Le général Philippe Rondot a témoigné à charge lundi contre Dominique de Villepin au procès Clearstream, mais la défense est parvenue à relativiser sa déposition.
La défense de Dominique de Villepin, questionnant le général Rondot, a fait apparaître que selon le général, rien ne permettait de dire que l’ex-Premier ministre savait que les listings étaient faux, avant juillet 2004, ce qui exclurait toute dénonciation calomnieuse de sa part. Le général Rondot a également confirmé « très fort » que Dominique de Villepin n’a demandé « aucune manipulation des listings ».
Me Metzner, avocat de Dominique de Villepin, a lu aussi cette autre note personnelle prise par le général Rondot le 3 mai 2004 : « confirmation de la volonté de Nicolas Sarkozy de pulvériser Dominique de Villepin ». C’est Imad Lahoud a qui a dit cela, a expliqué le général Rondot. Imad Lahoud disait alors avoir rencontré Nicolas Sarkozy. Sur ses notes, le général a aussi noté au même moment : « contact Madhi (Lahoud-NDLR)-Sarko. Retournement, effet boomerang ».
Lundi 23 heures 03 – Olivier Toscer, journaliste d’investigation au Nouvel Observateur: Le général Rondot ébranle la défense de l’ancien Premier ministre mais ne la détruit jamais
Extrait:
« 1er exemple: Le nom de Sarkozy a-t-il été évoqué lors de la première réunion secrète avec DDV, le 9 janvier 2004. Oui dans la bouche de Villepin, avait dit l’accusation. Oui mais sans rapport avec son implication dans le « réseau de corruption Clearstream » avait dit DDV, la semaine derniere. Oui, mais le nom a été prononcé par l’un ou l’autre, note prudent Rondot aujourd’hui.
2ème exemple: DDV a-t-il appelé le général Rondot, le 25 mars 2004 pour sortir Imad Lahoud d’une pénible garde-à-vue comme le soutient l’accusation ? Villepin reconnaît l’appel. Mais soutient qu’il s’agissait de consulter Rondot, le traqueur de terroristes, pour s’entretenir des attentats de Madrid. Aujourd’hui, Rondot rend compatible les deux versions. A l’entendre, DDV a commencé à lui parler de Madrid avant d’évoquer le sort judiciaire de Lahoud.
Dernier exemple: DDV connaissait-il le caractère falsifié des listings dès le départ ? Oui, dit l’accusation. Je lui ait exprimé ma certitude de la fausseté des listes, fin juillet 2004 (donc après les premières dénonciations à la justice, ndla), assure aujourd’hui Rondot. »
Lundi 21 heures 45 – Reuters: La défense de Dominique de Villepin est parvenue à relativiser la déposition du général Rondot
La défense de Dominique de Villepin, questionnant le général Rondot, a fait apparaître que selon le général, rien ne permettait de dire que l’ex-Premier ministre savait que les listings étaient faux, avant juillet 2004, ce qui exclurait toute dénonciation calomnieuse de sa part.
Me Metzner a essentiellement insisté sur la chronologie fidèle du général et moins sur les contradictions avec la version de son client. « En janvier Dominique de Villepin vous demande de démanteler le système », demande Me Olivier Metzner. « Je confirme. C’est-à-dire de voir ce qu’il en est », a répondu le militaire.
« Quand M. de Villepin a-t-il eu des doutes sur les listings », a insisté l’avocat. « Je l’en ai informé en juillet », répond Philippe Rondot.
Me Metzner, avocat de Dominique de Villepin, a lu aussi cette autre note personnelle prise par le général Rondot le 3 mai 2004 : « confirmation de la volonté de Nicolas Sarkozy de pulvériser Dominique de Villepin ». C’est Imad Lahoud a qui a dit cela, a expliqué le général Rondot.
Imad Lahoud disait alors avoir rencontré Nicolas Sarkozy. Sur ses notes, le général a aussi noté au même moment : « contact Madhi (Lahoud-NDLR)-Sarko. Retournement, effet boomerang« .
Lundi 21 heures 28 – La Tribune: Synthèse des questions posées au général Rondot par la défense de Dominique de Villepin (3/3)
Au tour de Maître d’Antin, autre avocat de Villepin. La défense de Villepin passe Rondot à la moulinette.
Maitre d’Antin : en mars et avril vous imaginez que Lahoud est un escroc au renseignement et vous continuez à le suivre, vous le représentez à la CIA…
Rondot : en matière de renseignement et de lutte anti terroriste, on conserve le lien.
Maitre d’Antin : avez-vous avertit Marland que Gergorin a été voir le juge Van Ruymbeke ?
Rondot : oui.
Maitre d’Antin : Donc MAM et Marland savaient-ils que Gergorin était le corbeau dès avril 2004 ?
Rondot : Oui.
Maitre d’Antin : MAM et Marland vous ont-ils invité à informer le juge Van Ruymbeke ?
Rondot : Je n’ai reçu aucune consigne particulière.
Maitre d’Antin : Aucune consigne particulière …
L’audience est levée à 21 h 32. Elle reprend demain mardi à 13 h 30 avec que du lourd, notamment le juge Van Ruymbeke, Bernard Squarcini, patron de la DCRI et de Bousquet ancien patron de la DST.
Lundi 21 heures 09 – La Tribune: Synthèse des questions posées au général Rondot par la défense de Dominique de Villepin (2/3)
Maitre Brossolet demande le nom d’une source qui, au mois de mai 2004, a informé Rondot que Sarkozy a mis en garde son ami Arnaud Lagardère contre Gergorin. Il a juré de dire toute la vérité.
Rondot : c’est une source Maitre Brossolet : M. le président, il faut noter que le témoin refuse de répondre alors qu’il connaît la réponse.
Maitre Brossolet : vous écrivez “Sarkozy, Hortefeux, trésor de guerre“
Rondot cela n’a rien à voir avec l’opération Reflux
Maitre Brossolet : Comment expliquez vous que Marland ait jugé sur une note cette affaire alléchante et politiquement sensible ? Peut-on imaginer que votre enquête soit compatible seulement avec le personnel de défense comme vous le précisez à longueur de dossier ?
