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Jacques Chirac organise sa nouvelle vie

Le clan fait bloc autour de l’ancien président. Comme avant. Vendredi 6 juillet, alors que les juges viennent d’engager une deuxième perquisition dans l’affaire Clearstream, visant Dominique de Villepin, les visites amicales se multiplient, au 119, rue de Lille, dans les nouveaux bureaux de Jacques Chirac.

L’ancien secrétaire général de l’Elysée, Frédéric Salat-Baroux, passe en tenue décontractée, en cette veille de week-end. Maurice Ulrich, le conseiller de toujours, vient de partir. Dans l’entrée, le chien Scott signale la présence de Claude Chirac.

Si contrariété il y a, il faut la décrypter. Comme avant. En surface, rien ne semble pouvoir troubler la nouvelle vie de M. Chirac. C’est en pointillés que Bertrand Landrieu, ancien préfet de la région Ile-de-France et directeur du  » bureau » de la rue de Lille, marque son agacement, en constatant que le nom de son patron apparaît encore dans les journaux, accolé à l’affaire Clearstream. A ses débuts, en 2005, un gradé de l’Elysée s’était exclamé en privé :  » On n’a rien à voir avec les conneries de Gergorin ! (ancien responsable d’EADS entendu plusieurs fois par les juges) », avant de passer à autre chose. M. Landrieu, aussi, change de sujet.

En février, en prévision de l’après, le président lui avait demandé de venir le voir à l’Elysée : « J’hésite, vous préférez peut-être continuer à la préfecture ? ». Après un septennat au Palais, M. Landrieu a rempilé auprès de Chirac : « Ce n’est pas moi qui vous rend service. C’est vous qui me donnez une perspective ». Au service de la République, en préfet « à l’ancienne », comme il le dit lui-même. Il a donc emménagé dans ces nouveaux locaux avec trois secrétaires, une chargée de communication, Bénédicte Brissart, qui remplissait cet office à l’Elysée, Hugues Renson, qui y était chargé des affaires sociales, et Alain Sortais, un diplomate discret qui travaillait avec Jean-Louis Debré à l’Assemblée nationale.

Dans le bureau du président, un mobilier aux lignes épurées, quelques objets d’art africain, un tapis contemporain : un décor beau et simple qui contraste avec les moulures dorées de l’Elysée. C’est donc cela que M. Chirac a choisi pour sa nouvelle vie, sans que ceux qui le connaissent s’en étonnent. C’est ici qu’il a reçu, fin juin, Lee Kwan Yew, le ministre mentor de Singapour, puis Dai Bing Guo, le vice-ministre des affaires étrangères de Chine. Quelques jours auparavant il avait rencontré, à l’hôtel George V, Abdallah, le roi d’Arabie saoudite. Branché sur le monde, toujours, avec quelques voyages en préparation. Attaché à ses racines, comme en témoigne le portrait de Georges Pompidou et quelques photos souriantes, en compagnie de l’ancien premier ministre du Liban, son ami Rafic Hariri, assassiné en février 2005. M. Chirac s’est aussi attelé, semble-t-il, à la rédaction de ses mémoires.

C’est encore dans ces locaux mis à disposition par la République, comme pour tout ancien président, que celui-ci reçoit quelques visiteurs, futurs donateurs de sa fondation pour le développement durable et le dialogue des cultures. Et aussi les fidèles, rescapés de la nouvelle ère du sarkozysme grâce à leur enracinement électoral, comme Henri Cuq ou François Baroin. D’autres s’en sont moins bien tirés, telle Catherine Colonna, porte-parole de l’Elysée pendant dix ans et diplomate respectée, à qui l’ambassade de Rome vient d’échapper. Jeudi, c’était au tour de l’ancienne ministre des affaires européennes de rendre visite à l’ancien président. « On ne lui a proposé qu’un poste auquel elle aurait pu prétendre il y a dix ans », enrage un proche de M. Chirac.

Chaque jour ou presque, il téléphone à Jean-Louis Debré, qu’il a mis à l’abri à la tête du Conseil constitutionnel. Son bureau l’y attend, qu’il a déjà visité. Il s’y montrera « assidu », assurent ses collaborateurs, mais pas avant la rentrée. Les anciens présidents n’assistent pas aux séances d’examen du contentieux électoral, programme de l’été. Une dispense commode, qui permettra de voir venir avec moins de gêne l’audition des juges dans les affaires du RPR d’avant 1995. En attendant, il reçoit toujours, rue de Lille, des milliers de lettres. Comme avant.

Source: Béatrice Gurrey (Le Monde)

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