Dominique de Villepin est à Montpellier ce mercredi. Il sera de 17h30 à 19h30 à la librairie Sauramps où il dédicacera La cité des hommes.
Le Midi Libre publie ce matin une interview de l’ancien Premier Ministre: en voici le texte intégral.
Midi Libre : Ce livre est-il un cri d’alarme, ou un besoin de prendre de la hauteur ?
Dominique de Villepin : C’est les deux. C’est une réflexion engagée sur le monde, partant bien sûr de la crise sans précédent à laquelle nous sommes confrontés. Cette crise n’a rien à voir avec celle que nous avons connue depuis l’après-guerre. C’est pour moi la conjonction de crises à la fois conjoncturelles, économiques, financières et sociales, et aussi structurelles.
Nous sommes dans une véritable crise de civilisation, un basculement de notre monde qui se fait au tournant de cinq siècles de domination occidentale et qui marque l’avènement de nouveaux rapports de force avec des pays comme la Chine, l’Inde, La Russie, le Brésil.
Vous êtes très critique lorsque vous parlez de l’Europe
Oui, parce que je crois qu’on ne se rend pas compte des fragilités de l’Europe et des difficultés qu’elle va avoir à régler dans les prochains mois et les prochaines années. L’Europe n’est plus le centre du monde. Elle a raté une accélération, à la fois par manque de détermination et de leadership. Elle l’a ratée également parce qu’elle s’est obsédée par son élargissement en négligeant l’approfondissement des politiques dans le domaine de la défense, de l’immigration, de la lutte sociale. Et ce faisant, elle n’a pas répondu aux aspirations des peuples européens, elle les a oubliés.
Vous définissez la période comme une crise morale…
Bien sûr, et elle est profonde. Quand il y a injustice ou sentiment d’injustice à l’échelle planétaire, que l’on cède comme on l’a fait à l’hyper consommation, à l’hyper spéculation, que peut-il arriver d’autre ? A l’échelle des nations, comme à l’échelle européenne et planétaire, nous avons perdu de vue l’exigence fondamentale qui est la juste répartition des tâches, des efforts et des résultats.
Pensez-vous sérieusement aux régionales ?
On a beaucoup glosé et dit de choses sur le sujet. La vérité est toute simple : certains m’ont reproché, y compris dans ma famille, de n’avoir jamais été élu. J’ai donc dit, au terme d’un parcours ininterrompu depuis 1995, que j’avais le désir profond d’aller à la rencontre des Français et un désir d’élection. A partir de là, à quelle échéance… Nous verrons bien… Je peux difficilement anticiper sur tout cela, mais c’est vrai que cela me tente.
Attendez-vous, pour vous déclarer, la fin du procès Clearstream ?
Ce n’est pas cela qui pèse sur mes choix. C’est évidemment une échéance importante que j’attends avec impatience, car j’ai hâte que la vérité soit connue. Il y a eu dans ce dossier, beaucoup d’incompréhensions et d’instrumentalisation et ce sera l’occasion d’aller au fond de cette affaire. Dans le jeu politique, il arrive que l’on prenne des coups, je le sais… Mais là, c’est autre chose. Etre accusé injustement et être instrumentalisé, ce n’est pas pareil. Je dirais même que ce n’est pas tout à fait normal…
Vous êtes plutôt sévère à l’égard de Sarkozy ?
En politique, c’est comme dans une famille. Quand vous donnez des conseils à vos enfants ou à ceux que vous aimez bien, êtes-vous sévère ou souhaitez-vous au contraire qu’ils réussissent ? Moi, je souhaite que le gouvernement et que le Président réussissent, car je pense que nous n’avons pas de temps à perdre. Quand j’émets des critiques, j’essaie aussi de faire des propositions pour trouver des réponses. Quand j’ai le sentiment que les réformes patinent et ne sont pas adaptées aux besoins du pays, je le dis…
Source: Propos recueillis par Laure Joanin (Midi Libre)