Le Premier ministre Dominique de Villepin a longuement reçu lundi à Matignon des représentants d’associations oeuvrant dans les banlieues, dont beaucoup se montraient inquiets de la montée des tensions à l’approche du premier anniversaire du déclenchement des violences urbaines de 2005.
Après une récente série d’agressions contre des policiers dans des quartiers sensibles, Dominique de Villepin a par ailleurs annoncé dans un communiqué avoir demandé aux ministres de l’Intérieur Nicolas Sarkozy et de la Justice Pascal Clément « d’étudier un renforcement des poursuites et des peines en cas d’agression des forces de l’ordre« . Trois fonctionnaires de police ont encore été agressés vendredi soir Cité d’Orgemont à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) lors d’un guet-apens.
Actuellement, le Code pénal prévoit déjà l’aggravation de la peine lorsque le délit est commis sur une « personne dépositaire de l’autorité publique », comme un policier, un gendarme ou un magistrat. Le peine encourue pour des violences entraînant une ITT supérieure à huit jours passe par exemple de trois à cinq ans de prison lorsque les faits concernent les forces de l’ordre. Une aggravation similaire est prévue pour tous les autres crimes et délits.
Le chef du gouvernement réunira par ailleurs le 7 novembre les préfets, les procureurs, les procureurs généraux et les recteurs pour renforcer la coordination des services de l’Etat dans la prévention de la délinquance.
Lundi, il a fait le point avec les responsables d’associations sur la situation près d’un an après les violences urbaines qui avaient secoué la France pendant trois semaines. Les troubles avaient éclaté le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) au soir du décès de deux adolescents dans un transformateur électrique.
Hassan Ben M’Barek, porte-parole du collectif « Banlieues Respect », s’est dit « un petit peu inquiet à l’approche de la date anniversaire, parce qu’il y a quand même des tensions dans les quartiers« . Il a réclamé à Dominique de Villepin « l’organisation d’un débat parlementaire pour l’attribution des flux financiers depuis un an », qui se sont montés à quelque 700 millions d’euros. Car « ceux qui ont profité de ces sommes d’argent sont les grands réseaux nationaux associatifs et les élus locaux », a-t-il affirmé. « Toutes les structures associatives sur le terrain (…) n’ont pratiquement rien eu ». M. Ben M’Barek souhaite aussi « obliger les policiers à vouvoyer les jeunes des quartiers« .
Stéphane Ouraoui, président de l’association « Pas de quartier, tous citoyens », a également demandé une meilleure « formation des policiers », alors que Noureddine Nachite, président de l’association « J’aime ma banlieue », proposait l’élection de « référents » dans les quartiers sensibles pour faciliter le dialogue entre jeunes et policiers. « Il faut recréer un climat de confiance. C’est la priorité », a-t-il souligné.
Ali Aïssaoui, président de l’association UNIR, a fustigé des « provocations » de part et d’autre. Comme en 2005, « nous avons peur qu’une seule de ces provocations puisse mettre le feu aux poudres ».
Tous se sont montrés durs à l’égard du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, grand absent de cette réunion. « Si cette élection (présidentielle) nous promet un débat que sur l’immigration et les sans-papiers, je crois que nous serons tous perdants », a averti Ali Aïssaoui, en dénonçant des discours qui « opposent des citoyens aux autres, qui opposent les structures aux autres, les magistrats aux policiers ». Pour lui, « c’est « un discours dangereux et nous serons tous perdants si on continue« .
Stéphane Ouraoui a également mis en garde contre « un certain nombre de termes blessants et de gages donnés à un certain type d’électorat qu’il faut peut-être éviter dans les quartiers ».
Aujourd’hui, « il y en a qui sont en train de se frotter les mains. Le Front national ou d’autres extrémistes sont contents », a souligné Noureddine Nachite. « Si ces émeutes reprennent à quelques mois des législatives ou des présidentielles, cela fera le bonheur de pas mal de personnes ».
« On va essayer de maintenir la paix dans nos quartiers« , a promis Mohamed Ghoulam, de l’association Caméléon (Saint-Etienne). Mais « aujourd’hui, on a quand même un certain nombre d’éléments qui nous font penser que ça va être difficile ».
Source: Associated Press