L’affaire a explosé ce jeudi sur Internet et met dans l’embarras Patrick Devedjian, le secrétaire général de l’UMP. L’élu des Hauts-de-Seine s’est en effet fendu d’un « cette salope! » en parlant d’Anne-Marie Comparini, dans un reportage diffusé mercredi par la chaîne lyonnaise TLM, relayé par Dailymotion.
La boulette, le dérapage, le gros mot. C’est peu dire que la sortie de Patrick Devedjian sur Anne-Marie Comparini, la candidate MoDem défaite dans le Rhône, fait non pas du bruit mais du tapage.
Dans un reportage, tourné par la chaîne lyonnaise TLM, qui était censé suivre les premiers pas à Paris des députés du Rhône fraîchement élus, on voit Renaud Muselier, député des Bouches-du-Rhône, présenter le député Michel Havard à Patrick Devedjian en lui expliquant qu’il est celui « qui a battu Madame Comparini ». Patrick Devedjian, tout sourire, le félicite et ajoute: « Cette salope! », en lui serrant la main.
Vendredi matin, sur Europe 1, Anne-Marie Comparini a demandé que Patrick Devedjian « s’excuse publiquement ».
« Ces propos, je les trouve choquants, déplorables. Comment peut-on, dans notre pays, créer la culture du débat si l’on parle ainsi de ceux qui défendent des valeurs différentes », a-t-elle continué.
Selon 20minutes.fr, qui a joint jeudi soir Jean-Pierre Vacher, le directeur d’antenne de TLM, Michel Havard, « était très gêné et nous a demandé de ne pas le diffuser, mais Patrick Devedjian savait qu’il était filmé, et nous trouvons assez déplorable de tenir de tels propos, donc nous l’avons laissé dans le reportage ».
Au vu de l’ampleur médiatique engendrée par son mot, Patrick Devedjian a réagit jeudi dans la soirée, par un communiqué écrit à la va-vite: « Patrick Devedjian, déplore la diffusion sur Dailymotion d’images volées lors d’une conversation privée. Il regrette son interjection déplacée à l’égard de Madame Anne-Marie Comparini à qui il renouvelle son estime et toute son amitié. » Un exercice acrobatique périlleux, entre l’excuse et la défausse.
Trop tard, le dérapage de ce très proche de Nicolas Sarkozy est sur la place publique. La sortie de Devedjian met également dans une situation délicate Dominique Perben, le candidat UMP à la mairie de Lyon, qui compte sur les voix du MoDem, pour faire basculer la mairie à droite lors des prochaines municipales.
Même s’il a « déploré » ces propos, l’insulte lâchée par Patrick Devedjian ne prêche pas pour un rapprochement des vues. « Je déplore ces propos et je n’oublie pas que le combat des femmes en politique est difficile. Sa phrase est doublement incorrecte, d’autant qu’il est l’équivalent d’un président de parti politique, et qu’à ce titre on ne peut pas avoir ce genre de propos ».
Dans la soirée de jeudi, la député européenne Marielle de Sarnez, bras droit de Bayrou, qualifiait ces propos de « révoltants et choquants » et exigeait des excuses.
Vendredi matin, interrogée sur i-Télé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’Etat à l’Ecologie, a assuré qu’il était « injustifiable. C’est inélégant, il s’agit d’un énorme dérapage. Je suis surprise car Patrick Devedjian est plutôt d’ordinaire un homme courtois. »
Toujours ce matin, Patrick Devedjian, fraîchement nommé secrétaire général délégué de l’UMP a confirmé ce matin regretter « profondément » ses propos. J’ai présenté dès hier soir des excuses privées à Anne-Marie Comparini et des excuses publiques même par voie de communiqué », a-t-il déclaré à la presse.
L’ancien ministre, qui a dit avoir téléphoné à la dirigeante centriste, s’est défendu d’être machiste et souligné qu’il aurait sans doute « employé le même mot s’il s’était agi d’un homme. » « Mais il n’aurait pas été plus acceptable non plus, j’en conviens », a-t-il dit.
Anne-Marie Comparini, aujourd’hui membre du Mouvement démocrate (MoDem) de François Bayrou, avait auparavant exigé à nouveau des excuses publiques « parce que le mot qu’il a prononcé, c’est une atteinte à la dignité des femmes. »
« Ces propos, je les trouve choquants, déplorables. Comment peut-on dans notre pays créer la culture du débat si l’on parle ainsi de ceux qui défendent des valeurs différentes? », s’est-elle interrogée sur Europe 1. « Pour le combat des femmes, il ferait bien de s’excuser publiquement. Ce n’est pas moi qui ai soulevé la tempête, c’est lui », a-t-elle ajouté.
Ségolène Royal a joint au téléphone Anne-Marie Comparini vendredi et lui a fait part de sa solidarité en tant que femme, a-t-on rapporté dans l’entourage de l’ex-candidate socialiste à l’élection présidentielle.
Dans les rangs du gouvernement, Rachida Dati et Roselyne Bachelot ont également fait part de leur réprobation. « Il n’est pas tolérable qu’on puisse qualifier (ainsi) une femme, politique ou pas », a déclaré la ministre de la Justice à la presse en marge d’une visite au Palais de Justice de Paris. Pour la ministre de la Santé, cela « montre que le combat pour le respect des femmes n’est pas terminé ».
Nicolas Sarkozy a également réprouvé les propos de son proche conseiller, à Lyon, en marge de la visite d’un chantier. « Ce n’est pas des façons de parler aux femmes ni à qui que ce soit », a déclaré le président de la République aux journalistes. Prié de dire s’il envisageait des sanctions, il a répondu : « Il s’est excusé ».
En visite à Nantes, le Premier ministre, François Fillon, a estimé pour sa part que « l’incident est clos ». « Il ne faut jamais insulter les gens, encore moins les élus », a-t-il dit.
Vendredi, le conseil régional de Rhône-Alpes, dont Anne-Marie Comparini est membre, a adopté une motion de soutien à Anne-Marie Comparini. Les quatre élues de la majorité présidentielle ont voté pour. Leurs 24 collègues masculins se sont abstenus. Le groupe FN ne s’est pas associé à la démarche.
Dans cette motion, les quatre élues UMP et apparentées, les socialistes, les Verts et les communistes condamnent « avec la plus grande fermeté les propos inqualifiables » de Patrick Devedjian.
Sources: Le Journal du Dimanche et Challenges