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Le Président de la République absent des commémorations de l'abolition de l'esclavage

Pour la troisième année consécutive, la France a rendu hommage aux victimes de l’esclavage. Pour cette édition, Alain Juppé a inauguré dans sa ville de Bordeaux un espace consacré aux ports négriers français.

L’absence de Nicolas Sarkozy, prêtant main forte à Angela Merkel lors d’un meeting de campagne à Berlin, a été remarquée. Le président fustige de toute façon cette Journée de « repentance ».

Pour la troisième Journée nationale de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, qui a eu lieu ce dimanche à travers toute la France, Bordeaux a voulu marquer le coup durablement. L’un des principaux ports négriers français aux XVIIe et XVIIIe siècles n’avait jamais assumé jusqu’aujourd’hui ce lourd passé. Au total, près de cinquante millions de personnes ont été déportées, via des navires européens, du continent africain en Amérique. Alain Juppé, maire de Bordeaux, a voulu mettre fin à ce silence en inaugurant, au sein du Musée d’Aquitaine, 750 m² consacrés à la traite des Noirs. La ville suit ainsi l’exemple de Nantes, autre grand port négrier français au siècle de Louis XIV.

Dans son discours inaugural, Alain Juppé parle de « politique de la juste mémoire ». Dès 1995, il a pris plusieurs initiatives en hommage des victimes du « commerce triangulaire », en inaugurant, par exemple, un buste de Toussaint Louverture, premier Noir devenu chef d’Etat, à Haïti. L’ancien Premier ministre est appuyé dans son initiative par Michèle Alliot-Marie, ministre de l’Intérieur, Christine Albanel, ministre de la Culture, et Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outre-mer. « MAM », très impliquée dans le dossier, a estimé que la démarche de Bordeaux allait au-delà d’une simple reconnaissance des fautes, mais était le « symbole de l’espoir et de la réconciliation ». Un avis qui n’est pas du goût de l’Elysée.

Une absence présidentielle remarquée

Malgré l’invitation d’Alain Juppé, le président n’était pas présent à la cérémonie d’ouverture de l’espace du Musée d’Aquitaine consacré à l’esclavage. Notoirement hostile à la démarche consistant à reconnaître un passé historique obscur, quel qu’il soit, Nicolas Sarkozy considère comme un « acte de repentance » la Journée nationale de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, établi par la loi Taubira (voté en 2001, la première Journée n’a eu lieu qu’en 2006). Une partie des élus UMP, menés par le député des Alpes-Maritimes Lionnel Luca, fustige la notion floue de « devoir de mémoire », porté par Jacques Chirac dans les années 90. Même s’il avait essayé d’associer, en février 2008, chaque élève de CM2 à la mémoire d’un déporté juif disparu en 39-45, Nicolas Sarkozy n’a jamais critiqué la position de ces parlementaires UMP.

L’agenda du président était de toute façon déjà rempli: dimanche après-midi, il se trouvait à Berlin pour prêter main forte à Angela Merkel, qui a lancé la campagne de son parti, Unions chrétiennes, pour les Européennes. Parlant de « faute politique », le Conseil représentatif des associations noires (Cran) s’est interrogé dans un communiqué sur la signification de cette absence et « sur le refus systématiquement opposé par l’Etat à sa demande d’une grande action culturelle populaire en mémoire de l’esclavage ». Réponse immédiate du conseiller spécial de l’Elysée, Henri Guaino, qui s’est exprimée sur France 5: « Le président de la République ne peut pas être partout », jugeant ce débat « vain ». Ce dernier mot, un peu rapide, risque d’amplifier la polémique.

Source: Gaël Vaillant

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