Rondot : je n’ai pas à parler de la politique intérieure française.
Maitre Brossolet : c’est une question globale. On a l’impression que l’on nourrit au ministère de la défense une inquiétude politique et médiatique à l’idée que Sarkozy sache qu’une enquête est menée.
Rondot : on peut le dire comme cela.
Maitre Brossolet : on s’inquiète au ministère de la défense ? Avait-on quelque chose à craindre dans ce dossier ?
Rondot : c’est un dossier sensible. Donc on le suit.
Maitre Brossolet : c’est un souci normal. La note sur la garde à vue de Lahoud a été transmise à Marland. Marland vous demande de lui recommuniquer cette note.
Rondot : on va l’intégrer dans une note d’octobre 2004.
Maitre Brossolet : Mais il vous le demande en 29 mars 2005. Octobre 2004 c’est la note finale. Mais on ne dit rien. On ne dit pas que des noms importants y figurent. Ni que Gergorin a rencontré le juge.
Rondot : ces noms sont connus de Marland et MAM. A eux de parler.
Maitre Brossolet : Mais l’instruction est en cours depuis juillet 2004. Vous avez des documents que vous détruisez. La justice aurait pu être intéressée alors qu’elle enquête. Vous avez la meilleure documentation et vous la détruisez …
Rondot : j’estimais que la Justice avait suffisamment de documents.
Maitre Brossolet : Mais c’est après 2006. Là on est en 2004 ….
Rondot : Si j’avais du conserver toutes les archives depuis 40 ans ….
De sa place, Maitre Brossolet assène : ici la justice était saisie.
Lundi 20 heures 37 – La Tribune: Synthèse des questions posées au général Rondot par la défense de Dominique de Villepin (1/3)
C’est au tour de la défense de Villepin, et notamment de maître Metzner.
Maitre Metzner : vous écrivez : Villepin ne m’a demandé aucune manipulation des listings. Confirmez-vous ?
Rondot : Je confirme très fort.
Maitre Metzner : Vous notez que Villepin me demande de démonter le système.
Rondot : Je confirme. Villepin m’a demandé de voir ce qu’il en est.
Maitre Metzner : on parle beaucoup de doutes.
Rondot : des doutes et des interrogations j’en ai fait part à ma hiérarchie. Je ne sais pas s’ils ont été transmis plus haut.
Maitre Metzner : ces doutes, Villepin n’en a pas eu sur le moment. Avant le mois de juillet 2004, vous n’avez rien qui montre que Villepin avait eu connaissance de la manipulation. Lorsque je lis confirmation de la volonté de Sarkozy de pulvériser Villepin. Qui vous l’a dit ?
Rondot : c’est Lahoud.
Maitre Metzner : Vous écrivez contacts Mahdi-Sarkozy (NDR : Mahdi est le pseudo de Lahoud)
Rondot : Lahoud me dit qu’il y a eu un contact Sarkozy-Lahoud
Maitre Metzner : vous dites que le nom de Sarkozy n’est apparu qu’une fois mon enquête close. Confirmez-vous ?
Rondot : oui
Maitre Metzner : nous sommes d’accord.
C’est au tour de Maitre Brossolet, autre avocat de Villepin.
Maitre Brossolet : Villepin vous aurait donné une instruction du président de la République qui dit qu’il veut que la DGSE soit saisie. Et vous vous refusez dans votre for intérieur. Comment expliquez-vous cela? Pourquoi ne le dites vous pas à Villepin ?
Rondot : j’ai demandé un criblage à la DGSE sans donner mes raisons. Et j’ai plus tôt donné mes raisons de ne pas saisir plus avant la DGSE.
Maitre Brossolet : quel crédit accordez vous à un récit d’une rencontre avec Ben Laden ? Cela ne vous a pas paru fantaisiste ?
Rondot : certes.
Lundi 20 heures 30 – Le Figaro: Quand le général Rondot parle de Jean-Louis Gergorin et d’Imad Lahoud
Imad Lahoud: « J’ai lu de lui, dans la presse, des portraits dont le contenu déplaisant m’a gêné. Ce n’est pas si simple… En janvier 2003, Jean-Louis Gergorin m’avait signalé que ce Français d’origine libanaise semblait très au fait du financement du terrorisme islamique. Je l’ai reçu, il m’a exposé ce qu’il disait savoir. Il avait un certain talent pour présenter des réseaux financiers, un domaine que j’ignore. Je l’ai présenté, à l’occasion d’un dîner, à deux responsables de la DGSE, qui ne sont pas n’importe qui et qui ont décidé qu’il était important de le «traiter». Puis, comme ses conclusions n’ont pas semblé satisfaisantes, la DGSE s’en est séparée. Avec l’autorisation de mon ministre, j’ai continué à le voir. C’est un personnage complexe, c’est vrai, soucieux d’entrer dans le monde du renseignement et de profiter de l’opulence qu’apporte l’argent. J’ai le sentiment de lui avoir servi de couverture, à mon insu. Ma grande crainte était qu’avec ce qu’il savait ou inventait, il informe la presse. Il souhaitait peut-être une protection pour se taire… A l’automne 2004, il est revenu vers moi dans le cadre de l’affaire de nos otages en Irak : il a voulu s’y impliquer, je lui ai fait savoir qu’il n’en était pas question. Je pense qu’il a abusé Jean-Louis Gergorin, comme il m’a trompé. Dans notre métier, nous employons une expression qui peut choquer pour qualifier ce type de personnage : escroc au renseignement.»
