Dominique de Villepin était jeudi soir l’invité des Mardis de l’ESSEC.
Devant un amphi plein à craquer (600 personnes), il s’est livré pendant deux heures à un tour d’horizon de nombreux sujets d’actualité (réforme des institutions, défense de la laïcité, Europe, crises internationales…), avant de répondre aux questions de la salle et de dédicacer ses derniers livres.
Quelques photos de la soirée
Le discours d’introduction de la soirée, prononcé par Emmanuel Gay, étudiant à l’ESSEC
Amis de la poésie et de la littérature, bonsoir ! Bonsoir, monsieur le Premier Ministre ! Bonsoir à tous et bienvenue à ce nouveau débat des Mardis de l’ESSEC, organisé avec le concours du cabinet d’audit et de conseil Mazars, de Gaz de France et de l’hebdomadaire Le Point.
L’homme que nous recevons ce soir est le Rimbaud de la politique, le Mozart de la rhétorique, l’Apollon des temps modernes. Bref, Dominique Galouzeau de Villepin est un oiseau rare. Tout d’abord par son nom : Galouzeau. De Gal, le coq et d’Ouzeau, l’oiseau. Un patronyme très français et vous l’aurez compris, un sacré nom d’oiseau.
Peut-on évoquer Dominique de Villepin sans toucher mot de cette silhouette altière, de cette allure raffinée, de cette grandeur sereine ? En somme, de cette incarnation du style en politique. Comment, mesdemoiselles, rester indifférentes devant ce corps sculpté par les Dieux, devant ce visage lumineux, devant ce teint toujours halé – quoique suspect – et surtout devant cette mèche romantique qui a fait son succès ?
Alors pour le bonheur de ces dames – et au grand dam de ces messieurs – il vous arrive de dévoiler vos charmes. Comme à la Baule, le 4 septembre 2005, où vous ne résistez pas à l’appel de la mer et plongez « discrètement » dans l’onde. Vous serez « surpris » par le flot médiatique, luisant au sortir du bain, telle une Ursula Andress au masculin. La baignade fera des vagues et en agacera certains…
Mais le séducteur a plus d’une corde à sa harpe. Galouzeau le poète manie la langue avec habileté. Rimes embrassées, enjambements et rejets n’ont pour lui aucun secret. Galouzeau le héraut sait aussi faire vibrer les foules : l’emphase, le lyrisme et les propos enflammés lui sont coutumiers. Qui saurait vous résister ?
Car sans mentir, Monsieur de Villepin, il faut bien dire que votre ramage se rapporte à votre plumage. Mais serez-vous le phénix politique de ces prochains mois ? Et si raffiné qu’il soit, le poète cède parfois à des accès plus discourtois. Comme quand vous prétendiez (je vous cite) : « Baiser les balladuriens avec du gravier ». Amis de la poésie, rebonsoir !
Après cet épisode, vous devenez en 1995 Secrétaire Général de l’Elysée. Visionnaire, lucide et inspiré, vous suggérez à Jacques Chirac de dissoudre l’Assemblée. Un rien rancunière, Bernadette vous surnommera « Néron ».
Mais vous retrouverez bientôt des auspices plus cléments dans les affaires internationales que vous chérissez tant : un certain 14 février 2003 et ce discours devenu célèbre devant l’Assemblée Générale de l’ONU. Fait rarissime, cette Assemblée vous applaudira. Aucune raison de la dissoudre donc !
Nommé Premier Ministre en mai 2005, vous lancez la très napoléonienne campagne des « Cent Jours ». Clin d’œil de l’Histoire ou éternel retour ? Car après les Cents Jours, Napoléon s’en souvient : Waterloo n’est plus très loin.
Votre « annus horribilis » commencera à l’Automne 2005. Les banlieues s’embrasent d’abord en octobre, puis au printemps suivant, les étudiants prétextent du CPE pour faire front. Enfin, comble du sort, Clearstream émerge à nouveau dans l’opinion. Dès lors, il n’est plus question de poésie, ni de Rondeaux… Mais bien d’un mystérieux corbeau. Innocent ou non, vous y laisserez des plumes. Une nouvelle fois, la morale politique est la même : « Matignon : morne plaine » !
De votre épopée ministérielle, on retiendra tout particulièrement ces joutes oratoires passionnées tenues sur la scène de l’Assemblée. Monsieur le Premier Ministre, personne n’oserait vous soupçonner d’une quelconque « facilité », et je dirais même, en vous regardant, d’une quelconque « lâcheté » ; si ce n’est, comme François Hollande vous le fera remarquer, celle de n’avoir encore jamais affronté le Suffrage Universel…
Puis, le fougueux Dominique, en mal de conquête, songera un temps à 2007. Pour vous donner du cœur à l’ouvrage, vous entonnez cette rengaine : « La France a envie qu’on la prenne, ça la démange ». Mais comme dirait Laurent Fabius, les élections ne sont pas un concours de beauté ! L’étalon de la République voulait étreindre Marianne mais elle lui a tourné les talons. Pour filer la métaphore poétique, vous êtes l’Albatros de Baudelaire en politique : « ses ailes de géant l’empêchent de marcher ».
Puisqu’il y a une vie après la politique, il fallait donc envisager une reconversion. Après quelques embarras, le poète s’est fait maître : il est en effet devenu avocat. Or selon Victor Hugo, le meilleur talent de l’orateur lui vient de la foule ou de l’Assemblée. M. de Villepin, saurez vous à la barre de cet art user ? Il appartient au Tribunal de l’Histoire de juger les grands hommes, et à la postérité de les recommander. Nous n’aurons pas ce soir une telle fierté, mais aussi nous voulons soulever cette question : « Au grand Dom, la patrie reconnaissante, point d’interrogation ? »
A Sarah et Thomas, je veux désormais transmettre le flambeau, car s’ils ne sont ni avocats ni bourreaux, être maîtres du débat reste leur fardeau.
Bon débat à tous !
Le compte-rendu de la soirée rédigé par les étudiants de l’ESSEC
En ligne d’ici quelques jours…
Remerciements à Olivier L. et Emmanuel G.