Dominique de Villepin, le retour. L’ancien Premier ministre a fait salle comble mercredi en fin d’après-midi dans les sous-sols de l’Assemblée nationale, où ses amis députés l’avaient invité à expliquer son opposition au retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. La rencontre, organisée par les six députés qui lui restent fidèles, a réuni plus de 300 personnes salle Victor-Hugo.
Outre les six députés classés villepinistes (François Goulard, Jacques Le Guen, Jean-Pierre Grand, Guy Geoffroy, Georges Tron et Hervé Mariton) qui entouraient leur mentor à la tribune, figuraient les ex-ministres chiraquiens Henri Cuq, Brigitte Girardin et Nelly Olin, le président de Debout la République Nicolas Dupont-Aignan, le député UMP Yves Censi, proche de Jean-François Copé, et l’ex-président du Conseil constitutionnel, Yves Guéna.
« J’en connais d’autres qui dans d’autres endroits ont commencé avec moins que ça », a glissé le héros du jour.
Le retour dans l’OTAN: une décision « inopportune » et « dangereuse »
Pendant 40 minutes, le héraut du « non » à l’intervention américaine en Irak en 2003, qui n’était plus revenu au Palais-Bourbon depuis mai 2007, a développé les raisons de son hostilité à la décision « inopportune » et « dangereuse » de Nicolas Sarkozy, officialisée en fin de semaine lors du sommet de Strasbourg et Kehl.
Dénonçant une nouvelle fois « une rupture avec l’héritage gaulliste » et avec « un consensus français », il a vu dans cette décision « à contretemps », « à contresens » et à « contre-emploi », le « risque d’un amoindrissement de la voix de la France » dans le monde.
L’ancien ministre des Affaires étrangères a jugé que cette décision allait « dans le sens d’une militarisation des relations internationales » et adressait un « signal d’occidentalisation » de la diplomatie française, à l’opposé de sa vocation traditionnelle de « trait d’union entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud ». Prenant l’exemple de l’Afghanistan, il a mis en garde contre la « dérive dangereuse » vers une OTAN « bras armé de l’Occident ».
Il s’est montré très dubitatif sur les chances de Nicolas Sarkozy de « codiriger » l’Alliance, « organisation militaire sous l’égide des Etats-Unis »: « le temps de la photo, il sera effectivement à la gauche ou à la droite du principal responsable, mais pour ce qui est de l’influence, c’est une chose beaucoup plus complexe ». Selon lui, « on peut être l’alchimiste de toutes les transfigurations, mais on ne transforme pas la réalité ».
Estimant qu’aucun progrès n’avait été fait sur l’Europe de la défense, il a réclamé des « gestes forts et concrets » sous la forme d’une réunion des Européens « très rapidement » après le sommet de Strasbourg.
Dominique de Villepin a insisté sur la responsabilité de Nicolas Sarkozy devant l’histoire: « voilà un acte qui suivra le président de la République et il est comptable des conséquences de cet acte ».
En réponse à une question sur la crise, il a insisté sur « l’exigence de justice sociale », critiquant « l’approche technocratique » qui a consisté à maintenir le bouclier fiscal.
Critiique de la stratégie de Sarkozy pour le G-20
L’ancien Premier ministre n’a éludé aucune question de la salle, ne ratant pas une occasion de se payer son rival. Il a ainsi ironisé sur la menace de la chaise vide au sommet du G-20, jugeant contreproductive une telle stratégie.
« Je ne crois pas qu’on puisse, à quelques jours d’intervalle, dire ‘je reviens dans le commandement intégré parce que les absents ont toujours tort’ et, à la veille de participer à la réunion du G-20, dire qu’on envisage de s’absenter », a lâché l’ancien Premier ministre lors d’une réunion à l’Assemblée nationale sur le retour complet de la France dans l’OTAN.
« Un certain nombre de grands responsables du G-20, Barack Obama et Gordon Brown, ont rappelé que Nicolas Sarkozy serait présent des hors d’oeuvre aux desserts. Je crois que la feuille de route est clairement fixée », a ajouté Dominique de Villepin.
« Cela me rappelle l’époque où certaines diplomaties prenaient leurs chaussures et la tapaient sur la table. Est-ce qu’il faut revenir aujourd’hui à des stratégies de ce type? », a-t-il poursuivi devant la presse dans une allusion au geste fameux du président soviétique Nikita Krouchtchev à la tribune de l’ONU.
« Le général de Gaulle, quand il a mis en oeuvre la politique de la chaise vide (NDLR: dans les institutions européennes), l’a fait sur une conviction, sur une vision, sur un électrochoc nécessaire. Il ne faut pas se laisser guider par la passion et par l’émotion. L’émotion ne saurait être une stratégie », a conclu l’ancien Premier ministre.
« Je serai au rendez-vous » de l’élection
Evoquant, dès ses premiers mots à la tribune, son « émotion » de s’exprimer au Palais-Bourbon, M. de Villepin a ajouté : « une chose que personne, jamais, ne m’enlèvera, c’est l’amour de mon pays ».
« Il faut avoir en politique, chevillée au corps et à l’esprit, une très forte détermination (…) Mon combat est non pas contre quiconque mais pour la France, parce que je pense qu’il y a des dangers », a poursuivi l’ancien Premier Ministre.
Dominique de Villepin, dont l’avenir politique est suspendu au jugement du tribunal correctionnel de Paris dans l’affaire Clearstream, s’est montré moins disert sur ses éventuelles ambitions pour la présidentielle de 2012. « Merci de me faire confiance », a-t-il répondu à une étudiante qui exprimait son désir de voter pour lui.
Celui qui ne s’est jamais frotté au suffrage universel a laissé entendre qu’il pourrait se présenter à une élection, sans préciser laquelle. « L’élection, ce sont des circonstances qui font qu’elle devient naturelle. Croyez bien, je serai à ce rendez-vous », a-t-il déclaré à l’issue de la rencontre
« Nous aurons d’autres occasions de nous retrouver avec Dominique, soyez-en sûrs », a conclu le député Georges Tron, l’un des organisateurs de la rencontre. Jean-Pierre Grand se rappelait quant à lui l’appel de Jacques Chirac en 1976 à Egletons, qui avait précédé la fondation du RPR.
Source: Associated Press