Au lendemain de la remise du rapport Attali pour la relance de l’économie, l’UMP laissait entendre jeudi des voix critiques, Jean-Pierre Raffarin dénonçant un « rapport hémiplégique » tandis que Jean-François Copé prévenait qu’il ne signerait pas de « chèque en blanc ».
« Un peu déçu », Jean-Pierre Raffarin a expliqué sur RTL que « ce rapport est pour (lui) hémiplégique: la moitié des solutions sont bonnes et l’autre moitié restent très faibles ».
« J’attendais de la créativité, j’attendais un peu des idées nouvelles », a expliqué l’ancien Premier ministre, regrettant que l’on ressorte « les vieilles lunes: la suppression des départements, la TVA sociale, toute cette forme de tendresse des grandes surfaces ». « Il y a une partie de la société qui n’est pas regardée », a-t-il conclu, acceptant toutefois de « donner la moyenne à ce rapport ».
« La question n’est pas la suppression du département mais l’agrandissement de la région », a réaffirmé le sénateur de la Vienne, soulignant que le département était aujourd’hui « un espace social » essentiel. Concernant l’instauration d’une TVA sociale il a estimé que « c’est une idée qui peut être expérimentée » mais qui est « dangereuse parce qu’elle porte atteinte au pouvoir d’achat dans un premier temps ». Quant aux mesures en faveur de la grande distribution, il y a dans le rapport « une certaine écoute du lobby des grandes surfaces qui me paraît quelque peu coupable », a jugé Jean-Pierre Raffarin.
Pour leur part, les députés UMP ont une nouvelle fois tapé du poing sur la table, refusant de se faire imposer in extenso les 314 propositions du rapport Attali sur « la libération de la croissance » et exigeant d’être partie prenante du futur débat législatif.
« Le Grenelle de l’environnement a été l’exemple de ce que nous ne voulons pas. On n’a pas digéré d’en être les oubliés. Il ne faut pas que cela se reproduise avec le rapport Attali. Nous ne sommes pas dans l’optique du « tout ou rien » mis en avant par l’ancien sherpa de François Mitterrand, a averti le patron du groupe UMP, Jean-François Copé.
Outre l’opposition à certaines mesures clefs du rapport (suppression des départements, déréglementation de certaines professions…), ce sont les déclarations de Jacques Attali invitant l’exécutif à ne pas « picorer à sa guise » dans son rapport mais à reprendre l’ensemble de ses conclusions qui ont mis le feu aux poudres.
L’inquiétude des députés UMP est d’autant plus vive que Nicolas Sarkozy avait assuré, en installant la commission Attali : « Ce que vous proposerez, nous le ferons ».
Après le récent vent de fronde contre la décision du gouvernement de suspendre la culture des OGM, très mal vécue par les députés UMP, François Fillon a tenté de calmer le jeu dans la majorité.
« N’ayez pas peur de prendre possession des débats. Naturellement, c’est au Parlement de décider » de traduire ou pas dans la loi les recommandations Attali, a lancé le Premier ministre aux députés UMP, qui ont largement débattu du sujet en réunion de groupe mardi matin.
Un peu plus tard, il n’en a pas moins appelé « chacun » à accepter de « remettre en question ses certitudes ».
« On a un gugus qui vient dire qu’il faut libéraliser certaines professions, supprimer les lois Galland et Raffarin. A quelques semaines des municipales, c’est génial vis-à-vis de notre électorat… Attali demande aussi la suppression des départements. A quoi ça sert de se présenter en mars aux cantonales ? », dénonce un député UMP.
Très critique, le vice-président du groupe UMP, Jean Leonetti, estime qu’il serait « catastrophique que le Parlement se voie imposer un paquet global dans lequel il n’y aurait pas de droit d’inventaire » et dénonce « quelques provocations très négatives », voire des propositions purement « inacceptables ».
« Pas question » donc d’accepter le tout, comme l’a souligné le sarkozyste Frédéric Lefebvre.
De même, le président de l’Assemblée, Bernard Accoyer (UMP), qui pense lui aussi qu’il ne faut pas « tout prendre d’un seul coup » dans le rapport, a demandé aux présidents des six commissions permanentes de l’Assemblée d’ »évaluer » les conclusions Attali.
Même le porte-parole de l’UMP, Yves Jégo, se montre des plus circonspects : « Tout n’a pas vocation à être repris, c’est un viatique pour l’action publique sur le long terme ».
Le président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, Jean-François Copé, explique pour sa part dans « Le Figaro » qu’il n’y aura « pas de tabou » sur les propositions du rapport, mais pas de chèque en blanc » non plus.
« C’est une mine d’or et notre responsabilité politique consiste à l’étudier intégralement », déclare M. Copé. « Nous le ferons dans le but d’élaborer nos propres propositions, que nous présenterons lors de la discussion du projet de loi de la modernisation dans l’économie, prévu au printemps. »
Et de rappeler que « le groupe UMP souhaite se mettre en avant sur ce sujet », ayant « souffert d’être les oubliés du Grenelle de l’environnement ».
Source: Associated Press