Dominique de Villepin dit n’avoir toujours pas d’ »ambition présidentielle », mais sa propension appuyée à se démarquer des propositions électorales de Nicolas Sarkozy l’inscrit de fait dans un rôle de rival pour 2007.
« Je n’ai pas d’ambition présidentielle, pour une raison très simple: je suis chef du gouvernement et quand on a une mission aussi importante, aussi difficile, c’est un engagement qu’on prend devant les Français », a répété le Premier ministre vendredi matin sur RMC Info.
« Je souhaite me consacrer à la tâche qui m’a été donnée par le président de la République et qui est au service des Français. Je veux que les Français puissent s’exprimer à l’occasion des prochaines élections en ayant confiance dans la politique« , a-t-il justifié.
Dominique de Villepin n’est pas en embuscade, « il n’a pas d’arrière-pensées, il veut aller le plus loin possible dans le service des Français et refuse de céder à la tentation d’une forme d’électoralisme« , assure un proche.
Ainsi la volonté réaffirmée vendredi sur RMC Info de persévérer dans « la bataille de l’emploi » après les résultats « décevants » des chiffres du chômage en août, qui remonte à 9% de la population active, et de passer sous la barre des deux millions de demandeurs d’emploi en 2007. Dans la perspective de la présidentielle, la droite table sur une baisse durable du chômage, avec le maintien d’un rythme de croissance économique entre 2% et 2,5%.
Aux « recettes idéologiques » qu’il dénonce régulièrement, le Premier ministre entend opposer « force du diagnostic » et « pragmatisme » et marquer ainsi ses divergences avec le candidat de la « rupture » au sein de son propre camp, Nicolas Sarkozy.
LEÇON DE DIPLOMATIE
Depuis la rentrée, le chef du gouvernement cultive sa différence avec le ministre de l’Intérieur et président de l’UMP en exprimant publiquement hostilité ou scepticisme sur ses propositions pour 2007: suppression de la carte scolaire, service civil obligatoire, réforme des régimes spéciaux, « mini-traité » européen.
Vendredi, de nouvelles anicroches et une mise au point: Dominique de Villepin a déclaré que la question du maintien de Nicolas Sarkozy au gouvernement se poserait et qu’elle devrait être « tranchée » avec le président Jacques Chirac et l’intéressé.
Au rang des critiques, il a jugé que la proposition de Nicolas Sarkozy de supprimer l’impôt sur les successions « n’irait pas dans le sens de la justice sociale » et a préféré à son projet d’exonération de charges sur les heures supplémentaires un système « donnant-donnant » avec les PME. Cette formule, à l’étude avec les partenaires sociaux, prévoirait la création de mutuelles d’entreprise en contrepartie de nouveaux allègements de charges.
Mis en cause par Nicolas Sarkozy lors de son voyage aux Etats-Unis pour son action « arrogante » en 2003 dans la course à la guerre en Irak, Dominique de Villepin s’est montré plus incisif en donnant une leçon de diplomatie à son ministre de l’Intérieur.
« Je crois qu’il faut connaître et se souvenir des enjeux qui étaient sur la table: le terrorisme, la sécurité de la planète, éviter le choc des civilisations. C’était des enjeux immenses et il fallait accepter pour la France de donner l’exemple », a-t-il dit.
« Si la France n’avait pas pris ses responsabilités en disant clairement ce qu’elle ferait (NDLR, opposer son veto à la guerre), s’il y avait eu vote, je pense que l’Histoire aurait été différente et que sans doute les Nations unies auraient été embarquées dans une aventure qui ne permettrait pas aujourd’hui à cette immense organisation de jouer son rôle comme elle le fait par exemple au Liban », a-t-il souligné.
Source: Reuters