Jean-Louis Gergorin: « Je l’ai connu au Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères, qu’il dirigeait, en même temps que Dominique de Villepin. Il m’a confié des missions au Liban et sur le front irako-iranien. J’ai apprécié sa vision stratégique des événements, et je n’étais pas le seul. Ses analyses, ses fulgurances donnent matière à réflexion, même s’il a des emballements qui surprennent. Il avait ses entrées à la DST et à la DGSE, et a rendu d’éminents services à au moins une de ces deux maisons. Il éprouve une fascination pour le monde du renseignement et une forme d’obsession sans connotation péjorative pour les complots, internationaux ou autres. Lors de la réunion du 9 janvier 2004, c’est lui qui a évoqué le nom de Nicolas Sarkozy, sous la forme de «Bocsa». Il m’a harcelé pour que je mette en œuvre la DSGE dans l’affaire Clearstream, alors que je lui avais dit dès le début que je m’y refusais. A maintes reprises, j’ai été dépassé par ses initiatives. Il avait une gesticulation physique, une exagération verbale, des raccourcis incompréhensibles. Le 14 avril 2004, je l’ai convoqué avec Imad Lahoud, qui restait très en retrait, pour les informer que ça ne tenait pas debout. Jean-Louis Gergorin a insisté sur la crédibilité d’Imad Lahoud. Il a une force de conviction peu commune, j’ai été troublé. C’est un personnage hors du commun, pas une source ou un «honorable correspondant» ; il se situe à un niveau bien supérieur, fréquente des ministres, des industriels de premier plan. Il pouvait procéder à des reconstructions sur certains sujets».
Lundi 17 heures 45 – 20 Minutes: Déclarations des avocats pendant la suspension de séance
« Si vous avez la patience de rester… » avertit Maître Metzner, un des avocats de Dominique de Villepin. Il se promet de démonter point par point les arguments du général Rondot.
Pour l’avocat de Jean-Louis Gergorin, les déclarations de Rondot, « c’est quelque chose de très positif ». Il considère que l’ancien général est « quelqu’un de fiable, qui prenait des notes tous les jours. » « Il a dit n’avoir jamais douté de la sincérité de Jean-Louis Gergorin », souligne l’avocat.
Lundi 17 heures 42 – 20 Minutes: Le général Rondot à charge et à décharge pour Dominique de Villepin
Le général Philippe Rondot, dont les notes très détaillées sont le principal élément à charge de l’affaire Clearstream, a confirmé lundi devant le tribunal correctionnel de Paris que le patronyme « Bocsa » avait été évoqué dès le mois de janvier 2004 lors d’une réunion avec Dominique de Villepin comme pouvant être rattaché à Nicolas Sarkozy, mais affirme qu’aucun lien n’avait été fait avec les listings à ce moment-là.
Entendu comme témoin depuis 13h30, l’ancien officier de renseignement, qui fête ce lundi ses 73 ans, a relaté en détail comment il avait été amené à enquêter sur les listings Clearstream. D’abord en octobre 2003 à la demande de son ministère de tutelle pour vérifier les noms de militaires figurant sur ces documents, puis en janvier 2004 par le ministre des Affaires étrangères qui s’intéresse aux « industriels et hommes politiques ».
Ce 9 janvier, « le nom de Nicolas Sarkozy est cité. Jean-Louis Gergorin évoque un compte couplé d’un certain Bocsa lié à Sarkozy. Je note sans comprendre », a dit le général qui vérifiera en mars le patronyme complet de Nicolas Sarkozy dans le « Who’s who ».
« Dominique de Villepin fait état le concernant d’instructions du président de la République pour enquêter », a ajouté M. Rondot assurant avoir pensé « tout le long » que le ministre agissait à la demande de Jacques Chirac.
Confirmant n’avoir eu aucun contact avec Dominique de Villepin entre ce rendez-vous et le mois de juillet, sauf un coup de fil en mars 2004 pour faire libérer « sa source » Imad Lahoud de garde à vue, Philippe Rondot explique également ne pas avoir transmis les informations sur le nom de Sarkozy au ministère de la Défense dans l’immédiat. « Je ne diffuse pas (cette information, ndlr) parce que, pressentiment ou pas, je sens qu’on s’engage dans une manipulation », a-t-il expliqué.
Convoqué de nouveau en juillet par Villepin, « je lui résume l’état de mes recherches », raconte encore l’ancien officier faisant alors part au ministre de l’Intérieur de « la quasi-certitude » que les listings sont des faux. Fin juillet, lors d’une nouvelle réunion, « je n’ai plus de doutes. On me répond qu’il y a certainement quelque chose, que ça s’agite encore ». En octobre 2004 « il est établi, et il le croit, que cette affaire-là est un montage », relate encore Rondot au sujet d’une nouvelle réunion avec Dominique de Villepin.
Ces dates sont cruciales dans la prévention de « complicité de dénonciation calomnieuse » qui pèse sur l’ancien Premier ministre car il s’agit de déterminer s’il savait lorsqu’il a ordonné la transmission de ces fichiers à la justice en avril 2004 qu’il s’agissait de faux.
Lundi 15 heures 54 – Reuters: Le général Rondo témoigne à charge contre Dominique de Villepin
Le général Philippe Rondot, prestigieux spécialiste du renseignement français, a témoigné à charge contre Dominique de Villepin au procès Clearstream.
Ce témoin de 73 ans aux brillants états de service – il a à son actif l’arrestation en 1994 au Soudan de l’activiste Ilich Ramirez Sanchez, dit « Carlos », et sa remise à la France – a été très précis sur cette manipulation menée en 2004 avec de faux listings de comptes bancaires de la société luxembourgeoise.
Il a déclaré qu’il avait été question de Nicolas Sarkozy lors d’une réunion le 9 janvier 2004 sur les listings Clearstream, à laquelle il participait. « Le nom de Nicolas Sarkozy a été cité par les uns et par les autres. M. Jean-Louis Gergorin (alors vice-président d’EADS, ndlr) a évoqué un compte couplé sur un certain Bocsa le liant à Nicolas Sarkozy », a-t-il précisé. Les noms de Bocsa et Nagy, patronymes hongrois de Nicolas Sarkozy, figuraient parmi des centaines d’autres sur les listes. Dominique de Villepin nie que cela ait alors été mentionné.
