Xavier Bertrand et Nathalie Kosciusko-Morizet ont fait vendredi leur entrée à la direction de l’UMP pour encadrer le secrétaire général Patrick Devedjian, consacrant la montée en puissance des sarkozystes au sommet du parti présidentiel.
Comme promis au lendemain de la défaite des municipales, l’UMP a dévoilé un nouvel organigramme élargi, ouvert au centre et aux villepinistes, mais qui renforce aussi la base sarkozyste du parti pour préparer les prochaines échéances des régionales de 2010 et de la présidentielle de 2012.
La direction du parti, remaniée sous la houlette du chef de l’Etat, s’appuie sur un secrétariat général dont le numéro un reste Patrick Devedjian, 63 ans, très controversé dans les rangs du parti pour sa gestion « rigide » et « solitaire ».
Il est désormais secondé et « surtout encadré », selon plusieurs élus, par deux adjoints quadragénaire et trentenaire, le ministre du Travail et la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, ainsi qu’un trio de porte-parole, tous sarkozystes.
Pilier des réformes au gouvernement et très actif pendant les campagnes présidentielle et municipale, Xavier Bertrand remplace Dominique Paillé et trouve au parti la promotion qu’il n’a pas eue au gouvernement.
Parité oblige: Nathalie Kosciusko-Morizet remplace le député Philippe Cochet, et pourra avec ses nouvelles responsabilités faire ses armes au sein de l’appareil. La députée Chantal Brunel devient porte-parole.
Le valoisien Dominique Paillé, devenu conseiller politique de Nicolas Sarkozy après sa défaite aux législatives de 2007, conserve ses fonctions auprès du président, et portera lui aussi la parole du parti.
Le « Sarkoboy » des Hauts-de-Seine Frédéric Lefebvre, promoteur des réformes au parti et à l’Assemblée, conserve le secrétariat national à l’Economie qui lui est cher. Ce quadra, député d’Issy-les-Moulineaux, devient aussi porte-parole.
Ce poste-tremplin, très convoité a été occupé par Luc Chatel, Valérie Pécresse, Nadine Morano et Yves Jego, tous devenus ministres.
M. Chartier, qui fut l’infatigable pédagogue des réformes dans les fédérations pendant la campagne municipale, a dû se consoler avec un secrétariat national chargé de l’animation du parti et de la formation des élus et des cadres.
Fer de lance de l’offensive anti-Devedjian, Christian Estrosi, qui déplore haut et fort que l’ »UMP n’a plus de chef d’orchestre » depuis le départ de « son autorité morale » Nicolas Sarkozy, vient renforcer aux côtés d’un autre ministre proche du chef de l’Etat, Roger Karoutchi, le pôle – élargi de une à cinq – des délégations générales.
Pour la touche sociale et l’ouverture au centre: les entrées des députés ex UDF, Marc-Philippe Daubresse pour un poste taillé sur mesure (délégué général au dialogue social) et Bernard Deflesselles, proche de Jean-Pierre Raffarin, qui devient conseiller politique.
L’ouverture aux villepinistes permet au député Bruno Le Maire, ex directeur de cabinet de Dominique de Villepin, de faire son entrée dans l’appareil comme conseiller politique, et le député Hervé Mariton, porte-voix de la fronde villepiniste à l’Assemblée, prend un secrétariat national à la Défense.
Autre sarkozyste promu à un poste clef, le député Edouard Courtial, qui secondait jusqu’ici le patron des fédérations, Alain Joyandet, chapeaute désormais un trio chargé de les animer.
Il devra reconstituer un tissu de militants et de futurs candidats, durablement implantés dans les quartiers où il faut reconquérir un électorat populaire qui a fait défaut à la majorité aux dernières municipales.
Les principaux intéressés, cependant, n’ignorent pas que la réorganisation de l’UMP obéit aussi à une logique de reprise en main du parti majoritaire afin de « museler » les ambitions du premier ministre, François Fillon, qui a trouvé un allié de circonstance en la personne du président du groupe de l’Assemblée nationale, Jean-François Copé.
« La nomination de Xavier Bertrand renforce le caractère présidentiel du parti majoritaire », note M. Accoyer. Mais, en créant l’ »émulation », elle risque également d’accroître les tensions dont certains cherchent à se protéger.
M. Raffarin lui-même se veut attentif à ne pas attiser les rivalités. « Moi, je raisonne en termes de ressources humaines, explique l’ancien premier ministre. Copé et Bertrand sont deux talents d’avenir de notre famille. On a besoin de les protéger l’un et l’autre. Je dirais la même chose de Nathalie Kosciusko-Morizet et de Valérie Pécresse. »
Passé le « remaniement » de l’UMP, deux questions majeures resteront cependant à régler. Comment transformer ce qui a été conçu comme un « parti de conquête » en un « parti présidentiel » ? Et, surtout, comment établir une relation au sein du couple exécutif moins « inconfortable pour tout le monde » ?
Sources: Régine Lamothe (Agence France Presse) et Patrick Roger (Le Monde)