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Crise : pensée zéro, par Françoise Fressoz du Monde

« Sommes-nous à la hauteur ? », s’interrogeait l’autre jour Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, à propos du bouleversement historique qu’est en train d’engendrer la crise.

Interrogation légitime d’un élu qui fait régulièrement l’aller-retour entre sa circonscription et l’hémicycle de l’Assemblé nationale, voit sur le terrain les dégâts sociaux s’accumuler, l’incompréhension monter et se demande comment articuler ce vécu dramatique avec une vision d’avenir.

Quel discours servir aux Drômois ? Celui de la compassion ? du courage ? de la foi, malgré tout, dans le progrès ? Oser le mot incongru d’optimisme ? Ses doutes et interrogations sont transposables à l’ensemble des élus tant le discours politique apparaît aujourd’hui dominé par la crise plutôt que dominant sur elle .

Les anciens, du fond de leur retraite active, font ce qu’ils peuvent : Valéry Giscard d’Estaing , Michel Rocard, Lionel Jospin ont disséqué la crise pour tenter d’expliquer l’écroulement d’un monde qu’ils avaient contribué à bâtir. D’ex-premiers ministres, fraîchement ralliés au développement durable – Alain Juppé à droite , Laurent Fabius à gauche – se projettent dans l’avenir et croient entrevoir la possibilité d’un monde meilleur.

Mais au parlement zéro débat, dans les partis zéro pensée. Les libéraux font le gros dos, les sociaux-démocrates sont atones. L’ampleur du choc, en faisant sauter les digues, a anesthésié la pensée. Philosophie du moment : l’action d’abord, on pensera ensuite.

Occasion manquée ? Le 25 septembre 2008, à Toulon, Nicolas Sarkozy prend acte de la « fin d’un monde » et lance un défi : « refonder le capitalisme ». Au même moment, François Fillon en appelle à l’union nationale. Au PS des élus , très minoritaires, se demandent s’il ne serait pas judicieux de participer, sans compromission, à cette quête d’un « nouvel équilibre entre l’Etat et le marché, l’économie et la politique » que M. Jospin avait cherché à définir lorsqu’il gouvernait le pays. Idée vite balayée par le poids des clivages.

Depuis, c’est match nul. Nicolas Sarkozy épuise son capital de crédibilité dans un slalom idéologique qui désarçonne ses troupes : un coup en défense des riches, un autre en assaut des « patrons rapaces ». Les socialistes le combattent à coup de slogans sur la justice sociale mais comme ils l’auraient fait en temps ordinaire, sans rien dire de profond sur la crise.

Pendant ce temps , la radicalité progresse. « Entre Sarkozy et Besancenot, rien », résume Henri Guaino, le conseiller spécial du président, sans trop savoir s’il doit se réjouir du silence assourdissant du PS ou s’inquiéter de la montée des extrêmes. Car c’est bien le danger de ces situations historiques extrêmes : perte d’espérance, colère, rejet.

« Gare à la montée de l’antiparlementarisme », s’alarme le président du Sénat Gérard Larcher qui connaît son histoire par coeur. Pour l’UMP comme pour le PS, les élections européennes de juin seront un premier test à risque.

Source: Françoise Fressoz (Le Monde)

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