Le général a par ailleurs expliqué que Dom
inique de Villepin l’avait bien contacté par téléphone en mars 2004 pour qu’il obtienne la remise en liberté d’Imad Lahoud, auteur présumé des faux listings, alors en garde à vue pour une autre affaire, ce que nie une fois de plus l’ancien Premier ministre, qui affirme ne pas connaître le mathématicien. L’affaire remonte au 25 mars 2004 : Imad Lahoud est alors placé en garde à vue pour une affaire annexe d’escroquerie. Les policiers découvrent qu’il est en possession d’un sauf-conduit délivré par Jean-Louis Gergorin, alors vice-président d’EADS. Dans cette lettre manuscrite, Jean-Louis Gergorin écrit qu’Imad Lahoud est en mission pour le compte du général Philippe Rondot, conseiller au ministère de la Défense, et de ce fait demande que son travail soit facilité. En bas de la lettre figurent son numéro de téléphone et celui du général. Contacté par le commissaire, Philippe Rondot, qui n’est pas au courant de la lettre, répond qu’il « ne saurait couvrir » Imad Lahoud. Jean-Louis Gergorin est à son tour joint par les policiers et sommé de s’expliquer. « Très peu de temps après », rapporte le général Rondot, il reçoit un appel de Dominique de Villepin. « Il a d’abord parlé (des attentats, ndlr) de Madrid, ce qui m’a un peu surpris », et « puis ensuite, le cas d’Imad Lahoud a été évoqué ». « C’est lui qui a abordé le sujet », « il m’a dit : ‘il faut le libérer’. Il ne me donne pas de nom, mais j’ai vite compris ». Moralité, pour Philippe Rondot, « il y a bien eu une demande d’intervenir » de la part du Premier ministre.
Enfin, Philippe Rondot a indiqué que Dominique de Villepin lui avait dit en juillet 2004 à propos de l’affaire : « Si nous apparaissons, le président de la République et moi, nous sautons ». L’ex-Premier ministre avait aussi nié la semaine dernière avoir tenu ces propos.
Cette déposition est gênante pour Dominique de Villepin, poursuivi pour « complicité de dénonciation calomnieuse » et qui a assuré la semaine dernière n’avoir approché que de très loin les manoeuvres autour des listings, sans jamais que selon lui il soit question de son rival Nicolas Sarkozy.
Les notes du général à usage personnel, ce qu’il a appelé son « journal de marche », ont été saisies par les juges et fournissent au dossier ce que l’accusation présente comme les preuves matérielles de sa version.
Comme il l’a écrit, le général a rapporté que Jean-Louis Gergorin lui avait dit en avril 2004 avoir transmis les listings au juge financier Renaud Van Ruymbeke – l’acte constitutif de la « dénonciation calomnieuse » – sur demande de Dominique de Villepin, mais le militaire ne l’a pas confirmé directement.
Le général a aussi indiqué au tribunal qu’en juillet 2004, il avait revu Dominique de Villepin pour lui indiquer qu’après vérifications, il était sûr de la falsification. « Je n’ai plus des doutes, mais des certitudes. Et là on me dit : ‘il y a quand même sûrement quelque chose, parce que ça s’agite’ », a raconté le militaire.
Il a aussi reproché à Dominique de Villepin de n’avoir pas prévenu son ministère de tutelle, la Défense, qu’il lui avait confié en janvier 2004 la poursuite des investigations sur les listes. Il a dit avoir reçu alors l’ordre de n’en référer qu’à l’ancien Premier ministre et au président Chirac.
Philippe Rondot a défendu son rôle dans l’affaire. « Je sais qu’en France, les militaires n’ont pas bonne réputation (…) Tout de même, je n’ai pas un QI de pétoncle ! », a-t-il dit. Il s’est justifié sur le fait d’avoir été trompé par Imad Lahoud, qui lui avait fait croire qu’il pouvait le conduire à Oussama ben Laden. « Je suis un officier de renseignement, un militaire, je ne suis pas un espion et encore moins un maître espion comme j’ai pu le lire dans la presse », a-t-il dit.
« L’expérience m’a prouvé que c’est parfois à partir d’une source fragile ou d’un fil ténu qu’on réalise la capture d’un terroriste », a-t-il dit, répondant ainsi à certaines critiques épinglant sa crédulité vis-à-vis d’Imad Lahoud, soupçonné d’être à l’origine des faux listings et qualifié de « mythomane » par de nombreuses parties au dossier. Une source humaine, c’est « d’abord un homme avec ses contradictions, ses faiblesses, ses points forts », a-t-il argué. C’est pour cette raison qu’il n’a pas laissé échapper l’ »opportunité » qui se présentait à lui, quand, en janvier 2003, il rencontre Imad Lahoud, un trader franco-libanais ayant travaillé dans la banque londonienne de la famille Ben Laden et « susceptible d’apporter des explications sur le financement des réseaux islamiques ». « Il me semble être une bonne approche non pas pour capturer Oussama Ben Laden, mais pour mieux connaître son environnement », a expliqué le général à la retraite. Malheureusement, Imad Lahoud s’avérera ne pas être la source qu’elle promettait, mais « un personnage complexe, soucieux d’entrer dans le monde du renseignement, d’y apporter sa contribution et intéressé par l’aisance que procure l’argent ».
Lundi 15 heures 24 – Nouvel Observateur: Dominique de Villepin dos au mur
Dès le début de l’audience, le général Rondot a, comme prévu, mis à mal la défense de l’ancien Premier ministre : il affirme que le nom de Nicolas Sarkozy a été cité devant Dominique de Villepin dès janvier 2004 et que ce dernier s’est recommandé d’instructions présidentielles. Deux affirmations que dément Dominique de Villepin…
L’audition du général Philippe Rondot, dont les carnets secrets sont au coeur de l’affaire Clearstream, était très attendue. D’entrée de jeu, il a donné le la de l’audience, lundi 5 octobre, en affirmant que Dominique de Villepin avait appris dès janvier 2004 que le nom de Nicolas Sarkozy apparaissait sur les listings falsifiés. En outre, a-t-il assuré, l’ancien Premier ministre s’est recommandé d’instructions présidentielles. Deux affirmations que dément formellement Dominique de Villepin, qui nie avoir su que le nom de Nicolas Sarkozy figurait sur ces listings…
Le témoignage du général Rondot, qui a enquêté en 2003 et 2004 sur l’affaire Clearstream pour le ministère de la Défense, est donc extrêmement embarrassant pour la défense de Diminique de Villepin, qui comparaît depuis le 21 septembre à Paris, jour d’ouverture du procès de cette vaste affaire de manipulation, dans laquelle des noms de personnalités, dont celui de Nicolas Sarkozy, ont été ajoutés sur les listings bancaires de la chambre de compensation Clearstream, afin de faire croire qu’ils détenaient des comptes occultes.
