A une semaine de son audition dans le dossier Clearstream, l’ancien premier ministre affûte sa défense. Dominique de Villepin vient d’adresser un courrier aux juges Jean-Marie d’Huy et Henri Pons, dont nous avons eu connaissance.
Dans la première partie de son texte, l’ancien chef du gouvernement se plaint de sa caution, fixée à 200 000 euros, et échelonnée en quatre versements. «J’ai fait parvenir l’accompte de cinquante mille euros que vous m’avez demandé pour la date du 1er septembre », commence Dominique de Villepin. Je ne vous cacherai pas l’incompréhension qui est la mienne d’avoir à payer la moindre somme. Peut-on craindre sérieusement d’une quelconque façon que je cherche à échapper à mes obligations ? Quand on a eu l’honneur d’exercer de hautes responsabilités, cela créé des devoirs. C’est l’idée que je me fais du service de la France. A ce titre, j’ai toujours estimé devoir être exemplaire.»
Dans le deuxième paragraphe de son courrier, Dominique de Villepin réitère fermement son innocence et met en cause l’instruction : « Permettez-moi, par ailleurs, de m’étonner du procès d’intention politique qui m’est fait. Il est plus qu’absurde de m’accuser d’avoir voulu discréditer un soi-disant rival», affirme-t-il, faisant allusion à Nicolas Sarkozy.
« Je tiens à vous redire solennellement que je n’ai commis aucun des délits pour lesquels je suis mis en examen. Dans l’épreuve qui est la mienne, je n’oublie pas les humiliations qui me sont infligées, plus qu’inutiles, notamment celle de ne pouvoir rencontrer l’ancien Président de la République, Jacques Chirac, que j’ai fidèlement servi et côtoyé, jour après jour, depuis plus de douze ans. »
Dans le dernier paragraphe de sa lettre Dominique de Villepin se livre indirectement à une charge contre Nicolas Sarkozy, qu’il accuse à demi-mot de mettre de l’huile sur le feu : « Enfin, conclut l’ancien Premier ministre, que penser d’une instruction, où la partie civile, en tout cas la seule qui retienne l’attention, est le Président de la République, lui-même, et à ce titre susceptible de donner à la Chancellerie toute instruction qu’il juge opportune. Etrange situation pour un Etat de droit, mais je veux croire en la justice de mon pays. Je veux croire aussi en la force de la vérité et je me battrai sans relâche pour cela ».
En clair, l’ancien bras droit de Jacques Chirac aimerait bien que le nouveau Président prenne ses distances avec le dossier judiciaire. Comment les deux juges réagiront-ils à ce courrier ? Réponse le 13 septembre. Le prochain face à face entre l’ancien premier ministre et les deux magistrats s’annonce long et tendu.
Source: Paris Match