Les protagonistes de l’affaire Clearstream, dont Nicolas Sarkozy, partie civile, posent les jalons de leurs offensives, à deux semaines de l’ouverture devant le tribunal correctionnel de Paris du procès au cours duquel Dominique de Villepin sera confronté à ses accusateurs.
Alors que Nicolas Sarkozy, intervenant depuis Brasilia, a confondu une nouvelle fois sa fonction de chef de l’Etat avec sa qualité de partie civile, Me Olivier Metzner, s’exprimant dans un communiqué au nom des avocats de M. de Villepin, s’est dit « choqué » par ces déclarations d’avant procès. Sans citer aucun nom il a dénoncé des « interventions soigneusement orchestrées » et « une volonté de peser sur le cours de la justice parfaitement inacceptable ».
Joint au téléphone par Le Parisien, Dominique de Villepin se borne à une déclaration : « Je déplore dans cet avant-procès les écrans de fumée et les déclarations à l’emporte-pièce. J’invite chacun à garder son sang-froid ».
« De la part du président de la République, ce n’est pas de la colère, c’est une forme de communication. La première combine, et je dirais même combine d’Etat, c’est une justice et une presse aux ordres du pouvoir : l’instrumentalisation politique de l’affaire restera dans les annales de la République », estime, quant à lui, Jean-Pierre Grand, député UMP de l’Hérault.
« Il ne faut pas s’énerver, avertit aussi Hervé Mariton, secrétaire national de l’UMP aux armées, élu villepiniste de la Drôme. La colère et la médiatisation ne sont pas les meilleures conseillères de la justice. »
Le Procureur Marin avait ouvert le feu sur l’antenne d’Europe 1
C’est le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, qui avait donné fin août le coup d’envoi des hostilités en estimant que M. de Villepin avait été un « bénéficiaire collatéral mais conscient » de l’entreprise présumée de dénonciation calomnieuse jugée à Paris à partir du 21 septembre.
Cette sortie, peu courante avant l’ouverture des débats, a suscité de violentes réactions des avocats des principaux protagonistes de l’affaire, de l’ancien Premier ministre à l’ancien vice-président d’EADS, Jean-Louis Gergorin.
Nouvelle intervention de Nicolas Sarkozy, chef de l’Etat et partie civile
Le chef de l’Etat, qui fait partie des 41 parties civiles au procès, est pour sa part sorti de son silence dans cette affaire.
« Il y a procès, il y a deux juges, on peut considérer que c’est suffisamment grave pour qu’il y ait une audience correctionnelle, on en est là », a-t-il déclaré à des journalistes en marge de son déplacement à Brasilia.
« J’ai toujours dit que je voulais savoir qui avait mis, et pourquoi, mon nom sur cette liste, voilà », a-t-il ajouté.
« Il est grand temps que toutes ces combines sous la Ve République, une bonne fois pour toutes, on en soit débarrassé (…) Les officines, les combines, il y en a eu beaucoup trop », a poursuivi Nicolas Sarkozy.
En fin de journée Me Olivier Metzner, s’exprimant dans un communiqué au nom des avocats de M. de Villepin, s’est dit « choqué » par ces déclarations d’avant procès. Sans citer aucun nom il a dénoncé des « interventions soigneusement orchestrées » et « une volonté de peser sur le cours de la justice parfaitement inacceptable ».
Le Journal du Dimanche, propriété, comme Europe 1, du Groupe Lagardère
La révélation par le JDD samedi d’un extrait de procès-verbal d’une audition d’Imad Lahoud, désormais versé au dossier, est venue accréditer la thèse de l’accusation selon laquelle l’informaticien d’origine libanaise serait le falsificateur des fichiers de la chambre de compensation.
Lors de cette audition menée par le juge Jean-Marie d’Huy dans le cadre d’une autre enquête, trois semaines après le renvoi de l’affaire Clearstream en correctionnelle, M. Lahoud, qui a tenu des propos contradictoires tout au long de l’instruction, a affirmé que « la cabale contre Nicolas Sarkozy était montée sous la connaissance de Dominique de Villepin », ce que ce dernier nie farouchement.