Lors de la réunion organisée le 9 janvier au ministère des Affaires étrangères, en présence de l’ancien vice-président d’EADS, Jean-Louis Gergorin, Dominique de Villepin a « rappelé d’abord les consignes de lutte anti-corruption qui émane du président de la République », a déclaré Philippe Rondot. Puis, « effectivement, le nom de Nicolas Sarkozy est cité, par les uns ou par les autres. Effectivement, Jean-Louis Gergorin évoque un compte couplé sur un certain Bocsa, le liant à Nicolas Sarkozy, je le note sans comprendre ». En ressortant de cette réunion, le général s’est souvenu avoir écrit sur ses notes : « belle construction intellectuelle qui attire Dominique de Villepin ». Le militaire a en outre affirmé que l’ancien Premier ministre s’était alors recommandé d’instructions du président de la République pour enquêter sur cette affaire de réseaux occultes de blanchiment. « J’étais d’autant plus troublé qu’il m’a demandé de ne pas en avertir Michèle Alliot-Marie », la ministre dont il dépend, « sous prétexte que son mari a des liens avec les milieux d’affaire », a poursuivi le militaire.
Le témoignage du général devrait contribuer à arbitrer entre les versions contradictoires sur l’origine de la manipulation présentées depuis le début du procès par les principaux co-prévenus, l’ancien vice-président d’EADS Jean-Louis Gergorin, le mathématicien Imad Lahoud et Dom
inique de Villepin.
A l’époque des faits, en 2003 et 2004, le général Rondot, conseiller du ministre de la Défense pour le renseignement et les opérations spéciales (Cros), a été une sorte de courroie entre les trois hommes. Ainsi, à partir de 2003, il a enquêté sur les listings Clearstream pour le compte du ministère de la Défense et pour celui de Dominique de Villepin. Par ailleurs, il était l’officier traitant d’Imad Lahoud, nom de code « Madhi », dont il espérait qu’il le mènerait à Oussama Ben Laden. C’est dans des carnets et sur son ordinateur que le général a consigné l’avancée de ces différentes missions.
Lundi 13 heures 39 – 20 Minutes: Le général Rondot s’exprime devant le tribunal
Il revient d’un mot sur l’instruction: « Au cours de ces auditions, il m’est arrivé de commettre des erreurs »…
Lundi 8 heures 57- JDD: 10 questions pour un espion
Selon le JDD, Philippe Rondot aurait passé une partie de ce week-end à travailler le dossier avec Eric Morain, son avocat. Lundi, face au président Pauthe, il devra au moins répondre à ces dix questions.
1) Pourquoi a-t-il gardé ses fiches, et comment les rédigeait-il?
C’est le premier enjeu de l’audition, puisque le général Rondot va être interrogé sur ses carnets, qualifiés de « salmigondis » mercredi par Dominique de Villepin. « Ce ne sont que des mémos, pour garder un souvenir de discussions parfois décousues », expliquait le général dans son unique interview, accordée au JDD le 14 mai 2006. Après avoir quitté (mes) fonctions, « j’ai pris le soin de détruire le “journal de marche” de mes missions et de mes contacts, ce qui est la règle. Je n’en ai extrait que des verbatim, des notes de synthèse retraçant les étapes de mes réflexions, des mémos qui relatent mes contacts avec les autorités supérieures », expliquait-il dans le JDD. Ces mémos devaient être versés aux archives de l’Armée. Les juges les ont saisis avant et ils sont la colonne vertébrale de l’enquête.
2) A-t-il cru qu’Imad Lahoud avait vu Ben Laden?
Dès le début 2003, Imad Lahoud est une source, « traitée » d’abord par la DGSE, puis directement par le général. Après avoir arrêté le terroriste Carlos, un haut fait d’armes, Philippe Rondot se verrait bien être l’homme qui retrouve Oussama Ben Laden. Or Lahoud prétend justement avoir rencontré le grand chef d’Al-Qaida, trois fois, dont une fois en mars 2001 à Beyrouth, et affirme détenir des documents sur ses comptes. Le général partira avec Lahoud au Liban pour mettre la main sur des documents, fin avril 2004. La crédibilité de Lahoud est alors vacillante, ses recherches sur Clearstream étant manifestement bidon, et ses ennuis judiciaires répétés, puisqu’il sort de garde à vue. « Tout aurait dû s’arrêter le 25 mars, le jour de cette garde à vue », martèle Villepin. Le général a-t-il été crédule? Il devra expliquer pourquoi il a continué de traiter une « source » aussi curieuse.
3) Etait-il sous les ordres de Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Défense?
C’est une des équivoques de l’affaire. Depuis novembre 2003, le général Rondot est chargé officiellement de vérifier si des responsables du ministère de la Défense ont des comptes cachés chez Clearstream. Il rend compte régulièrement à Philippe Marland, le directeur de cabinet de MAM, sa tutelle hiérarchique. Mais le 9 janvier 2004, il se retrouve chargé d’enquêter en parallèle sur d’autres personnalités qui apparaissent sur les listings Clearstream, par Dominique de Villepin, alors au Quai d’Orsay, qui fait état d’instructions du président Chirac. Une double casquette inconfortable pour le général.
4) A-t-il cru aux « instructions présidentielles » données par Dominique de Villepin?
Lors de la réunion du 9 janvier 2004, Dominique de Villepin, selon les carnets Rondot, évoque « les instructions du PR » (président de la République) auquel « DDV avait rendu compte ». « Traitement direct avec le PR », « prudence », « cadre secret », ajoute-t-il. En clair, comme il l’écrit dans un courrier adressé à Dominique de Villepin trois jours plus tard, Rondot a compris « qu’il convient bien d’agir avec prudence, selon les propos du Président tels que tu les as rapportés ». Autre détail, lors de la réunion du 9 janvier, il est évoqué la possible implication dans les listes de Patrick Ollier, le compagnon de Michèle Alliot-Marie. Etait-ce une façon « d’empêcher » le général de tenir sa tutelle informée? Le 28 janvier, Rondot rend finalement compte à Philippe Marland « des instructions présidentielles ». MAM en prend ombrage.
