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Confrontation Villepin – Gergorin – Rondot: que la vérité jaillisse !

La confrontation entre Dominique de Villepin, Jean-Louis Gergorin, mis en examen dans l’affaire Clearstream, et le général Philippe Rondot, témoin clef de ce dossier de dénonciation calomnieuse, a débuté mardi vers 10H00 au pôle financier du palais de justice de Paris.

Elle a duré environ huit heures, prenant fin peu après 18h.

Jean-Louis Gergorin et le général Rondot, accompagnés de leurs avocats, sont entrés dans les locaux du pôle financier de Paris par la grande porte devant laquelle les attendaient de nombreux journalistes. Philippe Rondot, regard fixe, vêtu d’un imperméable vert et portant une petite mallette, est arrivé le premier à 9H37 avec son avocat Me Eric Morain.

Jean-Louis Gergorin, souriant, enveloppé dans un grand manteau bleu, l’a suivi à 9H48 escorté de ses deux avocats Mes Paul-Albert Iweins et Thierry Dalmasso. Arrivé entre-temps en voiture, Dominique de Villepin a pénétré à 9H44 directement dans cette annexe spécialisée du palais de justice de Paris en empruntant le parking. Il a été rejoint par ses deux conseils, Mes Olivier d’Antin et Luc Brossollet. Aucun des trois hommes n’a souhaité faire de commentaire avant la confrontation.

Leur réunion du 9 janvier 2004 à l’origine de l’implication de l’ex-Premier ministre dans l’affaire Clearstream. devrait être évoquée lors de cette confrontation. C’est la première fois que l’ancien Premier ministre, l’ancien vice-président d’EADS, – tous deux mis en examen -, et l’ancien conseiller du ministre de la Défense pour le renseignement et les opérations spéciales – témoin assisté dans le dossier – sont confrontés depuis cette rencontre.

Les juges Jean-Marie d’Huy et Henri Pons, qui soupçonnent Dominique de Villepin d’avoir participé à une tentative de déstabilisation de Nicolas Sarkozy, datent à ce 9 janvier son implication présumée, dans cette affaire de dénonciation calomnieuse: la réunion s’était tenue au Quai d’Orsay dans le bureau du ministre des Affaires étrangères qu’était alors M. de Villepin.

Quelques jours auparavant, Jean-Louis Gergorin remet au général Rondot un listing bancaire de la chambre de compensation Clearstream pouvant compromettre une série de personnalités, dont Nicolas Sarkozy, et s’en ouvre auprès de M. de Villepin. Ce listing et ceux qui suivront s’avèreront faux.

Ce dernier convoque alors le 9 janvier les deux hommes. Dominique de Villepin assure avoir alors chargé le général Rondot, qui enquêtait déjà sur ces listings pour le ministère de la Défense, d’une « mission d’évaluation pour éclairer les aspects internationaux » de cette affaire. Il dit n’avoir « à aucun moment demandé d’enquête sur des personnalités politiques » ni « participé à une quelconque manoeuvre ».

Dans une note écrite dans les jours qui suivent et saisie par les juges, le général Rondot mentionne que le nom de Nicolas Sarkozy a été évoqué au cours de la réunion. Il affirme depuis qu’il n’a pas reçu l’ordre de « cibler Sarkozy ». Jean-Louis Gergorin soutient lui que Dominique de Villepin « a fait état d’instructions » de Jacques Chirac mais que le nom de Nicolas Sarkozy n’a été évoqué que dans le cadre de la tension qui l’opposait à Jacques Chirac.

Au cours de cette confrontation, les juges devraient également interroger les trois hommes sur la remise au juge Renaud van Ruymbeke des faux listings Clearstream au printemps 2004. M. Gergorin a reconnu avoir transmis de manière anonyme le fameux listing au magistrat, prétendant l’avoir fait à la demande de M. de Villepin.

Dans une note exhumée de son ordinateur, le général Rondot évoque quant à lui une conversation avec Jean-Louis Gergorin le 4 mai 2004: « J’ai appris que, après avoir selon lui reçu des instructions de Dominique de Villepin huit jours auparavant, il avait été décidé de parler au juge van Ruymbeke », écrit-il.

L’ancien Premier ministre nie pour sa part avoir demandé à Jean-Louis Gergorin de saisir le juge. Cette confrontation, « c’est l’acte d’instruction ultime », estime sous couvert d’anonymat l’avocat de l’un des protagonistes, qui doute cependant de son intérêt car « chacun va rester sur sa position ». Pour le conseil d’un autre participant, « ce type de confrontation indispensable pour la procédure a surtout pour vocation de boucler le dossier ».

Les juges d’Huy et Pons ont entamé les confrontations à la mi-novembre. Ils ont à nouveau convoqué Dominique de Villepin et le général Rondot pour une nouvelle confrontation demain mercredi. Selon plusieurs sources proches du dossier, les deux magistrats tentent de boucler leur enquête avant février, date du possible départ du juge Pons pour la Banque mondiale à Washington.

A sa sortie du pôle financier, Me Paul-Albert Iweins, avocat de M. Gergorin, l’ancien vice-président d’EADS mis en examen pour « dénonciation calomnieuse », a déclaré ce soir: « C’est une mesure d’instruction qui a été utile, qui a permis à l’instruction de continuer de progresser. Je crois que l’on a encore avancé aujourd’hui à l’occasion de cette confrontation ».

Source: Agence France Presse

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