Le vote du Congrès a livré son verdict : un Président renforcé, une gauche divisée et une majorité fissurée.
Nicolas Sarkozy est sorti vainqueur d’un bras de fer avec l’opposition qui aura duré un an. Le 18 juillet 2007, le chef de l’Etat confiait à Edouard Balladur la présidence du comité chargé de réfléchir à la réforme des institutions, dans lequel figurait un certain… Jack Lang, qui allait bientôt refaire parler de lui. L’ensemble de la classe politique était alors consulté.
Mais ce consensus s’est peu à peu fissuré pour laisser place à une confrontation ouverte entre majorité et opposition. Cette dernière ne souhaitait pas offrir une victoire politique au président de la République sans une vraie contrepartie.
Mais la marge de manœuvre du chef de l’exécutif s’est trouvée rapidement limitée par les exigences de son propre camp, qui n’entendait pas céder ses prérogatives, notamment au Sénat.
C’est donc au forceps que Nicolas Sarkozy a tenté de faire passer « sa » réforme. Un pari plus que risqué, comme l’ont démontré les résultats. Et qui a nécessité une grande force de persuasion à l’égard des élus récalcitrants.
Un échec aurait été un coup d’arrêt terrible. L’adoption à une voix près du texte est en revanche une vraie bouffée d’oxygène politique pour le chef de l’Etat. Malgré les tirs croisés de ses plus farouches adversaires, il reste le seul maître du jeu plus d’un an après son élection.
Le cas Lang
Le Parti socialiste s’est en revanche réveillé avec un problème délicat à gérer, le cas Jack Lang. La voix de l’ancien ministre de François Mitterrand en faveur du texte s’est révélée déterminante, et l’opposition n’a pas hésité à crier à la trahison.
« Il n’a plus sa place dans notre famille », a estimé sur LCI le porte-parole du PS, Julien Dray. « C’est à lui de tirer les conclusions de son affranchissement de la délibération collective », a renchéri le premier secrétaire du parti, François Hollande. « Il a franchi le Rubicon. Il n’y a pas d’exclusion. Il s’est mis lui-même hors de notre groupe », a expliqué pour sa part Jean-Marc Ayrault, patron des députés socialistes.
Jack Lang ne devrait donc plus siéger dans le groupe PS.
Comble de l’ironie, c’est l’UMP qui a volé au secours du député du Pas-de-Calais. « Celui qui a trahi la gauche, ce n’est pas Jack Lang mais François Hollande, a déclaré son porte-parole, Frédéric Lefebvre. La chasse à l’homme lancée contre Jack Lang par une direction finissante au PS qui n’a même pas le courage de tirer les conséquences de son échec sur toute la ligne est inquiétante ».
Les divisions du PS
Des déclarations qui ont trouvé un écho au sein du PS. Si la tactique élaborée par François Hollande a échoué de peu, elle a réveillé les divisions au sein du parti.
Plusieurs élus du PS ont dénoncé la stratégie de leur premier secrétaire, qui les a affaiblis selon eux. Dans une tribune publiée par Le Monde, Manuel Valls, Gaëtan Gorce, Christophe Caresche et Jean-Marie Le Guen ont déploré « l’occasion manquée » pour leur parti. A quelques mois du congrès de Reims, le décor est planté.
D’autant que le vote du Congrès a révélé les velléités indépendantistes du PRG, qui a voté en grande majorité la réforme. Celle-ci devrait permettre aux radicaux de former un groupe indépendant à l’Assemblée.
Jean-Marc Ayrault a annoncé hier une rencontre prochaine entre François Hollande et leur président, Jean-Michel Baylet, afin de « clarifier » la situation, évoquant indirectement les investitures pour les prochaines élections sénatoriales, fin septembre.
Mais les membres du PRG pourraient aussi être tentés par une réunification avec leurs « frères ennemis » du Parti radical valoisien, situé, lui, dans la majorité.
L’UMP, pas si unie
Le vote a permis de ressouder une UMP qui avait étalé ses divisions au cours des derniers mois. Mais il a aussi pointé des défections. A une voix près, le texte était retoqué. La faute, notamment, à six députés UMP et à un sénateur, dont Henri Cuq, François Goulard, Jean-Pierre Grand et Jacques Myard. Leur sort sera soigneusement étudié par l’Elysée.
Jean-François Copé, le patron des députés UMP, a exclu, quant à lui, toute sanction à leur encontre, tout en soulignant que chacun devait prendre « la mesure du risque qui a été pris par ceux qui ont voté non ».
Les chiraquo-gaullistes seront donc peut-être poussés vers la dissidence.
Et si la réforme des institutions avait redessiné les lignes du paysage politique ?
Source: Thomas De Rochechouart et Pierre Laberrondo (France Soir)