La rumeur parisienne le voyait dans les plus grands cabinets d’affaires de la place de Paris. Finalement, il n’en est rien : d’après les informations recueillies par lepoint.fr, Dominique de Villepin a décidé d’ouvrir son propre cabinet d’avocat à son domicile, dans le 17e arrondissement de la capitale.
L’ancien premier ministre se consacrera aux « grandes affaires internationales » en liaison avec de prestigieux cabinets. Actuellement à la recherche de collaborateurs, c’est vêtu de la robe noire à épitoge et d’un noeud papillon blanc qu’il a prêté serment ce mercredi après-midi devant la première chambre de la Cour d’appel de Paris, en compagnie d’une cinquantaine d’autres impétrants.
A l’appel de son nom, M. de Villepin a répondu « Je le jure » à l’injonction d’exercer ses futures fonctions avec « dignité, conscience, indépendance, probité et humanité », selon le texte du serment prêté par tout avocat avant d’exercer ses fonctions.
« Toute ma vie a été placée sous le signe du combat pour le bien public à la fois comme diplomate en matière internationale et comme politique. J’entends poursuivre ce combat pour la paix et la justice en qualité d’avocat. C’est une grande fierté pour moi de revêtir aujourd’hui cette robe. Ça fait partie des rêves que j’avais quand j’étais enfant. Vous voyez, il y a des rêves qui se réalisent », a-t-il déclaré à la presse.
Cette reconversion, pour spectaculaire qu’elle soit, n’est pas anormale. L’ancien Premier ministre devient avocat sur titres, possibilité qui lui est offerte en vertu de sa licence en droit, de ses diplômes de Sciences-Po et de l’Ecole nationale d’administration (ENA) et « après une carrière juridique dans l’administration », selon le bâtonnier de Paris, Me Christian Charrière-Bournazel.
D’anciens ministres ont rejoint l’ordre des avocats au vu de leurs diplômes et leur expérience professionnelle: Jean-François Copé, ancien ministre délégué au Budget, François Baroin, ancien ministre de l’Intérieur, Ségolène Royal, ex-candidate PS à la présidentielle et ancienne ministre.
Pour préparer sa reconversion, Dominique de Villepin a fait appel à Antoine Tchekhoff. « Ami » du Premier ministre, cet avocat d’affaires explique au point.fr s’être prêté au jeu des « formalités d’inscription ». Et le fait que l’ancien Premier ministre n’ait jamais exercé de fonctions de juriste ne l’effraie pas : « Il apprend vite, il est indépendant par nature, son carnet d’adresses est impressionnant », relève maître Tchekhoff, admiratif. Alors pourquoi ne pas l’avoir embauché ? « On ne recrute pas un Premier ministre, tranche l’avocat. Mais on peut imaginer qu’à terme, son activité évoluera. Peut-être dans une structure plus importante… »
Y aurait-il une incompatibilité juridique entre les nouvelles activités de Dominique de Villepin et sa mise en examen pour « complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol et d’abus de confiance et complicité d’usage de faux », le 27 juillet 2007, dans l’affaire Clearstream ? Du côté de l’Ordre des avocats de Paris, on reconnaît s’être « interrogé » sur d’éventuels « empêchements ». Conclusion : « Rien ne s’oppose à son arrivée dans la profession », glisse-t-on. « Heureusement que la présomption d’innocence existe aussi chez les avocats ! », s’amuse l’un d’eux.
Si nombre d’avocats contactés se félicitent de cette arrivée « prestigieuse », un grand nom du Barreau de Paris ne cache pas son scepticisme : « Les hommes politiques comme Dominique de Villepin sont habitués à décider. Or, un avocat, ça ne décide jamais. Ça cherche à convaincre. Y trouvera-t-il son compte ? ».
« Dominique de Villepin est un poète, un écrivain, il sera désormais avocat », lance Jean-Pierre Grand, villepiniste convaincu. Le député de l’Hérault, qui avait proposé cet été à l’ancien Premier ministre, empêtré dans les déboires judiciaires liés à l’affaire Cleastream, de lui céder sa place à l’Assemblée nationale, ne s’étonne pas de cette reconversion. « C’est une profession noble. François Mitterrand et Nicolas Sarkozy l’ont exercée. Dominique de Villepin est aussi un homme d’État qui peut prétendre à cette fonction. »
Hervé Mariton, qui fait aussi partie des rares élus UMP à s’opposer régulièrement à la politique de Nicolas Sarkozy, est plus dubitatif. « Je ne pense pas qu’il exerce réellement ce métier à l’avenir », confie le député de la Drôme. « Le titre d’avocat s’obtient facilement pour quelqu’un de son rang, il en profite. Après tout, pourquoi pas ? ».
Sources: Le Point et Associated Press