La polémique sur d’éventuelles contreparties à la libération des infirmières bulgares a enflé vendredi après la confirmation d’un contrat d’armement avec la Libye, au point qu’une commission d’enquête parlementaire va être créée, à la demande du PS.
L’opposition, qui avait déjà demandé des clarifications sur le rôle de Cécilia Sarkozy, épouse du président de la République, dans la libération des soignants bulgares prisonniers en Libye et sur l’accord nucléaire civil avec Tripoli, a intensifié son offensive après la révélation que des contrats d’armements étaient en train d’être conclus.
Nicolas Sarkozy a toujours assuré qu’il n’y avait eu « aucune » contrepartie à la libération des Bulgares et que la conclusion d’éventuels contrats n’avait « aucun lien ». Mais la révélation mercredi d’un contrat de vente d’armes par un fils du numéro 1 libyen Mouammar Kadhafi, confirmé vendredi par la société EADS, a semé le trouble.
« Il y a un vrai problème de méthode », a dénoncé le patron du PS, François Hollande. Et de demander « une commission d’enquête parlementaire qui puisse faire le clair sur ce qui est de l’ordre de l’accord commercial » et « ce qui est de l’ordre d’une négociation avec un pays qui a détenu, hélas, des otages pendant huit ans ».
Le PCF a lui aussi demandé la création d’une telle commission.
Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, s’est déclaré dans l’après-midi « très favorable » à une telle commission, qui « apportera toute la transparence sur ces questions ».
L’Elysée et Matignon ont aussitôt fait savoir que Nicolas Sarkozy et François Fillon soutenaient cette initiative, dont la présidence a estimé qu’elle permettrait de « confirmer toutes les déclarations faites par les autorités françaises et de mettre en valeur l’exemplarité de leur action ».
La procédure de création de cette commission (huit ont achevé leurs travaux pendant la dernière législature) ne pourra toutefois pas commencer avant octobre, début de la session ordinaire du Parlement.
Alors que Paris nie tout lien entre les aspects humanitaires et commerciaux, l’avocat français des soignants bulgares, Me Emmanuel Altit, a cependant estimé que leur cause était devenue un « obstacle incontournable » au commerce avec la Libye, et que c’est leur libération qui ouvrait aujourd’hui la voie à la signature de contrats.
Un haut responsable libyen à Tripoli a annoncé jeudi soir la signature d’un contrat de 168 millions d’euros avec MBDA, filiale du groupe européen EADS, pour l’achat de missiles antichar Milan. Selon lui, Tripoli a conclu un deuxième contrat avec EADS pour un système de communication de 128 M EUR.
Le ministre de la Défense Hervé Morin avait assuré vendredi matin sur RTL qu’ »il y a une lettre d’intention de la Libye » sur les missiles Milan et les systèmes radio, même si « les contrats ne sont pas signés en tant que tels formellement ».
Il a souligné que ce contrat avait obtenu l’ »accord d’une commission interministérielle en février 2007″, avant l’accession de M. Sarkozy à l’Elysée, dénonçant des « opérations politiques de démolition » conduites par l’opposition.
EADS a précisé que le contrat sur les missiles Milan est « finalisé » après « plus de 18 mois » de négociations, et qu’il est « en attente de la signature du client libyen ». Le contrat Tetra est « en voie de finalisation ».
Le porte-parole de l’Elysée, David Martinon, a souligné à plusieurs reprises qu’ »il n’est pas interdit aux entreprises internationales d’armement de commercer avec la Libye », tous les embargos internationaux contre ce pays ayant été levés.
L’accord nucléaire, signé lui aussi lors de la visite du président Sarkozy à Tripoli, avait déjà suscité la critique, notamment dans les milieux écologistes et en Allemagne.
Source: Pascale Juilliard (Agence France Presse)