La commission des Finances du Sénat a annoncé mardi qu’elle auditionnerait l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin le 30 octobre sur le rôle joué par Matignon dans l’opération de vente de titres EADS détenus par le groupe privé Lagardère en 2006.
Dominique de Villepin sera auditionné le mardi 30 octobre à 12H00 en compagnie de son directeur de cabinet de l’époque, Pierre Mongin, et de son conseiller aux affaires industrielles, Alain Demarolle, a indiqué le sénateur UDF Jean Arthuis, président de la commission des Finances.
Le but de cette audition est « d’éclairer le Sénat sur la gouvernance publique » dans l’opération de vente d’EADS, a indiqué Jean Arthuis. Les commissions des Finances des deux chambres mènent une série d’auditions pour préciser le rôle des différents protagonistes dans l’opération vente massive d’actions fin 2005-début 2006, avant l’annonce des graves difficultés du groupe européen, qui avait fait plonger le titre en Bourse.
L’autorité des marchés financiers (AMF, le « gendarme » de la bourse) et la justice française enquêtent sur un délit d’initiés présumé commis par les principaux dirigeants et actionnaires privés d’EADS lors de cette opération. M. de Villepin sera auditionné sur le rôle joué par ses services dans la vente de titres EADS par le groupe privé Lagardère en 2006, et leur rachat par la Caisse des dépots (CDC), un organisme public.
Dominique de Villepin a reconnu dimanche que Bercy et Matignon avaient été informés à l’avance par Arnaud Lagardère de son intention de céder des titres EADS mais a affirmé qu’il ne s’agissait que d’une « information préalable » et pas de « l’instruction technique » de cette cession. Il a également réaffirmé ne jamais avoir été informé de la vente de ces titres à la Caisse des dépôts et consignations, ni même des difficultés de l’A380.
Plusieurs personnalités dont l’ex-ministre des Finances Thierry Breton et l’actuelle ministre de l’Economie Christine Lagarde ont déjà été entendues par la commission des Finances du Sénat dans cette affaire qui touche les plus hauts sommets de l’Etat.
Dans une polémique grandissante, le président Nicolas Sarkozy a promis que l’enquête irait « jusqu’au bout » afin de déterminer le rôle de l’Etat. Arnaud Lagardère, un proche de Nicolas Sarkozy, doit être auditionné le 25 octobre par la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Thierry Breton et Christine Lagarde ont tous deux assuré que les services de l’Etat avaient été « irréprochables » dans cette affaire.
Par ailleurs, lundi, une source parlementaire avait annoncé que l’ancien ministre des Finances Dominique Strauss-Kahn serait auditionné, vendredi 26 octobre, par la commission des Finances de l’Assemblée nationale sur « les conditions d’élaboration » et « le contenu du pacte d’actionnaires d’EADS ». Le président PS de la commission des Finances de l’Assemblée, Didier Migaud, a également toujours l’intention d’auditionner le ministre de l’Economie de l’époque, Thierry Breton, déjà entendu par celle du Sénat.
Selon Le Figaro, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a remis en septembre au parquet de Paris une note préliminaire « accablante pour les groupes Lagardère et Daimler, actionnaires d’EADS, ainsi que pour les principaux dirigeants du groupe européen et de sa filiale Airbus ». Soupçonnés d’avoir dissimulé les retards de livraison de l’A380, ces groupes et personnalités font l’objet d’enquêtes de l’AMF et de la justice sur de possibles délits d’initiés. Arnaud Lagardère a toujours nié avoir eu connaissance des difficultés d’Airbus avant leur annonce officielle.
Sources: Agence France Presse, Associated Press et Challenges