Il n’a presque rien dit, sinon des « bonjour, bonjour » et des mots aimables à l’intention des « jolies filles » qu’il a croisées et embrassées de bon coeur. Il a dévoré cochonnaille et fromages. Il a goûté vins et bières. Il a caressé le cuir des vaches, postées le long de son parcours par l’organisation du Salon de l’agriculture, à Paris. Il a été tel qu’en lui-même.
Mais pas un mot de politique. Pas un commentaire sur la conjoncture, en particulier sur l’outre-mer cher à son coeur. La visite de Jacques Chirac, mardi 24 février 2009, organisée « au nom de sa fondation », se voulait symbolique. Elle l’aura sans doute été : trois jours après la visite très contrôlée de Nicolas Sarkozy, et au lendemain de celle policée du premier ministre, l’ancien président de la République, qui arpente le Salon depuis 1972, a battu à plate couture l’exécutif, en termes de popularité.
Suivi par une meute de journalistes, enserré par les caméras et les perches télescopiques des radios, la visite de M. Chirac a frôlé par moments l’hystérie médiatique. L’ancien chef de l’Etat a eu le plus grand mal à se frayer un chemin dans les allées du Salon, accompagné de son ancien ministre aux PME, Christian Jacob, agriculteur de profession.
Débordés, les organisateurs du Salon ont dû appeler en renfort des paysans pour le service d’ordre. Au fur et à mesure de la matinée, la foule des badauds s’est agglutinée sur son trajet, jouant des coudes pour décrocher une photo ou une dédicace, comparant volontiers « l’amour naturel de Chirac pour le monde agricole » au passage obligé de son successeur.
M. Chirac a croisé Luc Guyot, l’ancien responsable de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, qui l’a discrètement remercié pour un coup de fil passé à la fin de ses ennuis avec la justice. « C’était de bon coeur ! », lui a répondu M. Chirac. Il a embrassé Marie-George Buffet et Christine Boutin, salué Philippe de Villiers.
Au rayon des symboles, il y eut une rencontre furtive, mais savamment organisée. Une rencontre avec une petite délégation de jolies Antillaises en madras, les bras chargés de produits made outre-mer. M. Chirac a feint la surprise et les a chaudement remerciées.
Muguette Hilaire, représentante de la chambre d’agriculture de la Martinique, a expliqué au Monde que M. Chirac avait lui-même demandé « à rencontrer des représentants de l’outre-mer », alors que MM. Sarkozy et Fillon avaient tout fait pour ne pas les croiser.
« Chirac, c’est notre président pour toujours », affirme une mère de famille martiniquaise.
Source: Sophie Landrin (Le Monde)