Dominique de Villepin, déjà monté en première ligne en 2003 contre la guerre en Irak, dénonce « l’échec » des Etats-Unis et estime qu’il ne doit plus y avoir « de soldats américains et britanniques dans un an » pour espérer une issue à la crise irakienne.
Dans un entretien publié mardi sur le site internet du quotidien britannique Financial Times, le Premier ministre adopte un ton à nouveau très dur à l’égard de Washington et de ses alliés. En février 2003, il était devenu la bête noire du gouvernement Bush après son discours à l’ONU, en tant que chef de la diplomatie française, contre une intervention militaire à Bagdad.
« Le diagnostic est cruel. Les Etats-Unis ont échoué en Irak. Plus de 3.000 soldats américains ont été tués depuis 2003 et 12.000 civils irakiens sont morts en 2006 (…) En 2003, nous avons dit fermement avec le président Chirac qu’il n’y avait pas de solution militaire en Irak. Ce que nous disions en 2003 est toujours vrai en 2007« , souligne le Premier ministre.
« Si l’on ne dit pas que, dans un an, il n’y aura plus de soldats américains et britanniques sur le sol irakien, rien ne se passera en Irak si ce n’est davantage de morts et de crises », assène M. de Villepin.
« Aujourd’hui, la présence militaire est considérée comme illégitime par les Irakiens et nous devons changer les choses (…) Dire que les troupes étrangères quitteront le pays quand l’Irak sera démocratique et pacifié est absurde. Ca ne se produira jamais« , souligne-t-il, en appelant au « pragmatisme ».
Si M. de Villepin « refuse de céder au fatalisme sur la crise irakienne », il n’en juge pas moins indispensable de fixer « un horizon clair quant au retrait des troupes étrangères et au retour à la pleine souveraineté de l’Irak ».
Il insiste sur la nécessité, dans la perspective d’une réconciliation nationale, « d’accorder une place à chacune » des composantes du pays (chiites, sunnites et kurdes). « Ce n’est pas le cas aujourd’hui », regrette-t-il.
De même, il faut, ajoute M. de Villepin, « renforcer le dialogue avec les Etats voisins de l’Irak », dont l’Iran, et « créer les conditions pour que ces Etats aient intérêt à la paix en Irak et dans la région ».
Il se dit « très inquiet » sur la question du nucléaire iranien et regrette que la communauté internationale « manque d’imagination sur l’Iran »
Tout en jugeant « inacceptable » que Téhéran se dote du nucléaire militaire, il estime qu’il faut « prendre en compte le fait que cette crise découle du désir de l’Iran de s’affirmer comme une puissance régionale pour sa fierté nationale et sa sécurité ».
« Nous devons donc allier dialogue et fermeté dans notre approche. Je crois que les Etats-Unis et l’Europe doivent aller plus loin dans le dialogue et les propositions », ajoute-t-il.
A deux mois et demi des élections, M. de Villepin aborde aussi la situation intérieure française en admettant implicitement qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle.
« Je veux gouverner jusqu’au dernier jour au service des Français. Il y a une élection qui arrive, c’est un autre sujet. Mon choix est de servir comme Premier ministre et d’assumer mes responsabilités« , dit-il en se disant « totalement sur la même ligne » que le candidat UMP Nicolas Sarkozy sur la « défense du modèle social français ».
L’entretien a été réalisé le 2 février à Matignon en français puis traduit en anglais. La version anglaise a été transmise à la presse par les services de M. de Villepin.
Source: Frédéric Dumoulin (AFP)