Dominique de Villepin était ce soir l’invité du Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro. Il était interrogé par Jean-Michel Apathie (RTL), Nicolas Beytout (Le Figaro) et Pierre-Luc Séguillon (LCI).
EADS, affaire Clearstream, loi sur l’immigration, réforme des institutions, réforme des régimes spéciaux de retraite, projet de budget 2008, politique internationale: les sujets n’ont pas manqué !
Dominique de Villepin a déclaré dimanche que l’Etat avait été « irréprochable » dans l’affaire EADS et qu’il n’avait lui-même pas été informé des modalités pratiques de l’opération de cession d’une partie des titres détenus par le groupe Lagardère en avril 2006 à la Caisse des dépôts et consignations (CDC).
Dominique de Villepin, qui était Premier ministre au moment de cette affaire, répondait aux propos d’Arnaud Lagardère qui, dans une interview publié dans le Journal du Dimanche, affirme de son côté que Matignon a été constamment informé de ses projets.
La première étape: l’information préalable
Dominique de Villepin a déclaré qu’il avait bien été informé en février 2006, par une note du groupe Lagardère, du projet de ce dernier de céder une partie de sa participation dans EADS, tout en soulignant que ce n’était qu’une « information préablable ».
Il a expliqué qu’il fallait faire la différence entre cette « première étape » de celle concernant « les conditions d’achat par la Caisse des dépôts de ces titres vendus par le groupe Lagardère ».
« Qu’Arnaud Lagardère précise, qu’il donne des éléments sur les différents points, qui dise clairement les dates, les rendez-vous » et « ainsi la vérité sera faite », a sommé Dominique de Villepin.
« C’est vrai que les services d’Arnaud Lagardère sont venus voir Bercy puis Matignon, l’ensemble de ceux qui, au sein de l’Etat, doivent être informés de ce genre de situation pour leur dire: +nous avons l’intention de céder ces titres et nous voudrions savoir si l’Etat est disposé à en faire de même pour ce qui le concerne+ », a-t-il expliqué. « M. Lagardère est d’ailleurs venu à Matignon lui-même pour rencontrer mon directeur de cabinet sur cette opération de cession », a-t-il poursuivi, datant cette rencontre du « début de l’année, en février 2006″.
« Le point qui inquiétait et qui interpellait le groupe Lagardère, c’était de savoir si l’Etat lui-même était prêt à vendre, et c’est sur ce point que nous avons nous été interrogés », a-t-il développé. « Je suis moi allé le saluer, je lui ai indiqué de la façon la plus claire que l’Etat n’entendait pas modifier sa stratégie au sein d’EADS ».
« Nous avons indiqué à Arnaud Lagardère que l’Etat ne souhaitait pas vendre ses propres titres », a insisté M. de Villepin.
« Les modalités mêmes de la cession relèvent du ministère des Finances, en liaison avec la Sogeade, et cette opération, techniquement, a été parfaitement montée et est tout à fait irréprochable », a-t-il assuré.
La deuxième étape: les conditions d’achat des titres EADS par la CDC
S’agissant de la « deuxième opération », l’ancien Premier ministre a réaffirmé: « nous n’avons jamais été informés par la Caisse des dépôts ».
Il a reconnu qu’une « note mémorandum » avait été envoyée par le groupe Lagardère « à Bercy, au début de l’année 2006, comme aux services de Matignon ». « Cette note portait sur l’opération de cession », a-t-il dit, et « évoquait l’intérêt d’un groupe d’investisseurs qui comprendrait différents établissements financiers institutionnels français (…), dont la Caisse des dépôts ».
Cette note, a-t-il indiqué, « nous l’avons envoyée en décembre 2006 à l’Autorité des marchés financiers », qui instruisait sur une présomption de délit d’initiés.
Selon l’inspection générale des finances, a-t-il rappelé, évoquant le rapport commandé par la ministre de l’Economie Christine Lagarde, « la participation de la Caisse des dépôts à un tel tour de table ne pouvait en aucune façon mériter une attention particulière de la part des services compétents du ministère de l’Economie et des Finances et, a fortiori donc, de la part des services de Matignon ».
La CDC est « un établissement investisseur » qui « intervient en toute autonomie. Il n’y avait là rien de particulier qui puisse alerter les services de l’Etat », a souligné M. de Villepin.
