Print Shortlink

Présidentielles 2007: Si on parlait programme?

A moins de trois mois aujourd’hui de l’échéance présidentielle, je voulais partager avec vous ma perplexité. Ma démarche passe essentiellement par des réponses à deux questions assez évidentes : quels sont les enjeux importants auxquels notre pays est confronté ? quel candidat les identifie et tente d’y apporter des ébauches de solutions crédibles ?

Le thème des retraites constitue un exemple flagrant au moment où le premier ministre le remet sur la table, à l’occasion de la publication du rapport d’étape du Conseil d’orientation des retraites. Tous les partenaires sociaux, les acteurs économiques, et plus largement tous les observateurs de bonne foi, qui comprennent les conséquences de l’évolution démographique de notre société sur les soixante dernières années, avec une réduction de la vie active couplé à un allongement de l’espérance de vie, sont largement d’accord sur le constat.

Avez-vous vu comment ces sujets sont traités par le parti socialiste, qui se contente de promettre la remise en cause de la réforme de 2003, ou propose une extension de la CSG ? Quant au programme dit législatif de l’UMP, il se limite à préconiser un rééquilibrage des régimes dits spéciaux, qui ne représente qu’environ 6% de la masse des sommes en jeux… même si l’équité requiert que leurs avantages discriminants soient renégociés pour le futur.

Un autre thème majeur est bien évidemment celui de la mondialisation, et des évolutions technologiques qui conduisent à des pertes ou délocalisations d’emplois à faible valeur ajoutée au bénéfice des pays émergents.

Au parti socialiste, on fustige, vitupère, pénalise, propose d’imposer le maintien de la taxe professionnelle trois ans après une cessation d’activité. Et de renchérir de l’autre coté sur cette mondialisation qui n’est pas une fatalité, mais demande des gouvernements « protection » et « réciprocité », comme si ces enjeux relevaient d’une logique bilatérale. Nos entreprises, tout d’abord les principales, sont largement bénéficiaires de cette mondialisation qui leur permet de conquérir des parts de marché, et de localiser leurs centres de fabrication près de leurs clients et utilisateurs. A la collectivité donc de prévenir et corriger les conséquences sociales néfastes, et d’accompagner les parcours professionnels individuels sans pour autant se substituer aux acteurs économiques.

Un autre sujet devrait être celui de la dette publique, que la candidate socialiste a largement choisi d’ignorer, l’élan de confiance créé par son élection devant suffire a résorber une partie des déficits… Quelle irresponsabilité ! Sachant que les évolutions prévisibles de l’endettement public, non point pour investir, mais pour couvrir des dépenses de fonctionnement et la charge de la dette existante, sont préoccupantes, en dépit de la note maximum de crédit dont jouit encore notre pays, à la différence de nos voisins italiens ou belges, et de taux d’intérêt historiquement bas*. Le point de départ serait de lier de façon contraignante toute dépense nouvelle à une économie ou à une recette, à identifier et non pré-existente de montant équivalent, en plus d’un plafond qui limiterait la croissance générale des dépenses à un chiffre inférieur a l’inflation annuelle.

Quel mandat aura le vainqueur si les débats n’ont pas eu lieu durant les semaines qui nous séparent de l’échéance? Prenons garde à une élection qui se jouerait sur des personnalités, des images, des illusions. Les lendemains pourraient être difficiles. Beaucoup de nos compatriotes souhaitent entendre un langage de vérité. Il est encore temps de débattre des enjeux de notre pays, et nous souhaitons y participer pour assurer une victoire incontestée de notre camp.

Par Jean-Claude Gruffat, Président du Comité d’orientation de Réforme et Modernité

  • Cf. Rapport Rompre avec la facilité de la dette publique, PEBEREAU Michel (sous la dir. de), La documentation française, Paris, 2006.

Ecrire un Commentaire