Me Metzner s’est immédiatement engouffré dans la brèche et a d’ores et déjà prévenu qu’il comptait « tirer toutes les conséquences de cette poursuite occulte de l’instruction, soit en procédure, soit sur le fond ».
Le journaliste Denis Robert
De son côté, Maître Temime l’avocat de Denis Robert, accusé d’avoir détenu les fichiers, compte demander la nullité de l’ordonnance de renvoi des juges d’Huy et Pons. Voilà ce que Maître Temime a déclaré à latribune.fr :
« Nous allons demander la nullité de l’ordonnance de renvoi. Les juges d’Huy et Pons n’ont pas le droit de reprocher ce qu’ils reprochent à Denis Robert.
En le renvoyant devant le tribunal pour avoir détenu les fichiers Clearstream, les juges lui reprochent un délit de journaliste. Car comment un journaliste qui enquête sur une affaire pourrait-il écrire s’il ne dispose pas de documents pour étayer ses articles ?
Tout se passe comme si la publication d’article était autorisée, mais la détention de preuves étayant l’article interdite, tout en laissant aux personnes mises en cause dans l’article la possibilité de faire un procès au journaliste parce qu’il ne détient pas les preuves de ce qu’il avance. C’est une situation ubuesque dans laquelle se trouve Denis Robert. Et c’est une véritable question de liberté publique ».
Un élément nouveau apporté par les avocats de Florian Bourges
Les avocats de la défense des accusés du procès Clearstream mettent en pièce l’ordonnance de renvoi des juges d’instruction d’Huy et Pons en relevant les failles de leur travail.
C’est d’abord Maîtres Lantourne et Gondran de Robert, avocats de Florian Bourges, renvoyé devant le tribunal correctionnel pour abus de confiance et vol des fichiers Clearstream. Ils soulignent que les listings avaient déjà été dérobés bien avant l’intervention de leur client. Ils s’appuient pour cela sur une note du patron d’alors de la DST.
Ainsi, ils mettent ainsi en cause le chemin de transmission de ces fichiers, et, de ce fait, fragilisent l’accusation contre Lahoud et Gergorin. Si d’autres personnes ont dérobés les fichiers, d’autres intervenants ont également plus les falsifier.
Voici ce que Maîtres Lantourne et Gondran de Robert ont déclaré à latribune.fr :
« La liste des clients de Clearstream que mon client est accusé d’avoir dérobé pour la transmettre à Denis Robert et Imad Lahoud avait déjà été dérobée en 2002 par d’anciens collaborateurs indélicats depuis judiciairement condamnés. C’est ce qu’écrit le directeur de la DST de l’époque, Pierre de Bousquet de Florian, dans une note du 21 juillet 2004, déclassifié et versée au dossier d’instruction. Mon client, Florian Bourges, ne peut donc être poursuivi pour les faits qui lui sont reprochés. Pour deux raisons.
D’une part, le préjudice subit par Clearstream, pour lequel mon client est poursuivi, est déjà réparé. D’autre part, les seuls fichiers en cause dans le procès sont ceux remis au juge Van Ruymbeke. Or, ce ne sont pas forcément ceux détenus par mon client. En effet, les fichiers ont suivi deux filières. La première suit le chemin Bourges-Robert-Lahoud-DGSE. La seconde emprunte la route Bourges-Lahoud-JLG-Van Ruymbeke.
Or, des différences sensibles ont été relevée par l’enquête entre les fichiers parvenus à la DGSE et ceux arrivés au juge Van Ruymbeke. Enfin, Florian Bourges a coopéré avec la Justice et a donné tous les documents qui auraient pu mettre un terme au dossier dès octobre 2004″.
Et, au milieu de la mélée, les autres protagonistes
Les autres protagonistes du procès, parties civiles et défense, tentent pour leur part de faire entendre leur voix pour éviter que le procès Clearstream ne se résume à un nouvel épisode de l’affrontement entre Nicolas Sarkozy et M. de Villepin.
Me Jean-Pierre Mignard, avocat du journaliste Edwy Plenel et du magistrat Gilbert Flam, dont les noms apparaissaient sur certains des listings falsifiés, a ainsi annoncé son intention d’ »engager une procédure administrative contre l’Etat pour obtenir réparation des préjudices subis » par ses clients.
Sources: L’Express et La Tribune