La nette poussée de la gauche, au premier tour des élections municipales, dimanche 9 mars, n’a pas pris l’allure d’une déroute pour la droite. Large défaite ou simple rééquilibrage après la « vague bleue » de 2001 ? La réponse sera en partie livrée dans deux grandes villes détenues par la droite, Marseille et Toulouse.
Espérant bénéficier d’ici au 16 mars, date du second tour, d’un sursaut de leur électorat, les responsables de la majorité se sont efforcés de faire bonne figure. « Les chiffres du premier tour sont encore indécis, mais ils sont plus équilibrés que ce qui nous avait été annoncé tout au long de cette campagne », a déclaré François Fillon dès le début de la soirée.
Les reconquêtes du PS
Le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, avait fixé comme objectif à son parti de reprendre trente villes parmi la quarantaine de perdues en 2001. Seules deux ont basculé dès le premier tourdans l’escarcelle du PS : Rouen et Bourg-en-Bresse.
Assuré de garder Paris, Lyon, et Lille, le Parti socialiste a ravi des villes moyennes telles qu’Alençon, Laval, Chalon-sur-Saône ou encore Rodez, qui étaient détenues par la droite de longue date. Le PS semble bien placé pour reconquérir Strasbourg, voire Toulouse, et peut espérer gagner Amiens, Angoulême et Orléans.
La résistance de la droite
Conservant facilement Bordeaux, où Alain Juppé a été réélu dès le premier tour, la majorité a préservé ses chances à Marseille. Alors qu’il avait été donné perdant dans des sondages récents, Jean-Claude Gaudin, qui est arrivé en tête dans cinq des huit secteurs de la ville, paraît désormais en mesure de conserver la mairie. Le président du groupe UMP de l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, a été réélu dès le premier tour à Meaux (Seine-et-Marne) avec près de 68 % des voix.
Le sort des ministres
Deux des vingt-deux ministres candidats l’ont emporté dans des villes détenues par la gauche : Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay (Haute-Loire) et Luc Chatel à Chaumont (Haute-Marne). A l’inverse, Christine Lagarde et Christine Albanel figurent sur des listes UMP largement distancées par le PS dans les 12e et 4e arrondissements de Paris. Xavier Darcos est en ballottage incertain à Périgueux, de même que Rama Yade, numéro trois sur la liste UMP de Colombes (Hauts-de-Seine).
Vote national ou enjeu local ?
Afin de préserver les chances de l’UMP, le premier ministre a clairement « dénationalisé » les enjeux du scrutin, prenant le contre-pied de la ligne qui avait été fixée par Nicolas Sarkozy et qu’il avait lui-même suivie jusqu’à présent. « Il ne faut pas mélanger les enjeux », a affirmé M. Fillon. Cherchant à pousser son avantage, le PS, à l’inverse, a continué de prendre pour cible le couple exécutif. Selon M. Hollande, les électeurs ont manifesté par leur vote leur « volonté d’avertir le président de la République et le gouvernement sur la politique qui est menée depuis neuf mois et notamment sur la question du pouvoir d’achat ». « J’ai vu monter très fortement la désillusion et même la colère », a indiqué Mme Royal.
Le MoDem parfois arbitre
Arrivé lui-même en deuxième position à Pau, où il est engagé dans une triangulaire incertaine, le président du MoDem, François Bayrou a indiqué qu’il ne donnerait « pas de consigne générale » pour le second tour, mais examinerait la situation « ville par ville, candidat par candidat ». S’il a obtenu des résultats mitigés dans les villes où il présentait des listes autonomes, le parti centriste est en mesure de se maintenir au second tour dans plusieurs villes – où il a franchi la barre des 10 % –, comme Saint-Etienne, Aix-en-Provence, Chartres ou Metz. A Paris, le MoDem ne dépasse les 10 % que dans trois arrondissements (5e, 7e, 14e), mais franchit les 5 % (qui permettent de fusionner avec une autre liste) partout.
Cette position charnière du MoDem a relancé le débat interne au PS à son sujet. Sitôt connus les résultats du premier tour, Mme Royal a estimé qu’il fallait « faire des alliances partout avec le MoDem », rappelant qu’elle avait prôné un rapprochement avec François Bayrou lors de la présidentielle. M. Delanoë, qui pourrait lui disputer le leadership du PS, s’est délibérément démarqué de sa rivale sur ce point, dimanche soir, en ne s’adressant qu’aux Verts.
Le sursaut du Parti communiste, le soulagement des Verts
Avec les conquêtes de Dieppe et Vierzon, le PCF fait mieux que résister. Le parti de Marie-George Buffet conserve la quasi-totalité de ses bastions, en devançant le PS là où ce dernier avait déclenché des primaires.
Les Verts divisent par deux leur score à Paris. Mais devraient disposer de plus d’élus qu’en 2001 au soir du second tour, notamment grâce aux alliances qu’ils ont nouées avec le PS.
L’échec du Front national
Marine Le Pen est nettement distancée à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Le FN – qui présentait beaucoup moins de listes qu’en 2001 – en avait fait une bataille emblématique.
Source: Caroline Monnot et Jean-Baptiste de Montvalon (Le Monde)