Mardi, Dominique de Villepin a été confronté à l’ancien vice-président d’EADS, en compagnie du général Philippe Rondot, témoin assisté.
La réunion judiciaire de trois des principaux protagonistes de l’affaire Clearstream a permis de faire apparaître des divergences de plus en plus prononcées. Elles opposent principalement Jean-Louis Gergorin, mis en examen pour dénonciation calomnieuse et Dominique de Villepin, mis en examen pour complicité.
Le nombre de rendez-vous
Après la réunion de 40 minutes des trois hommes, le 9 janvier 2004 au Quai d’Orsay, Jean-Louis Gergorin affirme qu’il a rencontré Dominique de Villepin une nouvelle fois à la fin du mois de février 2004.
L’ancien premier ministre s’inscrit en faux contre cette affirmation et dit n’avoir confié ce jour-là au général Rondot qu’une « mission d’évaluation » pour « éclairer les aspects internationaux » de l’affaire Clearstream.
La médaille de Gergorin
Un autre différent de date oppose les deux hommes. Le vice-président d’EADS affirmait jusque-là qu’il avait été décoré de l’ordre national du Mérite par le ministre le 6 avril 2004. Dominique de Villepin a toujours affirmé, dans ses notes, que la date était fausse.
Mardi, Jean-Louis Gergorin est effectivement revenu sur ses déclarations, mentionnant cette fois le 14 avril. Au cours de cette seule journée, le vice-président d’EADS aurait donc tenu le matin « une réunion de mise au point » avec le général Rondot qui aurait fait part de ses « doutes » sur les listings. Il aurait ensuite rencontré l’avocat Thibault de Montbrial dans la perspective de faire parvenir les listings au juge Van Ruymbecke. Le soir, ensuite, avait lieu la cérémonie de décoration.
L’intervention en faveur d’Imad Lahoud
Pour la première fois, mardi, Jean-Louis Gergorin a affirmé que Dominique de Villepin était intervenu en mars 2004 pour faire libérer l’informaticien alors que celui-ci était en garde-à-vue dans une affaire d’escroquerie totalement étrangère au dossier Clearstream.
Les policiers avaient découvert dans les affaires de leur suspect un document signé de la main du vice-président d’EADS et évoquant une mission antiterroriste. Averti par la police, Jean-Louis Gergorin aurait prévenu à son tour Dominique de Villepin qui aurait alors réclamé au général Rondot de faire le nécessaire. Cet élément milite pour l’existence d’un lien entre Imad Lahoud et Dominique de Villepin. Ce lien n’a pourtant pas été consigné par le général Rondot dans ses carnets.
Si ce lien existait, l’hypothèse d’une action conjointe entre Dominique de Villepin et Imad Lahoud serait à envisager. Mais l’informaticien, qui sera entendu mercredi prochain, a lui aussi toujours affirmé qu’il n’avait pas tenu ce rôle. Jean-Louis Gergorin se trouve donc totalement isolé sur cette affirmation.
La réunion du 19 juillet 2004
Cet épisode concerne Dominique de Villepin et le général Rondot. Ce jour-là, le conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales du ministère de la Défense est convoqué par celui qui est devenu entre-temps ministre de l’Intérieur. Le ministre donne alors mission à la DST d’intervenir sur le dossier.
M. de Villepin se défend de tout cloisonnement ou d’enquête parallèle. La « mission d’évaluation » qu’il avait confiée le 9 janvier 2004 au général Philippe Rondot, et dont il dit ne pas avoir été tenu informé, a cessé dès la saisine de la DST: « je lui ai fait valoir le 19 juillet et à nouveau le 27 juillet que, s’il disposait d’éléments particuliers, il devait les adresser à la DST ».
Dans la note envoyée aux juges d’Huy et Pons début octobre, Dominique de Villepin affirme que l’enquête de la DST, avait montré « très vite » qu’il y avait des « doutes » sur la véracité des listings, mais que ces doutes « n’ont été étayés que plus tard », car « les informations de la DST rest(aient) prudentes ».
Source: Le Figaro et Agence France Presse