personnel, un phénomène de cour, la volonté de tout contrôler et le fait de ne jamais écouter. Quand je le dis, certains sourient. Quand Alain Juppé le dit, on commence à s’interroger.

L’exemple de la taxe professionnelle est intéressant. Le Président de la République dit, un matin : la taxe professionnelle c’est un mauvais impôt, au 1er janvier 2010, il sera supprimé. Il a raison de dire que c’est un mauvais impôt. Et on apprécie souvent ce volontarisme de Nicolas Sarkozy. Mais il a tort de croire qu’en 2 ou 3 mois, on va supprimer un impôt qui assure la moitié des ressources des collectivités locales. Parce que gouverner, c’est prévoir, écouter, réussir à remplacer la taxe professionnelle par quelque chose de mieux. »

Sur Clearstream: Alain Juppé éprouve « de la compassion » pour Dominique de Villepin

L’ancien Premier ministre Alain Juppé a également exprimé hier mercredi de la « compassion » pour Dominique de Villepin, un des cinq prévenus du procès Clearstream, et trouve « ce déballage mauvais pour tout le monde ».

Le maire UMP de Bordeaux éprouve « bien sûr » de la compassion pour l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac. « J’ai avec Dominique de Villepin des relations d’amitié anciennes et qui sont intactes », a-t-il affirmé sur France Info.

« Je n’ai pas très envie de m’exprimer là-dessus parce que je m’y suis brûlé les ailes, et je n’ai pas envie de porter de jugement sur le déroulement d’un procès ou sur le fonctionnement de la machine judiciaire », a ajouté l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac. Lui-même frappé d’inéligibilité en 2004 dans l’affaire des emplois fictifs du RPR, Alain Juppé avait « ressenti cela comme totalement inhumain ».

Interrogé sur le terme de « coupable » employé par Nicolas Sarkozy au sujet des mis en cause dans l’affaire Clearstream, Alain Juppé a rappelé que « la présomption d’innocence est un fondement de tout état de droit de toute démocratie ». « Je n’ai pas envie de mettre des bons points et des mauvais points », a-t-il cependant ajouté.

« Je pense que globalement ce déballage est mauvais pour tout le monde », a conclu l’ancien Premier ministre.

Sources: Le Monde, Le Progrès, RMC Info et Associated Press

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