Bruno Jeudy – Le Figaro – 16 décembre
Alors qu’il passe aujourd’hui le cap des deux cents jours à Matignon, le premier ministre intensifie ses rencontres avec les militants UMP. Il voit aujourd’hui ceux du Maine-et-Loire.
C’EST LA PHASE deux de l’opération séduction. Après avoir réalisé une incontestable percée dans l’opinion, Dominique de Villepin veut conquérir les militants UMP. Le pari est plutôt osé puisqu’il s’attaque au noyau dur des supporters de Nicolas Sarkozy. Deux cents jours après son arrivée à Matignon, le premier ministre se sent en confiance.
Villepin à l’assaut de l’UMP, ça ressemble pourtant à un remake de David contre Goliath. Face à l’armada sarkozyste, la petite équipe de Matignon – trois ou quatre conseillers au plus connaissent l’appareil UMP – n’a pas vraiment les armes pour rivaliser. Alors Villepin perd-il son temps ? «Non, répond François Goulard, ministre de la Recherche et villepiniste déclaré. La primaire se jouera devant l’opinion et pas à l’UMP. Mais, il ne faut surtout pas donner le sentiment qu’on méprise les militants UMP.»
Chargé du secteur clé des fédérations, le très sarkozyste Roger Karoutchi le dit sans détour : «S’il y avait un vote aujourd’hui, Sarkozy ferait 80% des voix dans le parti et Villepin à peine 20.» «L’heure n’est pas à faire un choix entre les deux. Les militants sont peut-être plus partagés qu’on ne le dit», répond Marc Laffineur, député du Maine-et-Loire, qui a invité à midi au Lion-d’Angers trois cents militants pour un «pot à huis clos» avec le premier ministre.
En seize mois, la tâche du chef du gouvernement s’annonce difficile. Pour autant, les amis du premier ministre ne veulent pas abandonner le terrain. Après tout, le présidentiable Villepin a accepté le principe d’un vote des adhérents – au début de l’année 2007 – pour soutenir le candidat de l’UMP. «On sait bien qu’on ne refera pas notre retard. Mais il ne faut rien négliger», confie un de ses proches.
Entreprise de séduction
En fait, l’entreprise de séduction a commencé bien avant sa nomination. Pendant la campagne référendaire, Dominique de Villepin a déjà effectué un minitour de France improvisant, chaque jour, un discours centré sur la France, ses valeurs républicaines et le sens du patriotisme. Succès garanti dans les milieux gaullistes. Installé à Matignon, il a invité les élus qui l’ont accueilli. Puis multiplié les «apéros» avec les parlementaires. A la rentrée, il a repris à son compte une bonne vieille technique chiraquienne : en marge de ses déplacements en province, il réunit sans la presse militants et élus UMP. Au programme : petit speech, poignées de mains et beaucoup de photos. Cela a été le cas à Dijon en octobre et à Strasbourg le mois dernier. «A la demande de Matignon, j’ai réuni deux cents gars dans un hôtel du centre. Tout le monde était content. Je ne sais ce qu’il peut retirer de ça», raconte Yves Bur, député UMP et président de la fédération du Bas-Rhin.
L’équipe Villepin a aussi essuyé des échecs. Dans la Somme, l’UMP locale a carrément boudé la visite. Soucieux d’être irréprochable, Nicolas Sarkozy vient de donner instruction aux fédérations de «bien accueillir» le chef du gouvernement.
A Matignon, ce sont deux femmes – Nathalie Briot et Florence Berthout – qui se chargent d’organiser contacts et réseaux. Chiraquienne expérimentée, Nathalie Briot veille aussi au choix minutieux des visites. Ce n’est pas par hasard si Matignon a privilégié, aujourd’hui, Cholet et Candé dans le Maine-et-Loire. Les deux députés – Gilles Bourdouleix et Marc Laffineur – sont réputés villepinistes. Un ministre résume l’intérêt de ces contacts : «Le moment venu, tout ça servira pour monter les comités de soutien à sa candidature présidentielle.»