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Le Parti Socialiste, premier parti d'opposition en France, au bord de l'implosion

Scénario rocambolesque au Parti socialiste. Au terme d’une nuit de suspense et de contestations, la direction du PS a annoncé que Martine Aubry, tenante de l’ancrage à gauche du parti, avait devancé de 42 voix Ségolène Royal dans l’élection du nouveau Premier secrétaire.

Mais les partisans de Ségolène Royal ont refusé de reconnaître l’élection de la maire de Lille. La présidente de la région Poitou-Charentes, estimant s’être fait « voler sa victoire », a réclamé un nouveau vote jeudi prochain.

Le scénario d’une scission du Parti Socialiste n’est plus à exclure.

Cet écart infime de 42 voix a été annoncé par la direction sortante du PS dans un communiqué publié samedi à 5h40 du matin. Selon cette totalisation des résultats de l’ensemble des fédérations de métropole et d’outre-mer, qui doit encore être validée par les instances du parti, la maire de Lille a obtenu 67.413 voix, soit 50,02%, et Mme Royal 67.371 voix, soit 49,98%; 58,87% des 232.912 militants socialistes ont participé au scrutin.

Avant cette conclusion -provisoire- de l’interminable feuilleton de la succession de François Hollande, le PS s’est offert dans la nuit de vendredi à samedi un scénario digne de la Floride en 2000. En milieu de soirée -le vote s’est déroulé de 17h à 22h-, les royalistes annonçaient une tendance à 52-53% en leur faveur. A 1h du matin, les aubrystes revendiquaient la victoire sur un score ultra-serré de 50,5%.

Mais les partisans de Ségolène Royal ont immédiatement contesté ces résultats, en y voyant une ultime manoeuvre d’empêchement de leur candidate par les caciques du PS. Les « royalistes » contestaient notamment « de la manière la plus ferme » les résultats du département du Nord, fief de la maire de Lille et où Ségolène Royal a recueilli 23,99% des voix, Martine Aubry 76,01%.

Devant cette situation de blocage, la direction du PS n’a pu proclamer le nom du vainqueur avant la fin de la nuit. « Je ne puis, au moment où je vous parle, dire qui l’emportera », a déclaré à 2h15 Daniel Vaillant, chargé d’annoncer les résultats, après s’être entretenu au téléphone avec le Premier secrétaire sortant François Hollande, resté en Corrèze. L’ancien ministre de l’Intérieur a invoqué des résultats « extrêmement serrés ».

Un entretien téléphonique dans la nuit entre les deux candidates n’a pas permis de sortir de la confusion. Selon son entourage, Martine Aubry a demandé à Ségolène Royal d’avoir « une attitude responsable ». En réponse, Mme Royal a proposé d’organiser un nouveau vote des militants jeudi prochain, a annoncé le président de son association Désir d’avenir Jean-Pierre Mignard. « C’est le seul moyen de sortir de l’impasse dans laquelle nous nous sommes mis. Tous les responsables socialistes doivent accepter cette solution, les contestations sont trop importantes pour que l’on ne redonne pas la parole aux militants », a estimé Manuel Valls.

Mais Martine Aubry a immédiatement rejeté la proposition. « Un troisième tour n’a pas de raison d’être », a répondu la maire de Lille en quittant les locaux de l’Assemblée nationale où elle avait passé la soirée. Elle a précisé avoir parlé à François Hollande au téléphone et que ce dernier en avait convenu.

Finalement, Daniel Vaillant a fait publier les résultats par un simple communiqué peu avant 6h du matin, après que les résultats des fédérations de Martinique et de Guadeloupe soient parvenus rue de Solférino.

Un conseil national sera prochainement convoqué par François Hollande pour entériner les résultats, a précisé la direction. « Nous sommes pour qu’il puisse y avoir vérification de chacune des contestations, et que ces résultats soient transmis à la réunion du conseil national pour que nous puissions permettre au PS de sortir de cette période le plus rapidement possible », a commenté M. Bartolone.

Un Parti Socialiste en pleine crise

La contestation de ce scrutin, qui devait mettre fin à des mois de luttes d’influence et des semaines de déchirements, risque d’enfoncer un peu plus le Parti socialiste (PS) dans la crise. Celui-ci a pourtant un besoin urgent de panser les plaies de la division et redonner consistance à l’opposition au président Nicolas Sarkozy.

Mme Royal a dénoncé au cours de la nuit des « méthodes de l’appareil du Parti totalement insupportables », tandis que Mme Aubry a appelé à « une attitude de responsabilité car sinon, cela va créer une situation encore pire pour notre parti ».

