La ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a été entendue durant plus de huit heures vendredi comme témoin par les juges chargés de l’enquête sur une possible manipulation ayant visé Nicolas Sarkozy avec de fausses listes de comptes de la société Clearstream.
Elle n’a fait de déclarations ni à son arrivée, ni à son départ du pôle financier du palais de justice, peu après 21h30. C’était son deuxième interrogatoire chez les juges d’instruction Jean-Marie d’Huy et Henri Pons, après une première audition d’une durée de douze heures en novembre 2006.
Le chef de l’Etat est partie civile, c’est-à-dire plaignant dans ce dossier, où son ministre de l’Intérieur est interrogé.
Michèle Alliot-Marie a été, lorsqu’elle était ministre de la Défense, première intervenante dans ce dossier en faisant confier à un spécialiste du renseignement, le général Philippe Rondot, des vérifications des listings, fin 2003, limitées aux personnels militaires censés être compromis.
Des notes du général Rondot retrouvées après le premier interrogatoire de Michèle Alliot-Marie dans un ordinateur prétendent que, contrairement à ce qu’elle avait alors affirmé aux juges, le militaire l’avait informée dès mai 2004 de la remise des listings Clearstream au juge Renaud Van Ruymbeke par Jean-Louis Gergorin, vice-président d’EADS.
Michèle Alliot-Marie aurait donc connu très tôt le nom du « corbeau » de l’affaire, sans intervenir, ce qu’elle nie. Les juges examinent désormais plus avant son rôle dans la conspiration prêtée à l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin, mis en examen car soupçonné d’avoir été l’instigateur de la remise au juge Renaud Van Ruymbeke des listings, où figurait le nom de Nicolas Sarkozy.
Le 16 novembre dernier, l’ancien directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie à la Défense, Philippe Marland, a été confronté au général Philippe Rondot dans le bureau des juges.
Source: Thierry Lévêque (Reuters)