L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin rassemble ses proches en vue de constituer d’ici l’élection présidentielle de 2012 une alternative à droite à Nicolas Sarkozy, dont il continue de critiquer la politique. « Les Français ont besoin d’alternatives », explique-t-il au Parisien/Aujourd’hui en France, dans un entretien publié dimanche matin.
Dominique de Villepin n’exclut pas une candidature aux élections régionales mais – « je me prononcerai le moment venu », dit-il – et a pour l’heure réuni ses fidèles au sein du Club Villepin. Ce club de réflexion, créé en juin et présidé par l’ancienne ministre de l’Outre-mer Brigitte Girardin, « répond à un devoir d’engagement« , selon lui.
« Il veut oeuvrer à la défense de nos valeurs républicaines et de nos institutions dans un esprit de justice sociale, avec le souci d’encourager le rayonnement de notre pays et son indépendance », précise l’ancien Premier ministre.
Ce mouvement doit l’aider à mobiliser en vue de l’élection présidentielle de 2012, à laquelle l’ancien Premier ministre a souvent sous-entendu qu’il se présenterait.
Interrogé sur une possible candidature, Dominique de Villepin répond: « C’est l’échéance centrale de notre vie politique. »
Auparavant, il comparaîtra en correctionnelle à partir du 21 septembre dans le cadre de l’affaire Clearstream. « J’attends cette échéance avec impatience. J’attends que la justice aille jusqu’au bout et que l’on sorte des rumeurs et des mensonges », dit-il.
Dans son entretien au Parisien, il critique la politique du chef de l’Etat en regrettant le trop grand nombre de réformes, pour lesquelles « les résultats ne sont pas au rendez-vous » car elles sont soit « des demi-réformes », soit « faites à contretemps », soit trop coûteuses, détaille-t-il.
De même, « le grand emprunt peut être un piège » pour la France dont l’endettement est déjà trop grand, estime Dominique de Villepin.
Prenant appui sur la radicalisation des conflits sociaux, Dominique de Villepin affirme que la France vit dans « l’exaspération, la colère, et rien ne sert de le nier ». Dès lors, « l’homme du discours à l’ONU » avance ses propres pistes de réflexion pour sortir la France de l’ornière, et n’hésite pas à emprunter une thématique jusqu’ici « réservée » au Parti socialiste: « Je ne cesse de poser une exigence de justice sociale. Je plaide pour des réponses fortes, comme le gel du bouclier fiscal ou une contribution plus importante de la tranche la plus élevée de l’impôt sur le revenu. »
Et quand le journaliste lui rappelle que Nicolas Sarkozy a agi contre la crise, Villepin tempère le propos car « l’action au jour le jour ne suffit pas. Il faut s’inscrire collectivement dans la durée. Pour cela, chacun doit être à sa place dans une juste répartition des rôles entre le président, le gouvernement et le parlement. » Une critique à peine voilée de l’hyper présidentialisation du régime.
La question du grand emprunt lancé par le président ne trouve pas davantage grâce à ses yeux. S’il reconnait que « les nominations de Michel Rocard et d’Alain Juppé sont un gage de sérieux », l’ancien ministre des Affaires étrangères doute fortement de l’utilité d’une telle mesure: « Le grand emprunt n’est pas un remède miracle! Cela peut même être un piège », estime-t-il, expliquant que cela peut être « un mauvais message » envoyé à ceux qui tiennent « les cordons de la bourse ». « On dit qu’il y a de l’argent sur la table, autrement dit, dépensez! C’est comme mettre une bouteille d’alcool sur la table d’un alcoolique », image-t-il.
Sources: Reuters et Journal du Dimanche