Multipliant les interventions médiatiques à la faveur de la sortie de son nouveau livre sur Napoléon, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin aiguise ses critiques contre Nicolas Sarkozy et son équipe.
Fusion GDF/Suez
Dominique de Villepin a salué un « très bel accord » après l’annonce lundi par Gaz de France (GDF) et Suez des modalités de leur projet de fusion.
« C’est une très bonne nouvelle et c’est un très bel accord qu’a réalisé Nicolas Sarkozy », a déclaré l’ancien Premier ministre sur Europe-1, qui avait lui-même oeuvré à ce rapprochement quand il était chef du gouvernement.
Pour Dominique de Villepin, l’accord présenté lundi correspond à une version « améliorée » de son projet, « parce que nous arrivons aujourd’hui à une parité entre les deux groupes, (…) ce qui n’était pas possible il y a quelques mois », a-t-il précisé. « C’est un succès pour Nicolas Sarkozy et je m’en félicite », a-t-il ajouté, soulignant tout de même au passage le « travail formidable » mené par l’ancien ministre de l’Economie Thierry Breton sur ce dossier « pendant de très longs mois ».
Dominique de Villepin a estimé par ailleurs qu’il y avait peu de risques que les syndicats bloquent le projet, leurs représentants étant « bien conscients (…) de la nécessité de faire quelque chose » pour Gaz de France. « L’ouverture du marché de l’énergie a profondément modifié la donne. C’est un intérêt vital pour GDF, et les syndicats le savent, que de s’associer à une autre groupe pour peser véritablement sur le marché ».
Après 18 mois d’atermoiements, Suez et Gaz de France se sont finalement mis d’accord sur un projet de rapprochement, présenté lundi: le premier se sépare des deux tiers de son pôle environnement pour sa « fusion absorption » par le second, de fait privatisé. L’Etat français détiendra plus de 35% du capital de la nouvelle entité, baptisée GDF Suez
Interventions publiques de Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée
Dominique de Villepin, a par ailleurs estimé lundi que l’expression politique devait « être celle de ceux qui sont responsables », et qu’un secrétaire général de l’Elysée n’avait « pas de légitimité politique » à s’exprimer publiquement.
« L’expression politique doit être celle de ceux qui sont des responsables politiques », a-t-il déclaré sur Europe 1.
Le secrétaire général de l’Elysée « est peut-être le plus proche collaborateur du président de la République mais il n’a pas de légitimité politique », a-t-il insisté.M. de Villepin visait les interventions publiques de l’actuel secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, pour expliquer la politique du gouvernement ou parfois même clarifier ou encore rectifier les déclarations de certains ministres.
« Quand le Premier ministre s’exprime, il est responsable devant l’Assemblée nationale, quand le secrétaire général de l’Elysée s’exprime, il n’est responsable devant personne », a poursuivi M. de Villepin qui a lui-même occupé ces deux fonctions sous la présidence de Jacques Chirac. »Dans un état de grâce, il peut être tentant de s’exprimer, mais plus délicat dans d’autres circonstances », a-t-il ajouté.
« Quand vous vous exprimez depuis l’Elysée et que vous n’êtes pas le président de la République, c’est très bien quand tout va bien, je dirais même que c’est facile », a-t-il poursuivi.Quand les choses deviennent difficiles, alors l’expression publique d’un secrétaire général de l’Elysée « devient embarrassante », a-t-il estimé.
« Cela mérite une solide réflexion sur nos institutions et sur le rôle de chacun », a conclu l’ancien chef du gouvernement.
Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a assumé son « rôle politique » auprès de Nicolas Sarkozy et sa présence dans les médias, dimanche lors du « Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro de la rentrée, devançant François Fillon, convié le lendemain sur France Inter.
Alors que son poids – inédit à ce poste – alimente les interrogations sur le rôle du Premier ministre, M. Guéant a assuré remplir la fonction qu’occupe « traditionnellement » le secrétaire général de l’Elysée, notamment veiller à ce que les décisions du président « soient mises en oeuvre ». « Ce qui est nouveau, c’est que le secrétaire général de l’Elysée apparaisse parfois dans les médias », a-t-il expliqué.
