« Sur le plan de la politique étrangère, je crois que l’indépendance de la France, l’exigence d’équilibre de la France sont une nécessité.
Et que par exemple, quand il s’agit de se poser la question de savoir si nous devons ou non pleinement intégrer le commandement de l’OTAN, eh bien, je pense que cela vaut réflexion et qu’il y a beaucoup de raisons qui font que cela n’est pas opportun.
Je pense que c’est une décision qui vient à la fois à contretemps et à contresens.
A contretemps, parce que nous sommes dans un Monde qui devient enfin multipolaire.
Il n’est plus question de l’unipolarité, d’une domination américaine. Le Monde a basculé et c’est au contraire un Monde aujourd’hui où l’Occident n’est plus le centre du Monde.
Pourquoi, à ce moment précis, la France se limiterait à la famille occidentale?
Nous avons bien sûr une appartenance géographique, l’Europe. Nous avons une solidarité atlantique, mais nous sommes aussi un peu plus que cela.
Nous sommes un pays trait d’union vers l’Est et un pays trait d’union vers le Sud. Et c’est ce qui fait la France : une identité originale, une identité particulière qui nous confère des responsabilités.
Je pense que revenir dans l’organisation intégrée de l’Otan, c’est nous rétrécir. Et c’est par ailleurs renier une partie de notre vocation diplomatique.
Nous avons constamment vocation à rétablir les liens, jouer un rôle de passeur, à essayer de rendre possible la paix qui est un travail difficile. Donc je crois que ce n’est pas à la mesure de la France. Voilà donc pour le contretemps.
Le contresens, c’est très largement le fait qu’au départ, il a été question d’une condition fondamentale posée au retour plein de la France dans l’OTAN: c’est la constitution d’un pôle européen de la défense.
Ce pôle n’existe pas. Il y a quelques avancées qui ont été faites mais tout à fait marginales, secondaires. périphériques.
Je pense qu’en rentrant pleinement ainsi dans l’OTAN, nous différons encore davantage, voire nous rendons tout à fait utopique, la constitution d’une Europe de la défense.
Et je pense que dans le Monde d’aujourd’hui, qui est un Monde différent, divers, il faut éviter de reconstituer la logique des blocs.
Cette logique des blocs idéologiques, eh bien, elle est morte avec la fin de l’Union soviétique. Ne la reconstitutions pas face à l’islamisme, ne la reconstituons pas face aux pays émergents.
Je crois que ce Monde a besoin d’être divers, il a besoin de différence et que la France est là justement pour assumer ce rôle. »
Source: Dominique de Villepin au micro de Yannick Falt (France Info – jeudi 12 mars 2009)