Les militants socialistes étaient consultés moins d’une semaine après un congrès cauchemardesque pour le PS qui avait échoué à définir une ligne politique claire et à dégager une candidature de consensus pour la succession de M. Hollande, offrant le spectacle d’un parti ébranlé par le choc des ambitions.

Ségolène Royal, 55 ans, ex-compagne de François Hollande, qui affirme incarner un « renouveau » du parti, comptait bénéficier de la « dynamique » qu’elle dit porter depuis qu’elle a affronté Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007.

Passées toutes deux par l’Ecole nationale d’administration (ENA), le creuset des élites françaises, Mmes Royal et Aubry sont également toutes deux anciennes ministres. Pour le reste, beaucoup les oppose.

Mme Aubry a fait campagne sur le thème de l’ancrage à gauche du parti et a écarté toute alliance nationale avec le centre, alors que Ségolène Royal se refuse à l’exclure.

Le style austère de Mme Aubry tranche avec la touche « glamour » de Mme Royal. La première s’inscrit dans la continuité des structures du parti, quand la seconde comptait le bouleverser dans une démarche « participative » offrant davantage la parole à la « base ».

Le PS est « un parti qui en terme d’adhérents sera divisé en deux, ce qui est une nouveauté dans l’histoire du mouvement socialiste » et « aura un coût », prédisait dès avant le vote Pascal Perrineau, politologue à Sciences Po.

Déstabilisé par la politique « d’ouverture » de Nicolas Sarkozy, qui a recruté plusieurs personnalités socialistes dans son gouvernement, le PS a peiné depuis 2007 à faire entendre un discours d’opposition.

Fort peu présent, à l’exception de Mme Royal, dans le débat sur la crise financière – au moment où le président Sarkozy multipliait les initiatives – le parti était entièrement investi dans ses querelles internes.

Nicolas Sarkozy, grand vainqueur du Congrès de Reims?

La victoire à l’arraché de Martine Aubry pour le leadership du Parti socialiste, contestée par sa rivale Ségolène Royal, révèle une fracture au sein du premier parti d’opposition qui joue incontestablement en faveur de l’UMP à court terme, et pour certains observateurs jusqu’en 2012.

Plusieurs élus ou responsables du parti majoritaire avaient tablé sur un faible écart entre la maire de Lille et la présidente de la région Poitou-Charentes : « ce serait pour nous le meilleur des scénarios », ont confié plusieurs d’entre eux à l’AFP peu avant la clôture du scrutin.

Le score final qui s’est joué à une poignée de voix (42) les aura confortés, sans doute au delà de leurs espérances, dans l’idée que désormais la fracture au PS est bel et bien consommée, durablement pour certains.

Quant au choix de la personne? On ne cachait pas à l’UMP sa « préférence » pour Mme Royal, une « adversaire plus facile à battre » en 2012, rappelant qu’elle avait réalisé en 2007 le plus mauvais score, dans un duel gauche droite, depuis celui de François Mitterrand en 1965.

« Pour les socialistes, le meilleur premier secrétaire, c’est Martine Aubry », tranche le député Benoist Apparu, pour qui elle incarne une opposition « plus forte et plus structurée, et aura une majorité pour elle au sein du parti ».

Le secrétaire d’Etat à l’Outremer, Yves Jego, va plus loin : « On peut toujours rafistoler la façade… la famille socialiste est confrontée à une situation qui peut aboutir à une scission entre social-libéralisme et néo-marxisme ».

A court terme, « ce bordel généralisé au PS est plutôt une très bonne chose pour nous », s’amuse un parlementaire UMP. Reste qu’à moyen et long terme, l’UMP aura aussi besoin d’une opposition « structurée », de l’avis de plusieurs élus ou responsables.

« Un bon droite-gauche, assez équilibré, est la meilleure des choses. Ca nous évite d’avoir des troisièmes voies que représenteraient celle de Bayrou, au centre, ou celle de Besancenot, à l’extrême gauche », résume Benoist Apparu. Il faut donc « deux partis d’altern
ance qui peuvent succéder l’un à l’autre sans difficulté et sans drame ». Deux partis « qui tiennent bien la route, l’UMP d’un côté et le PS de l’autre », à l’exemple de « toutes les grandes démocraties qui fonctionnent bien », résume-t-il.

« La droite joue sur du velours », selon Pascal Perrineau, directeur de centre de recherche politique de Science Po : le « grand vainqueur » du Congrès de Reims, c’est « incontestablement Nicolas Sarkozy », et cette bataille fratricide du « pain béni » pour sa majorité. Le PS est « plombé pour plusieurs mois et peut-être plus ». « L’UMP n’a donc pas beaucoup de souci à se faire », pronostique le politologue.

Sources: Associated Press et Agence France Presse

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