Les élections régionales pourraient faire un blessé grave : le parti unique de la majorité. Fort de sa victoire en 2007, le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, a fait de l’union de la droite sa doctrine électorale. Son postulat est simple : la droite rassemblée dès le premier tour crée la dynamique gagnante du second.
Depuis trois ans, le chef de l’Etat n’a eu de cesse d’élargir sa majorité, pour éliminer les candidatures concurrentes. Après avoir ouvert dans un premier temps le parti sur sa gauche, en accueillant Gauche moderne de Jean-Marie Bockel et en plaçant Eric Besson dans les instances dirigeantes du parti, le président de la République s’est allié, l’été dernier, à l’aile plus dure de la droite traditionnelle : les chasseurs et Philippe de Villiers ont intégré le comité de la majorité, en vue des élections régionales.
La majorité a désormais des airs d’auberge espagnole.
UMP, Parti radical de Jean-Louis Borloo, Nouveau Centre d’Hervé Morin, Gauche moderne de Jean-Marie Bockel, Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, MPF de Philippe de Villiers et Chasse, pêche, nature et tradition de Frédéric Nihous cohabitent.
Pour composer les listes des candidats aux régionales, la direction de l’UMP a dû faire place aux différents représentants de cette galaxie, notamment du Nouveau Centre. Résultats, les postulants de l’UMP se sont sentis lésés, frustrés. Lors du conseil national de lancement de la campagne le 30 janvier à Paris, des sifflets avaient accueilli la présentation des listes. C’est là le premier inconvénient de la doctrine de l’union de la droite : elle a eu un effet démobilisateur, à la fois sur les cadres et les militants. Mêlée à un nouvel épisode de l’ouverture avec les nominations des socialistes Michel Charasse au Conseil constitutionnel et de Didier Migaud à la Cour des comptes, l’union a laissé un goût amer aux militants à l’esprit généralement peu partageur.
Les gains de l’union sont discutables. Dominique Reynié, le directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, pourtant proche de l’UMP, juge « très risquée depuis le début » cette stratégie. Selon ce professeur de Sciences Po, l’union, payante pour la présidentielle de 2007, n’est pas transposable aux élections intermédiaires. L’équation personnelle du chef de l’Etat joue désormais négativement. En l’absence de dynamique et sans réserve de voix au second tour, la droite unie est assurée de perdre.
« On a fait un modèle d’une stratégie qui a payé lors de la présidentielle de 2007. Mais la dynamique qui a permis la victoire de Nicolas Sarkozy est singulière », expliquait Dominique Reynié dans un entretien à Libération, mardi 9 mars, avant de plaider pour une diversification de l’offre de premier tour qui permette « aux déçus de voter à droite, sans voter pour l’UMP ». « Quand les électeurs sont entrés dans le jeu, on peut espérer les récupérer au second tour. Mais si vous les voulez dès le premier tour, ils risquent de rester chez eux. » Intégré aux listes de la majorité, le Nouveau Centre réduit ses capacités d’attraction sur les déçus du MoDem de François Bayrou, comme le MPF sur les déçus du FN.
La droite argue qu’elle n’aura pas, contrairement à la gauche, à s’adonner à des « marchandages d’entre deux tours ». Mais en Ile-de-France en 2004, Jean-François Copé et André Santini avaient conclu un accord en « une demi-heure », assure le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale. L’exemple de cette région est parlant. En 2004, les deux protagonistes, partis séparément, avaient réalisé à eux deux au premier tour 40,8 % des voix (24,7 % pour le RPR, 16,1 % pour l’UDF). Six ans après, la droite unie emmenée par Valérie Pécresse est seulement créditée par les sondages de 30 %.
« L’UMP représente désormais un RPR élargi, alors que nous avons rassemblé toutes les familles de la droite », entend-on chez les parlementaires. Un membre de la direction de l’UMP se fait peu d’illusion. « Nous serons peut-être nationalement à 30 %. Pour que le jeu soit ouvert, il nous faut atteindre les 34 %-35 %. Pour ne plus être rattrapés, il faut dépasser 37 %-38 % au premier tour. » Un objectif qui semble irréalisable.
Le Nouveau Centre, ce petit parti satellite de l’UMP, créé par les anciens de l’UDF, apparaît pour l’heure comme le seul gagnant de la martingale imaginée par M. Sarkozy. A l’ombre de l’UMP, il a réussi à reconstituer son maillage territorial et son réseau d’élus. Il s’est assuré même en cas de défaite aux régionales de retrouver le stock d’élus de l’UDF en 2004. Un revers de la majorité ne le desservirait pas. M. Morin aurait beau jeu de justifier une candidature Nouveau Centre pour la présidentielle de 2012.
Mais M. Sarkozy a pris les devants. Dans l’entretien qu’il accorde au Figaro Magazine vendredi 12 mars, le chef de l’Etat avertit qu’il « n’imagine pas que les familles politiques qui travaillent ensemble pendant la durée d’un mandat se présentent divisées devant les électeurs ». Il en fait « une question d’honnêteté ».
Source: Sophie Landrin (Le Monde)