Un an après le début des émeutes urbaines de l’automne 2005, le premier ministre s’est dit déterminé, face au regain de violence, à appliquer des sanctions immédiates.
Il court, il court la banlieue, Dominique de Villepin. Depuis un an, il ne fait même que ça. Pas moins de vingt déplacements en douze mois : Aulnay-sous-Bois, Meaux, Ivry, Bobigny, Mantes-la-Jolie, Garges-lès-Gonesse, Combs-la-ville… Un an après les émeutes urbaines et la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois, le premier ministre a tenu symboliquement sa seizième conférence de presse à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). Mais ne lui parlez surtout pas « d’anniversaire » des émeutes ! La réponse claque aussitôt : « La politique de commémoration et d’anniversaire ne s’applique pas à un moment tragique. »
En attendant, le message politique est clair : Dominique de Villepin entend démontrer qu’il est toujours en première ligne alors que Nicolas Sarkozy semble plus discret sur le front des banlieues. Les amis du premier ministre « s’étonnent » que le ministre de l’Intérieur se déplace aujourd’hui à Rieutort-de-Randon, au coeur de la Lozère, alors que la tension remonte dans les quartiers.
À l’université de Cergy-Pontoise, Villepin s’est donc appliqué à défendre sa « politique globale et responsable » à l’égard des banlieues. « J’entends dire ici ou là que rien n’a été fait pour les banlieues. J’entends dire que rien ne change. Je ne veux pas l’accepter », s’est-il insurgé, réfutant les accusations d’immobilisme lancées par le PS.
Mais il a aussi affiché sa « vigilance » au moment où les incidents s’enchaînent. Des bus ont été incendiés et des véhicules caillassés à Grigny, Nanterre et Montreuil. « Nous refusons dans notre pays toute zone de non-droit », a-t-il affirmé. Avant de réclamer des « sanctions immédiates et exemplaires » pour les auteurs des récentes violences. Depuis l’Angleterre, où il participait à une réunion européenne, Sarkozy a promis à son tour des peines « extrêmement sévères ».
Confronté aux critiques de la gauche sur l’abandon de la police de proximité, Villepin a souligné qu’il ne servait à « rien » de « demander à des fonctionnaires de se promener aux heures de l’après-midi et du matin ». « Il faut être présent aux heures où il y a des risques », a-t-il ajouté, alors que le PS a inscrit le rétablissement de la police de proximité dans ses projets en cas de victoire en 2007. Réclamant de la patience, le premier ministre a fait valoir « qu’évidemment, tous les problèmes ne seront pas résolus en un jour ».
Car Dominique de Villepin refuse de réduire le débat sur les quartiers à la seule question de la sécurité.
Sur l’éducation, il a promis des efforts en matière d’orientation scolaire. « Il faut réorienter les conseillers d’orientation », a-t-il lâché. « Dans tous les pays démocratiques, on fait des stages l’été à partir de 14 ans. Prendre trois mois de vacances sans rien faire, c’est dépassé », a-t-il expliqué aux étudiants réunis dans la cafétéria de l’université. Au passage, il a indiqué que son gouvernement allait débloquer « dès maintenant » 75 millions d’euros pour achever les projets de construction de bâtiments universitaires et affecter « dès 2007 » des emplois supplémentaires dans les universités.
Sur le front du chômage, il a laissé entrevoir une «bonne nouvelle» pour les statistiques de septembre. Le chômage devrait, selon Matignon, repasser sous la barre des 9 %.
Détendu, il s’est livré au jeu des questions-réponses avec les étudiants. Le tout dans une ambiance sympathique, très black-blanc-beur. Les jeunes ont fait part à Dominique de Villepin de leur difficulté à « s’orienter » et des lacunes en matière d’enseignement des langues étrangères. À la sortie du campus, un étudiant affublé d’un tee-shirt « Anti-Sarko » a interpellé et fait sourire le premier ministre, en lui recommandant de ne pas renoncer à l’élection présidentielle.
Source: Bruno Jeudy (Le Figaro)