Crise sociale en Guadeloupe, renforts militaires américains en Afghanistan, retour de la France dans l’OTAN, procès Clearstream, Jacques Chirac…
La suite du verbatim de l’intervention de Dominique de Villepin, invité d’Anne-Sophie Lapix, dans Dimanche +.
Sur la situation en Guadeloupe
Je me réjouis qu’après plusieurs semaines, le Président de la République ait décidé de répondre à l’inquiétude qui s’exprimait dans cette île et qui s’exprime de manière plus générale dans l’Outre-Mer. Nous verrons si cela suffit. C’est difficile, vous savez, de traiter une crise à chaud, une fois que les esprits se sont échauffés. (…) Plus le sujet est pris tôt, plus on a la possibilité d’accompagner les préoccupations et de répondre utilement.
Je crois qu’il y a là une première réponse économique et sociale. Des états-généraux sont prévus qui traiteront dans la globalité les problèmes de l’île et, je l’espère aussi, le problème du reste de l’Outre-Mer. Il y a, bien au-delà, une crise du modèle économique, du modèle social, du modèle culturel. Donc, ce sont des problèmes de grande ampleur, mais il fallait faire face à l’urgence.
C’est vrai qu’il y avait une inquiétude très forte liée à certaines décisions qui ont été prises récemment sur la défiscalisation, sur l’allègement des charges. Donc je crois que c’est une première étape. Et ce je souhaite, c’est que le calme revienne et qu’à partir de là, on puisse reprendre les choses au fond.
Sur l’envoi de renforts militaires américains en Afghanistan
Les Américains n’ont toujours pas dit quelle allait être leur nouvelle stratégie en Afghanistan. Renforcer aujourd’hui les effectifs en Afghanistan, c’est prendre un risque supplémentaire (…), alors même que, nous le savons, il n’y a pas de solution militaire en Afghanistan.
Nous sommes devant une situation qui se dégrade jour après jour. Donc je ne suis pas du tout favorable à un renforcement dans cette zone, en tout cas pas un renforcement français.
Sur le retour de la France dans l’OTAN
Le monde a changé depuis 1995. Depuis 95, il y a eu le 11 septembre 2001, le risque d’affrontement entre l’Orient et l’Occident. Il y a eu la crise en Irak et puis il y a aujourd’hui d’autres crises multiples sur la scène mondiale. (…)
La France est dans l’OTAN. Elle n’est pas dans le commandement intégré. Il y a trois raisons qui font que nous ne devons pas, ce serait une faute que de revenir pleinement dans l’OTAN:
- La première, c’est une raison géopolitique, géostratégique. Nous sommes dans un monde qui est en permanence en risque de confrontation, de bloc à bloc. Aujourd’hui, vouloir pleinement afficher notre appartenance à ce bloc occidental, à un moment où, nous voyons le bien, l’Occident n’est plus seul sur la scène, loin de là, et où les pays du Sud s’affirment, c’est une erreur en terme d’image et de stratégie (…).
- Deuxièmement, une raison diplomatique. Nous devons nous donner le plus de marges de manoeuvre possible. C’est la vocation de la France. Tendre vers l’Est, aller vers le Sud, en permanence trouver des solutions que d’autres ne trouvent pas: cette vocation diplomatique, nous devons l’affirmer.
- Enfin, il y a une raison de sécurité. Je pense que si nous ne voulons pas devenir une cible, alors que la France justement était capable de dépasser cette logique d’affrontement, eh bien, maintenons, maintenons cette logique d’indépendance. (…)
C’est vrai que les décisions au sein de l’OTAN se prennent à l’unanimité, c’est vrai. Mais j’ai vécu la crise irakienne, et je sais que la pression exercée par les Américains, quand ils considèrent qu’il y va de leur propre sécurité, est extrêmement difficile, extrêmement difficile à résister.
Et nous l’avons vu, nous Français. Beaucoup, à l’époque, ont critiqué la position prise par la France en disant que nous en faisions trop. Si l’on veut non seulement ne pas accepter une décision de l’OTAN mais s’opposer à une décision de l’OTAN, (c’était le cas dans la crise irakienne, parce que nous ne voulions pas une résolution des Nations Unies votée par les Etats-Unis) eh bien, si vous voulez résister aux Etats-Unis, si vous voulez être capables de dire non,eh bien, il faut une indépendance forte.
Cette indépendance forte, c’est justement le positionnement français. Donc ce n’est pas un détail. Ce n’est pas juste une signature de plus pour normaliser une position. C’est véritablement la France qui passe sous les fourches caudines d’un autre pays.
Sur le procès Clearstream qui se déroulera de mi-septembre à mi-octobre
Je dis simplement: Enfin ! Le seul véritable risque dans ce procès, c’est que la vérité soit dite. Et je la souhaite. Et je l’appelle de mes voeux.
Sur Jacques Chirac
Je l’ai croisé. (…) J’ai beaucoup d’affection pour lui. (…) Avec Jacques Chirac, c’est une histoire de 20 ans. (…) Nous avons réussi les élections présidentielles de 1995, ensemble, et ce n’était pas écrit et nous n’étions pas nombreux. De la même façon d’ailleurs en 2002. Donc, c’est une longue histoire, mais c’est surtout une histoire de fidélité.
Dominique de Villepin – Dimanche+ – 22 février 2009