Invité vendredi matin de France Bleu Hérault, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a assuré qu’il fallait s’atteler à « un véritable sursaut européen », estimant que « l’Europe n’a pas pris la mesure du nouveau temps du monde ».
Vous pouvez entendre l’intégralité de l’interview de Dominique de Villepin en podcast dans ce billet.
Avant de rencontrer en soirée des chefs d’entreprise du montpelliérain, Dominique de Villepin était l’invité de l’édition régionale Languedoc-Roussillon du 19/20 de France 3: « Une Europe en initiative et une Europe de protection, c’est ça l’objectif ! », a-t-il affirmé à la fin de son intervention (le verbatim est à lire en deuxième partie de ce billet).
Interview sur France Bleu Hérault vendredi matin
« L’Europe, je crois, n’a pas pris la mesure du nouveau temps du monde », a dit en préambule M. de Villepin, alors qu’il était l’invité de France Bleu Hérault, à un peu plus d’une semaine du scrutin européen.
« Nous sommes dans un temps très différent où il faut se rassembler, il faut porter des idées neuves et puis il faut faire face à une nouvelle organisation du monde, à l’émergence de la Chine, de l’Inde, à des crises importantes », a-t-il expliqué.
« Et donc c’est à un véritable sursaut européen qu’il faut s’atteler », a-t-il dit. « Ca veut dire faire mieux fonctionner bien sûr les institutions, donner un nouveau souffle à cette Europe avec un véritable modèle d’Europe sociale, un modèle d’Europe culturelle, un modèle d’Europe politique ».
« On voit qu’il faut reprendre les choses en mains et ouvrir de nouvelles perspectives, a-t-il poursuivi. Nous avons besoin de plus de régulations en Europe, nous avons besoin aussi de plus de protections et nous avons surtout besoin de faire de l’Europe une terre de connaissances ».
« Donc c’est véritablement cela qui je crois doit être le grand projet européen pour demain », a-t-il conclu, déplorant que le « décalage » soit « évidemment très grand entre la relative indifférence qui s’exprime un peu partout autour de cette élection et l’importance des enjeux ».
Interview dans l’édition Languedoc-Roussillon du 19/20 de France 3
Vous pouvez voir la vidéo en cliquant sur l’édition du vendredi 29 mai à partir de cette page. Dominique de Villepin intervient à partir de 8’20″ jusqu’à 12’45″.
Voici le verbatim de son intervention:
« Il s’agit d’espérer et de façonner un sursaut de l’Europe. L’Europe, telle que nous l’avons connue dans le passé, elle ne suffira pas à nous aider à passer le cap de la crise. Et pourtant, nous avons impérativement besoin d’Europe dans la mondialisation. On ne peut pas se passer du levier européen (…).
Une Europe plus politique, mais aussi (…) une Europe plus sociale. D’abord, parce que si nous voulons que cette Europe fonctionne mieux, il faut davantage d’harmonisation sociale, davantage d’harmonisation fiscale et davantage d’harmonisation économique. Nous devrons au cours des prochaines années nous doter d’un gouvernement économique. Et c’est d’abord à la France et à l’Allemagne à donner le ton, en rapprochant leurs économies. Les divergences économiques que nous constatons entre les différents pays européens, évidemment, font le jeu de la division et fragilisent l’Europe tout entière. Si nous voulons être plus forts, il faut se rassembler. (…)
Je crois qu’il faut une volonté partagée. C’est vrai que la Commission au cours des dernières années s’est trop souvent cantonnée dans une responsabilité technique et trop souvent s’est cachée, arbritée derrière le principe de la concurrence libre et non faussée. Je crois qu’il faut assumer la différence européenne. L’Europe, elle a vocation à protéger ses citoyens. (…)
Je crois qu’il faut se méfier du terme « protectionnisme », parce que ce serait une Europe frileuse. L’Europe, elle doit protéger, mais elle doit donner les forces à chacun des citoyens européens pour faire davantage et ne pas craindre le monde. Nous ne devons pas imaginer que nous n’avons pas la capacité à relever les défis du monde. Je pense que nous avons, au contraire, toute cette capacité, mais à condition de nous en donner les moyens !
Regardez l’Europe de l’innovation qui a été décidée à Lisbonne: elle n’a pas progressé. L’Europe a vocation à être le grand espace dans le domaine de la connaissance. Nous devons faire mieux en matière universitaire: ayons des Universités européennes. Nous devons faire plus en matière d’Erasmus qui marche pour les étudiants: faisons en sorte que l’enseignement technique puisse bénéficier de telles facilités de voyages dans les pays étrangers. Donc, il y a beaucoup de grands projets à porter. (…)
Je crois que le jeu politique national (c’est vrai en France, c’est vrai ailleurs) est un jeu très injuste, puisque très souvent, les responsables politiques s’attribuent, au niveau national, le mérite de tous les succès et pointent du doigt vers l’Europe quand il s’agit de désigner des boucs-émissaires.
Je crois que c’est plus compliqué que ça: nous avons besoin des Nations, nous avons besoin des Etats, nous avons besoin de la France plus que jamais, mais nous avons aussi besoin de l’Europe dès lors qu’il s’agit de porter un grand projet.
Un exemple? L’Europe de la Défense: il est évident que si nous unissons nos forces, nous pourrons avoir un état-major européen qui comptera, nous pourrons aider les pays confrontés à des grands défis humanitaires. Si c’est nécessaire, nous le ferons plus facilement, à condition d’unir nos forces et le Parlement Européen, c’est un peu l’étoile montante dans les institutions européennes.
Le Parlement Européen, il s’est prononcé très fortement en matière d’environnement au cours des derniers mois. Il s’est prononcé sur l’Internet, face à la loi Hadopi. Donc ce Parlement se mobilise, il veut prendre ses responsabilités. Ses députés ne sont pas des députés en chocolat: ils veulent compter et nous devons confirmer ce mouvement en faisons confiance en l’Europe. (…)
Nous avons la chance et vous avez la chance, ici, d’avoir des représentants de ma famille politique, comme gaulliste et membre de l’UMP, qui sont, je crois, de bons représentants. Je crois que Dominique Baudis, Alain Lamassoure sont là pour porter ces couleurs. Et une Europe en initiative, une Europe de protection: c’est ça l’objectif ! »
Sources: Agence France Presse et France 3 Languedoc Roussillon