Print Shortlink

Dominique de Villepin, invité de Dimanche Soir Politique (2/2)

De M comme Mobilisation générale à V comme Voix de la France, la suite de l’intervention de Dominique de Villepin dans Dimanche Soir Politique.

M…. comme Mobilisation générale

« Je le dis depuis un certain temps: la crise est générale et elle sera durable, profonde. On peut espérer que 2010 marquera une inflexion. Je pense que vraisemblablement ce n’est qu’en 2011 qu’on pourrait voir les premiers signes d’une amélioration, sachant que pour que nous puissions voir les signes de cette amélioration, il faut une mobilisation générale. Mobilisation générale, ça veut dire mondiale, car nous sommes dans un sytème qui aujourd’hui, non seulement connaît la crise, mais connaît des ruptures profondes.

La crise, elle est née aux Etats-Unis d’un système qui alimentait la consommation par l’emprunt des bas revenus américains qui ont créé par le bais de la titrisation un phénomène d’hyper-consommation et d’hyper-spéculation. Tout cela, avec la complicité de la Chine qui exportait ses biens aux Etats-Unis. Nous avons donc une sorte de duopole qui s’est organisé, avec d’un côté ceux qui consommaient trop et de l’autre côté ceux qui épargnaient trop, tout cela, j’allais dire sur le dos de la planète. »

O… comme Ordre mondial

« Nous avons besoin sur le plan économique de davantage de concertation. Créons un conseil de sécurité au niveau des Nations unies, faisons en sorte qu’il y ait davantage de coordination entre le FMI qui serait chargé de mieux réguler le système financier international, la Banque mondiale, la Banque des réglements internationaux », a-t-il poursuivi, estimant que l’ »on ne peut pas faire confiance à chacun des Etats séparemment pour que l’ordre mondial soit plus vertueux. »

« Au niveau mondial, nous voyons bien les excès qui se sont créés: les paradis fiscaux, les centres offshores, le problème des agences de notation, le problème des normes comptables…. Autant de sujets qui sont aujourd’hui indispensables si l’on veut stabiliser l’ordre mondial. »

P… comme Parole politique

« Il y a un problème de crédibilité de la parole politique, il faut parler à chaque Français, s’ouvrir à chaque Français et sortir des batailles partisanes », a-t-il estimé, afin de répondre au « sentiment d’incompréhension et d’injustice » qui habite la population en temps de crise. « Nous ne devrions même pas à avoir à aborder ce type de sujets dans une période de crise », a-t-il ajouté.

Q… comme Quinquennat

« Nous savons tous qu’un Président de la République, il a une grande décision dans un quinquennat. C’est de savoir qui remplace son Premier Ministre, quand. C’a été la grande question pour Jacques Chirac. C’a été la grande question pour François Mitterrand. C’est très difficile et c’est au Président de la République de savoir comment il veut gouverner. »

R… comme Réformes fondamentales

« La France va de réforme en réforme sans toujours se poser la question des résultats », a estimé l’ancien Premier Ministre, jugeant qu’il faut « se méfier de l’accumulation des réformes. »

« Concentrons toute notre énergie aux réformes fondamentales qui vont permettre à la France de sortir plus forte de la crise. L’emploi: oui, il faut une priorité à l’emploi. Faisons en sorte par exemple que le financement de la protection sociale pèse moins sur le travail. Faisons en sorte que le mille-feuilles des contrats de travail permette de mieux répondre aux besoins des salariés. Faisons en sorte que la situation des jeunes soit traitée. Depuis le CPE, quelles ont été les réponses aux problèmes des jeunes? »

Dans le travail du gouvernement, « il y a certaines erreurs qui pourraient être évitées », a aussi jugé Dominique de Villepin. « Dans un travail plus collectif, le Président et le gouvernement pourraient nous économiser ce qui ressemble un peu à de la godille ou du surplace sur un certain nombre de sujets et qui ne nous renforce pas dans la crise. »

S… comme Saint-Quentin

« Saint-Quentin, c’est ‘l’UMP parle à l’UMP’. Et quand l’UMP parle à l’UMP, c’est le Président qui parle à l’UMP. Je dis simplement qu’il y a un problème, il y a un problème de démocratie. »

T… comme Tableau de chasse politique

Dominique de Villepin a aussi mis en garde contre « les réformes inutiles qui n’ont que pour but d’augmenter un tableau de chasse politique déconnecté des besoins de la Nation. »

« Faisons que les réformes qui ne sont pas absolument fondamentales dans cette période pour moderniser la France et pour répondre à la crise soient laissées de côté », a-t-il poursuivi.

U… comme UMP

Dominique de Villepin, qui n’a aucun mandat électif, s’est aussi dit « gêné de voir, au sein de l’UMP, le temps que nous passons à nous parler à nous-mêmes ». « On a l’impression que le gouvernement, le président, passent davantage de temps à se parler entre eux, à se disputer entre eux qu’à répondre aux besoin des Français », a-t-il déploré, souhaitant la fin de « ces querelles stupides ».

V… comme Voix de la France

Dominique de Villepin a encore défendu la voix « différente » de la France sur la scène internationale. « La capacité de la France à s’exprimer dépend de ses spécificités. Nous ne sommes pas (il faut que les Français s’en convainquent, et ils le savent) un pays comme les autres. Nous disposons grâce aux DOM-TOM d’un rayonnement international sur des continents où nous avons une vraie présence. Nous avons un Siège au Conseil de Sécurité. Nous avions une position originale au sein de l’OTAN, un pied dedans, un pied dehors. Tout cela faisait que quand les Français parlaient, on les écoutait davantage. »

« Il va falloir faire en sorte que cette spécificité française, cette originalité française ne s’efface pas. »

« Nous pouvons dire des choses que les autres ne disent pas (…) Moi, je ne pense pas qu’aucun pays puisse définir tout seul l’intérêt général mondial, pas plus que l’intérêt général européen. Et je pense que la France, de par son histoire, de par son exigence, a une voix qui doit être entendue. Eh bien faisons entendre notre différence, faisons entendre notre exigence sur l’ensemble de ces sujets. »

« La voix de la France est indispensable. Attention à ne pas banaliser notre diplomatie. Attention à ne pas rétrécir notre pays. »

Source: Associated Press, L’Express, Boursorama, 20 Minutes et France Inter

Ecrire un Commentaire