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Alain Juppé remet son rapport sur les priorités de la diplomatie française à horizon 2020

Alain Juppé a remis à Bernard Kouchner le Livre blanc de la commission ad hoc qu’il présidait sur « la politique étrangère et européenne de la France 2008-2020″.

Fruit de plus de six mois de travail, le texte vise à clarifier les axes majeurs de la diplomatie française, tout en préconisant une meilleure efficacité des services extérieurs de l’Etat.

« La France et l’Europe dans le monde. » En ce jour de verdict définitif du bac 2008, Alain Juppé a lui aussi rendu sa copie. Chargé en décembre 2007 par Bernard Kouchner de plancher, à la tête d’une commission ad hoc, sur les priorités de la diplomatie française d’ici à 2020, l’ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères a, vendredi matin, remis à son lointain successeur un livre blanc sur le sujet. Quelques instants plus tard, dans les salons du ministère, il en a révélé les grandes lignes à la presse.

Dans un contexte mondial qui, de l’avis de la quarantaine de membres de l’aréopage, ne devrait pas connaître de bouleversements structurels majeurs dans les douze ans qui viennent, la France est, sans surprise, appelée à prendre « toute la place qui doit être la sienne » sur la scène internationale, dixit Juppé. Ce qui passe par une certaine réorganisation des missions et des services du ministère.

En introduction de son intervention, l’ancien locataire de Matignon a tenu à pointer les efforts de rationalisation qui ont déjà étés consentis par le Quai d’Orsay ces dernières années, « avec une réduction de ses effectifs de 11% entre 1997 et 2007, et, ce qui est peut-être plus grave, une réduction de ses moyens de fonctionnement et d’investissement de 21% entre 2000 et 2008″, comme le relève le Livre blanc.

« Cette réduction ne peut se prolonger indéfiniment sans remettre en cause les ambitions européennes et internationales assignées à notre action extérieure. » Entre ambition et économies réclamées par l’Elysée à l’ensemble des ministères, la marge de la diplomatie française est donc étroite. Elle nécessite l’exploration de nouvelles voies. Et parmi les pistes préconisées par le Livre blanc, une, en particulier, interpelle: la nouvelle hiérarchisation des représentations diplomatiques françaises à l’étranger.

Trois niveaux de représentation

En clair, à la douzaine de structures existante, la commission prévoit la mise en place de trois niveaux de représentation: les ambassades « polyvalentes », dans les grandes capitales mondiales, y compris européennes; les ambassades « à missions prioritaires », chargées de s’occuper de problèmes précis; et enfin, les ambassades « à missions simplifiées », dans les pays dits « petits » et réduites à leur plus simple expression.

Cette solution aurait donc, selon ses promoteurs, l’avantage de préserver « l’universalité » de la diplomatie hexagonale, tout en contrôlant plus strictement les deniers publics. Dans une même logique d’efficacité, la formation du personnel diplomatique devrait elle aussi être revue et étoffée, afin d’aboutir à une véritable reconnaissance des métiers de l’action extérieure et à un élargissement des spécialités des expatriés.

Au niveau stratégique, la commission préconise un resserrement des priorités de la diplomatie française à un nombre restreint de priorités, clairement établies.

Devant la presse, Alain Juppé a d’ailleurs fixé à cinq le nombre de grands principes que doit défendre la diplomatie française (assurer la sécurité de la France et des Français, développer une Europe forte, concourir au respect de la paix et des droits de l’Homme, agir pour une mondialisation équilibrée et défendre la langue et la culture française).

Les actions nécessaires pourraient alors être définies par une instance de pilotage à créer: le conseil de l’action extérieure de l’Etat (CAEE), présidé par le chef de l’Etat et dont le secrétariat serait assuré par le ministère des Affaires étrangères. En outre, un autre comité, rattaché au Premier ministre, serait lui chargé des arbitrages financiers en fonction des régions et des priorités. Quant au Parlement, il doit concourir à une plus grande transparence de l’action extérieure du pays. Conformément à la réforme des institutions en cours d’examen, députés et sénateurs, via la commission des affaires étrangères des deux chambres, devraient être mieux impliqués dans les décisions stratégiques françaises à l’étranger.

Au final, Alain Juppé compte désormais sur « l’implication forte et personnelle du ministre » pour que les propositions préconisées soient appliquées dans les prochaines années.

L’ancien Premier ministre a également insisté sur un travail de pédagogie à l’adresse des agents rattachés au ministère des Affaires étrangères. « Il faut faire comprendre aux fonctionnaires que la réforme est dans leur intérêt », a-t-il déclaré, en prévision de possibles résistances au redéploiement envisagé du personnel diplomatique.

Désormais entre les mains de Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy, le rapport devrait faire l’objet d’un premier bilan à la fin du mois d’août, lors de la conférence des ambassadeurs. Alain Juppé attend l’échéance avec impatience.

Source: Nicolas Moscovici (Le Journal du Dimanche)

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