5) Quand a-t-il eu connaissance des comptes attribués à Stéphane Bocsa et Paul de Nagy?
Le verbatim du général daté du 9 janvier 2004 va être au centre de son audition. « Un compte couplé (?) N. Sarkozy-Stéphane Boksa (op) à préciser », écrit Rondot lors de la réunion avec Jean-Louis Gergorin et Dominique de Villepin. Pour la première fois apparaît le patronyme de Stéphane Bocsa, que Rondot écrit avec un « k ». La mention « (op) », dans ses notes signifie « orthographe phonétique », ce qui tend à montrer qu’un des deux autres participants en a bien parlé ce jour-là. Villepin dément qu’il en a été question. Gergorin soutient, comme Rondot, que les carnets prouvent le contraire. Autre témoignage : celui de l’assistante du général. Lorsqu’il est rentré, ce jour-là, Philippe Rondot lui a demandé de vérifier dans le Who’s Who le patronyme complet de Nicolas Sarkozy…
6) Est-il intervenu lors de la garde à vue de Lahoud, le 25 mars 2004?
Les carnets du général, comme ses dépositions, contredisent formellement la défense de Villepin. Rondot assure que ce 25 mars 2004, quelques minutes après un coup de fil de Jean-Louis Gergorin, il a reçu un appel de Dominique de Villepin lui demandant de faire libérer Imad Lahoud, alors en garde à vue dans une affaire d’escroquerie. Villepin, à la barre, reconnaît avoir appelé le général avant de se rendre à un sommet européen, mais pour lui demander son avis sur les attentats de Madrid, commis quatorze jours plus tôt.
7) Quand a-t-il su que les listings étaient truqués?
Dans ses carnets, le général émet des premiers doutes sérieux le 6 avril 2004, lorsque les services secrets suisses le préviennent que le compte du magistrat Gilbert Flam n’existe pas. Le même jour, Imad Lahoud se livre vainement devant lui à une tentative de pénétration informatique de Clearstream à Meudon. Le 14 avril au matin, Rondot organise une réunion de « mise au point » avec Lahoud et Gergorin pendant laquelle il leur fait part de ses doutes sérieux. A la barre, Gergorin assure que le général « n’était pas si catégorique ». Là encore, tout aurait pu s’arrêter, puisque les lettres anonymes n’étaient pas encore parties…
A-t-il vu Villepin entre janvier et juillet 2004?
C’est la grande zone d’ombre de l’enquête. Le 13 avril, Philippe Marland, le directeur de cabinet de MAM, averti des doutes du général, ordonne à celui-ci de stopper son enquête et de prévenir Villepin. « Je lui ai recommandé de faire savoir que toute cela était hautement douteux pour éviter que Dominique de Villepin ne persiste dans l’erreur », a déclaré Marland aux juges. Lors de sa première audition par Jean-Marie d’Huy et Henri Pons, le général a admis avoir rencontré Villepin en avril, en pleine manipulation, pour lui dire « d’être extrêmement prudent ». Puis il s’est rétracté dans un courrier du 26 juillet suivant. Dominique de Villepin affirme n’avoir eu connaissance du dossier Clearstream « qu’une heure le 9 janvier », et puis plus rien jusqu’en juillet et la parution du Point.
9) Pourquoi aurait-il détruit des notes devant Do
minique de Villepin et effacé les fichiers dans son ordinateur dans lequel des traces ont finalement été retrouvées?
C’est une des principales pièces à charge du dossier. Les juges, en « réveillant » l’ordinateur de poche du général ont mis la main sur des notes secrètes que celui-ci aurait détruites, le 19 juillet, dans le bureau de Dominique de Villepin au ministère de l’Intérieur. « Si nous apparaissons, le PR et moi, nous sautons », aurait dit le ministre ce jour-là, donnant son feu vert à la destruction des « notes de réflexion et de la disquette ». Dans ces notes, Rondot écrivait que Villepin était, selon Gergorin, au courant de la dénonciation au juge Van Ruymbeke et qu’il s’était montré « jubilatoire » et « soucieux de ne pas apparaître dans le scénario ». Villepin, là encore, dément.
10) Au final, qui, selon lui, a trafiqué les listings?
Lahoud, sans aucun doute. C’est un « escroc au renseignement », lâche Rondot aux juges. « Je ne veux pas le charger par esprit de vengeance, mais je veux que ses nuisances soient prouvées. Je me pose la question de savoir s’il n’a pas également abusé Jean-Louis Gergorin. » Philippe Rondot, lors de ses auditions, a toujours évité de mettre directement en cause Dominique de Villepin. « Je ne fais pas de commentaire sur les déclarations de M. de Villepin », a-t-il sobrement répété sur procès-verbal, à chaque fois que les contradictions étaient trop évidentes. Pour résumer l’affaire, le général s’est montré amer d’avoir été « impuissant ».
Lundi 4 heures – Le Progrès: Les carnets du général diront-ils la vérité?
Capitale. C’est ainsi qu’apparaît, après six jours d’audience, l’audition du Général Rondot, aujourd’hui au tribunal correctionnel de Paris. Capitale car elle pourrait faire pencher la balance de la justice alors que pour l’instant, tous les prévenus n’ont pas varié d’une virgule par rapport à l’instruction et que la vérité peine à se faire jour. Jusqu’ici, c’est version contre version : Gergorin contre Villepin. Un partout : balle au centre.
Le Général Rondot, témoin clé de cette complexe affaire Clearstream, pourrait donc jouer le rôle d’arbitre. Il sera entendu comme témoin. C’est loin d’être un détail puisqu’il devra prêter serment, ce que ne font pas les prévenus.
Philippe Rondot enquêtait pour le Ministère de la Défense sur un système de comptes occultes par le biais d’une chambre de compensation, Clearstream. Le 9 janvier 2004, il se rend avec Jean-Louis Gergorin, alors n°2 de EADS, dans le bureau du ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin, pour lui rendre compte des développements internationaux possibles de cette affaire.