Une consigne de M. Sarkozy lui-même, selon Claude Guéant: « le président autorise et même encourage ses collaborateurs les plus proches à s’exprimer », pour participer à une « information de l’opinion », un « compte-rendu permanent ». S’il s’est reconnu sans peine « un rôle politique » dans « la conduite de l’Etat », le secrétaire général de la présidence a toutefois jugé que cela n’impliquait « pas du tout » la fin du Premier ministre, qui a « un rôle très éminent », notamment devant le Parlement.
Il n’empêche que, pendant près d’une heure, M. Guéant, qui s’est défini comme le « principal collaborateur » du chef de l’Etat, a abordé tous les sujets chauds du moment. Il n’a pas hésité à corriger la ministre de l’Economie Christine Lagarde qui avait parlé un peu plus tôt de « plan de rigueur » dans la fonction publique. Lui préfère évoquer un « plan de revalorisation ».
Cette importance médiatique et politique au côté d’un Nicolas Sarkozy parfois décrit en « omniprésident » devrait continuer à nourrir les interrogations sur la place de François Fillon.
A Matignon, on ne cache pas une certaine irritation. La présence dans les médias de proches du chef de l’Etat tels que Claude Guéant est « très compliquée », dit-on, alors même que M. Sarkozy a récemment qualifié M. Fillon de « collaborateur ». Un homme politique n’est jamais un collaborateur », assure l’entourage du Premier ministre.
Politique étrangère de Nicolas Sarkozy
Enfin, toujours sur Europe 1 lundi matin, Dominique de Villepin s’est dit « critique » au sujet de la politique africaine du président Nicolas Sarkozy, le mettant aussi en garde contre une « erreur fondamentale » s’il apportait sa caution à l’administration Bush au sujet de l’Irak. « Sur la politique étrangère, il y a des dossiers sur lesquels nous pouvons faire mieux », a déclaré M. de Villepin, tout en se défendant d’être ou de devenir un « opposant ».
Se disant « blessé » par certains propos du chef de l’Etat, M. de Villepin a relevé ceux « tenus à Dakar sur l’homme africain qui n’entrerait pas suffisamment dans l’avenir ». Il a appelé à « tenir compte des réalités et des sensibilités ». « Nous sommes le pays qui, grâce à Jacques Chirac, a construit le Musée du Quai Branly, qui comprend sans doute le mieux aujourd’hui l’Afrique et l’aime le plus », a-t-il fait valoir, « veillons à ne pas adresser des contre-signaux à partir d’interprétations qui sont éminemment discutables ».
Lors de son premier déplacement en Afrique subsaharienne fin juillet, M. Sarkozy avait évoqué à Dakar « l’imaginaire » du paysan africain « où tout recommence toujours » et où « il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès ».
A propos de l’Irak, celui qui fut aussi ministre des affaires étrangères et ardent défenseur du refus de la guerre, a appelé à avancer « les yeux ouverts » et à « être lucides ». « Donner une caution aujourd’hui à l’administration Bush sur l’Irak et sur beaucoup d’autres sujets, ce serait une erreur monumentale », a-t-il averti. « Pour avancer en Irak, il faut un préalable, un gouvernement d’union nationale et un vrai calendrier de retrait des troupes américaines », a souligné M. de Villepin. « Si nous ne le faisons pas, nous mettons la main dans la porte », a-t-il dit, assurant que « non seulement nous n’apportons pas de contribution utile mais que nous prenons des risques pour notre sécurité ».
En fin de journée sur France Info, Dominique de Villepin a estimé que George W. Bush « se trompe depuis le début et persévère dans l’erreur » sur le dossier irakien. « Malheureusement, l’Irak n’est pas aujourd’hui un dossier sur lequel la communauté internationale, la communauté diplomatique, travaille », a déclaré sur France Info M. de Villepin, interrog
é sur la visite surprise du président américain en Irak. Se prononçant de nouveau pour « un gouvernement de réconciliation nationale » en Irak et pour « un calendrier précis de retrait des troupes américaines », il a estimé que « George Bush est au contraire dans une phase ascendante, augmente ses forces en Irak ».
Sources: Agence France Presse et Associated Press