« Nous ne nous sommes, nous Matignon, jamais intéressés à l’instruction technique de ce dossier, tout simplement parce que ce n’est pas notre responsabilité », a certifié l’ancien hôte de Matignon. De même, concernant les conditions d’achat de ces titres par la Caisse des dépôts et consignations, « je redis ce que j’ai dit, nous n’avons jamais été informés » par la CDC, a martelé Dominique de Villepin.
Le délit d’initié qui fait l’objet d’une information judiciaire en cours
Pour lui, « la vrai polémique, c’est: +est ce qu’il y avait des informations spécifiques de la part des uns et des autres concernant les problèmes industriels que rencontrait Airbus+? ».
« Jamais nous n’avons été informés d’aucun élément concernant cette situation, industrielle, (…) d’éléments qui pouvaient peser sur le cours de l’action », a-t-il martelé. « L’Etat est tout à fait en dehors de ces polémiques. (…) Sont concernés ceux qui ont effectué une transaction. L’Etat n’a vendu aucune action ».
De son côté, Arnaud Lagardère se défend d’avoir commis un délit d’initié en vendant en avril 2006 à la Caisse des dépôts et consignations (CDC), institution financière publique, une partie de sa participation.
Le désengagement partiel (7,5% du capital au total, dont 2,5% repris par la CDC) de Lagardère s’est accompagné d’une cession similaire de titres de l’autre grand actionnaire du groupe, Daimler, et avait été précédé par des ventes d’actions de plusieurs cadres d’EADS.
Toutes ces opérations font l’objet d’une enquête – menée par l’AMF – sur de possibles délits d’initiés, dont les premières conclusions ont été récemment transmises à la justice, qui a ouvert une information judiciaire l’année dernière.
Dominique de Villepin a souligné que la vraie polémique ne concernait pas l’Etat, dont les services ont été selon lui « irréprochables », mais portait sur les éventuels délits d’initié.
« Jamais nous n’avons été informés d’aucun élément concernant cette situation industrielle, jamais nous n’avons été informés d’éléments pouvant peser sur le cours de l’action parce que ce sur quoi enquête l’AMF, c’est sur un éventuel délit d’initiés. L’Etat est tout à fait en dehors de ces polémiques », a-t-il souligné, ajoutant que Matignon avait transmis en décembre 2006 à l’AMF la note du groupe Lagardère sur son projet de cession de titres EADS.
« L’art de la défausse, un véritable sport national »
Dominique de Villepin a refusé dimanche d’endosser le costume du « bouc émissaire » dans le dossier EADS et s’est dit « prêt à rendre compte » de son action, après les déclarations d’Arnaud Lagardère assurant que son groupe avait informé Matignon « dès janvier 2006″ de son intention de vendre une part de sa participation au capital d’EADS.
« Sur un certain nombre de dossiers, de la manière la plus évidente, on recherche des boucs émissaires », a-t-il analysé au Grand Jury RTL- »Le Figaro »-LCI. « Il y a la tentation aujourd’hui de vouloir diviser les services de l’Etat », a-t-il jugé, fustigeant un « renvoi de mistigri ». « L’art de la défausse est devenu un véritable sport national. »
L’ancien Premier ministre s’est dit « prêt » à « rendre compte » de l’action de Matignon dans ce dossier « à tous ceux qui auront la vocation à faire la lumière sur cette affaire », citant la justice et les commissions parlementaires. « Nous n’avons rien à cacher » et « comme Premier ministre, j’assume tout ce qui a été fait à Matignon ».
La loi sur l’immigration
L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a réclamé ce soir le retrait « pur et simple » du dispositif sur les tests ADN du projet de loi sur l’immigration et a espéré, s’il tel n’était pas le cas, que le Conseil constitutionnel « retoque » cette mesure. « Le fait de mêler la génétique et l’immigration me paraît en soi condamnable. Je suis p
our la suppression pure et simple de cet article ». Si tel n’était pas le cas, « je parlerais plus fort », a-t-il menacé.
Après le passage du texte au Sénat, « il ne reste pas grand chose » de l’ancien amendement Mariani, si ce n’est une « usine à gaz ». « Mais pourquoi garder cet amendement si ce n’est pour battre en brèche un principe auquel nous tenons, dans un pays pas tout à fait comme les autres ? », s’est-il interrogé.
Sources: Reuters, Agence France Presse et Associated Press