Selon ses carnets, devenus célèbres par la suite, le ministre apparaît immédiatement fasciné. Le Général Rondot note après la réunion « Fixation N. Sarkozy ». L’ancien Premier ministre a nié devant les juges que le nom de Nicolas Sarkozy a été cité ce jour-là, en liaison avec l’affaire des réseaux occultes.
Philippe Rondot devra répondre aux questions suivantes : Dominique de Villepin lui a-t-il donné une mission ce 9 janvier 2004, sur instruction du Président Chirac ? L’ancien Premier ministre connaissait-il l’identité d’Imad Lahoud avant qu’elle ne soit dévoilée par la presse et lui a-t-il demandé d’intervenir pour le faire sortir de garde à vue ? Lui a-t-il ordonné de détruire ses notes ? A-t-il fait fi de ses doutes sur la fiabilité des listings ? Lui a-t-il dit « Si nous apparaissons, le Président de la République et moi, nous sautons ?»
A ces questions, Dominique de Villepin a déjà répondu non. Et Jacques Chirac ne répondra jamais puisqu’il n’est même pas cité comme témoin dans un procès où l’on verra pourtant défiler son ex-Premier ministre. Que va dire Philippe Rondot, homme des services secrets aujourd’hui à la retraite ? L’homme de l’ombre, fidèle serviteur de l’Etat, instrumentalisé par l’Elysée, le Quai d’Orsay et le ministère de la Défense, a varié dans ses déclarations lors de l’instruction. Cela ne rend son audition d’aujourd’hui, sous serment, que plus capitale.
Pendant l’instruction, après une première déposition, le général Rondot a refusé de témoigner, même lorsque les magistrats l’ont fait conduire par la force dans leur cabinet. Le militaire a vu ses activités secrètes exposées au grand jour par l’affaire, les notes prises dans d’autres affaires ayant été aussi versées au dossier. Il est ainsi apparu qu’il avait enquêté en 2002 sur la supposée existence d’un compte bancaire secret détenu par Jacques Chirac au Japon, ce qui a valu à l’ancien chef de l’Etat d’être ensuite inquiété sur le sujet par un juge de Tahiti. D’autres notes du général font état de son intervention en Espagne en 2002 pour faire libérer deux agents secrets français écroués après avoir été arrêtés avec des armes de précision, ou encore de supposés projets d’assassinats d’activistes d’Al Qaïda par les services secrets français en 2001.
Dimanche 20 heures 06 – Le Monde: Le témoignage du général Rondot devrait être décisif
Pour Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au quotidien Le Monde, le témoignage du général Rondot devrait être décisif.
Dimanche 16 heures 19 – AP: Les Français demandent à Nicolas Sarkozy de « laisser travailler la justice »
Selon un sondage Viavoice- »Libération » rendu public dimanche, 69% des sondés jugent que, dans le cadre de l’affaire Clearstream, Nicolas Sarkozy a « tort de prendre publiquement la parole » et « devrait laisser travailler la justice », contre 21% d’un avis contraire.
Sondage réalisé par téléphone les 1er et 2 octobre auprès d’un échantillon de 1.006 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Aucune marge d’erreur n’a été fournie.
Dimanche 13 heures – AFP: Le général Rondot, l’homme de l’ombre
Le général Philippe Rondot, dont le témoignage est très attendu lundi dans l’affaire Clearstream, a mené une longue et discrète carrière dans le renseignement, avant d’être propulsé sur le devant de la scène par la publication de ses carnets secrets. Jusque là, le nom de ce général de division qui fêtera ses 73 ans lundi, était surtout connu pour son rôle dans la traque et la capture du terroriste Carlos en 1994 et celle des criminels de guerre de l’ex-Yougoslavie.
Le général Rondot avait quitté le 31 décembre 2005 son poste de conseiller du ministre de la Défense pour le renseignement et les opérations spéciales (Cros). Pour marquer sa carrière, le président de la République Jacques Chirac l’avait élevé en janvier 2006 à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur.
Longtemps, le seul portrait de cet homme de grande taille, sec, le visage austère et le crâne rasé, la voix douce et posée, avait été une vieille photo d’identité en noir et blanc. Il avait fallu attendre les perquisitions à son domicile et ses premières auditions au printemps 2006 par les juges chargés de l’affaire Clearstream pour voir cet homme de l’ombre sous la lumière des caméras. Cette discrétion était également affichée à l’Hôtel de Brienne qui abrite le cabinet du ministre de la Défense, où certains l’avait surnommé « le général R ». Le général Rondot y occupait sous les combles un petit bureau anodin où il passait peu de temps, préférant les contacts sur le terrain. Son bureau était tout proche du « cabinet réservé », chargé du suivi des affaires de renseignements pour le ministre de la Défense, mais il n’entretenait que peu de relations avec ce service.
Selon un ancien chef d’un service de renseignements, Philippe Rondot agissait « souve
nt en franc-tireur en court-circuitant » les services sous la tutelle organique du ministère : Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), Direction du renseignement militaire (DRM) et Direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD, ex-Sécurité militaire).
Officier parachutiste, Philippe Rondot était entré trois ans après sa sortie de Saint-Cyr en 1965 au service action du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (Sdece), devenu DGSE. Doté d’un carnet d’adresses impressionnant, arabophone, le général Rondot, fils d’un général également dans le renseignement et spécialiste des questions arabes, a toujours entretenu sa connaissance encyclopédique des hommes et des services secrets des pays arabes, tissant de solides réseaux. Il en a tiré le surnom de « colonel Lawrence ».
Fait unique pour un militaire, il avait rejoint la Direction de la surveillance du territoire (DST, service de police) en 1980, après quinze ans passés au Sdece. Il a aussi longtemps conseillé les ministres de la Défense de droite comme de gauche. Il avait été appelé pour la première fois à l’Hôtel de Brienne par Pierre Joxe, avec qui il avait été auditeur (1983-1984) à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN). Il a joué un rôle déterminant dans la libération d’otages français à Beyrouth en 1986 et dans l’accueil en France du général chrétien libanais Michel Aoun.
En quittant l’Hôtel de Brienne, il avait déposé ses archives privées au Service historique de la défense à Vincennes, dont des centaines de carnets où il notait, d’une écriture fine, ses rencontres et ses entretiens, tel un « moine copiste », conclut cet ancien responsable.
Dimanche 12 heures – AFP: Témoignage très attendu lundi du général Rondot
L’audition cette semaine au procès Clearstream de témoins-clés, dont le général Philippe Rondot lundi, pourrait mettre à mal la défense de Dominique de Villepin et de ses co-prévenus et pimenter un procès qui jusqu’à présent n’a guère permis de faire la lumière sur cette affaire.
Alors que ses adversaires attendaient qu’il trébuche, mercredi lors de son audition, Dominique de Villepin a tenu bon, répondant pied à pied à toutes les accusations. Poursuivi pour « complicité de dénonciation calomnieuse », l’ancien Premier ministre est soupçonné d’avoir participé à une vaste machination au cours de laquelle des noms de personnalités, dont celui de Nicolas Sarkozy, ont été ajoutés sur des listings bancaires, afin de faire croire qu’elles détenaient des comptes occultes. Dominique de Villepin a répété sans relâche être étranger à cette histoire de manipulation, bravant avec un certain panache les attaques du procureur de la République et du conseil de Nicolas Sarkozy.
Avec leurs versions changeantes, ses contradicteurs Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud sont apparus peu crédibles, le premier faisant plutôt figure de professeur Nimbus obsédé par les théories du complot et le second de caméléon que certains se plaisent à qualifier de « mythomane ».
Lundi, ce devrait être une autre paire de manches. Car c’est à un maître espion, le général Philippe Rondot, spécialiste du monde arabe, que sera confronté l’ancien Premier ministre. Un vétéran du renseignement dont les embarrassantes notes seront disséquées par le tribunal.
A partir de 2003, le militaire a enquêté sur les listings Clearstream pour le compte du ministère de la Défense et pour celui de Dominique de Villepin. Par ailleurs, il était l’officier traitant du mathématicien Imad Lahoud, nom de code « Madhi », dont il espérait qu’il le mènerait vers Oussama ben Laden. Quelques années plus tôt, Imad Lahoud avait en effet travaillé comme trader à Londres chez Merrill Lynch, banque de la famille ben Laden, et il assurait pouvoir remonter vers lui.
C’est dans des carnets et sur son ordinateur que le général a consigné l’avancée de ses différentes missions. Il écrit notamment que, lors la réunion du 9 janvier 2004 dans le bureau de Dominique de Villepin, à laquelle participait Jean-Louis Gergorin, a été abordé la question d’ »un compte couplé N. Sarkozy ». Or M. de Villepin nie formellement avoir appris ce jour-là que le nom de son adversaire politique se trouvait sur les listings. Autre difficulté: le général Rondot affirme que le 25 mars 2004, Dominique de Villepin lui a téléphoné pour lui demander de faire libérer Imad Lahoud, alors en garde à vue dans une autre affaire. Une instruction réfutée par Dominique de Villepin.
Ces notes « ne retranscrivent pas la vérité historique », a-t-il redit mercredi. A l’époque, « l’objectif du général Rondot, c’est l’opération Madhi, c’est la recherche d’Oussama ben Laden », a-t-il soutenu, suggérant qu’aveuglé par sa quête antiterroriste, le militaire s’était emmêlé les pinceaux. En attendant, l’avocat de Nicolas Sarkozy, Me Thierry Herzog, se frotte les mains: « on verra lundi ce que pense le général Rondot… »
Dimanche 05 heures 56 – L’Alsace: Pour Jean-Pierre Chevènement, « en centrant l’affaire Clearstream sur la rivalité de Dominique de Villepin et de Nicolas Sarkozy, on la dénature inévitablement »
Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort, ancien ministre de la Défense puis de l’Intérieur fait partie des «faux listés» dans l’affaire Clearstream. Il s’est constitué partie civile. Interview pour L’Alsace.
L’Alsace: Qu’attendez-vous du procès Clearstream ?
Jean-Pierre Chevènement: La vérité d’abord, la sanction ensuite et puis la réparation du préjudice grave que j’ai subi, parmi beaucoup d’autres, en voyant mon nom jeté en pâture à l’opinion publique. Je tiens à ma réputation d’intégrité, c’est le seul capital dont dispose un homme politique. Rien n’avait pu l’entamer, en ce qui me concerne, jusqu’à cette affaire Clearstream où l’introduction de mon nom dans des listings falsifiés a pu laisser croire pendant plus d’un an que je pouvais être impliqué dans des affaires douteuses. Je n’ai pas de compte en Suisse comme il a été allégué, ni d’ailleurs dans aucun pays étranger.
Pourquoi, selon vous, votre nom a-t-il été ajouté ?
Il faut rappeler qu’au départ cette affaire est une affaire industrielle. Ce qui était en jeu, c’était la succession de Jean-Luc Lagardère à la tête d’EADS. Il y avait deux candidats : Noël Forgeard, dont Jean-Louis Gergorin était l’un des vice-présidents, et Philippe Camus. L’opération visait à discréditer le couple Camus-Delmas. Une affaire sordide. On a ajouté, pour épicer le plat, le nom de quatre hommes politiques, deux de droite, M. Sarkozy qui avait été ministre du Budget et M. Madelin qui avait été ministre de l’Économie et des Finances et deux de gauche, il est vrai d’inspiration différente, M. Strauss-Kahn, ancien ministre de l’Économie et des Finances et moi-même, qui avais été ministre de la Défense.
Pourquoi ces noms-là ?
La vie politique est d’une grande violence. Les hommes politiques sont exposés en permanence à la calomnie par tous ceux qui ont intérêt à les salir pour les déstabiliser. D’autant plus s’ils sont considérés comme dangereux ou s’ils symbolisent une ligne politique claire. Vous connaissez l’adage : calomniez, calomniez, il en reste toujours quelque chose.
Vous dites : « on a ajouté ». Qui est ce « on » selon vous ?
Je pense que M. Gergorin est le manipulateur en chef. C’est lui qui était directeur des services de sécurité d’EADS et ce n’est un secret pour personne que de très mauvaises mœurs s’étaient développées dans l’industrie de l’armement depuis plus d’une dizaine d’années.
Plusieurs parties civiles ont dénoncé une instruction uniquement centr