Après avoir résisté pendant des mois, Nicolas Sarkozy accepte finalement de donner un coup de pouce aux ménages les plus touchés par la crise, au nom de la « justice ». Lors du « sommet social » à l’Elysée, il a proposé mercredi soir plusieurs mesures ponctuelles et la création d’un fonds pour la formation, pour un total de 2,6 milliards d’euros.
Mais cela risque de ne pas suffire à désamorcer les tensions sociales, dans une atmosphère alourdie par la mort d’un syndicaliste en Guadeloupe, pour laquelle il n’a pas eu un mot.
Les organisations syndicales sont sorties « déçues » de ce sommet social avec Nicolas Sarkozy, estimant toutes que « le compte n’y est pas ».
Le chef de l’Etat a réuni pendant près de quatre heures à l’Elysée huit organisations syndicales et patronales, en présence du Premier ministre François Fillon et de six ministres. Objectif: « tout faire pour que la crise ne fasse pas souffrir davantage les plus fragiles d’entre nous », a expliqué M. Sarkozy lors d’une courte déclaration radiotélévisée à l’issue du sommet.
« Mon devoir est de soutenir les classes moyennes » et ces mesures sont « ma réponse aux conséquences sociales de la crise ».
En l’occurrence, cette réponse passe par des réductions d’impôt, pour 1,1 milliard d’euros, des « primes » pour les familles ou les travailleurs précaires, des « bons d’achat de service à la personne » pour les familles ou les personnes âgées, et la création d’un « fonds d’investissement social » pour la formation de 2,5 à 3 milliards d’euros dont l’Etat prendrait en charge « la moitié », en débloquant « jusqu’à 800 millions d’euros supplémentaires ». Reste encore à trouver la somme manquante.
Si Nicolas Sarkozy a donc légèrement infléchi sa politique face aux tensions sociales, il a maintenu mercredi que « le seul chemin qui vaille » est « celui de l’effort, de la justice, du refus de la facilité ». Il a réaffirmé que les réformes, notamment celles des universités ou de la recherche, se poursuivraient.
« Nous sortirons de la crise en modernisant la France », « en misant tout sur l’investissement, sur la réforme, sur le travail, pas en embauchant davantage de fonctionnaires ou en rétablissant l’autorisation administrative de licenciement », ni en « augmentant massivement le SMIC », a-t-il martelé. Et il s’est limité à des mesures ponctuelles, qui ne pèseront donc que sur le budget 2009. Il est vrai que la Commission européenne met déjà en garde la France contre l’explosion de ses déficits.
Les baisses d’impôt signifient « concrètement » que « ceux qui ont déjà payé leur premier tiers provisionnel ne paieront plus rien jusqu’à la fin de l’année », a souligné Nicolas Sarkozy. Mais cette mesure laisse de côté plus de 16 millions de Français qui ne sont pas imposables.
La question du partage des profits a quant à elle été confiée à une « mission d’analyse » de deux mois conduite par le directeur général de l’INSEE Jean-Philippe Cotis, avant une discussion entre partenaires sociaux.
« Si des progrès ne sont pas réalisés, l’Etat prendra alors ses responsabilités », a-t-il assuré, sans donner plus de précisions. Le chef de l’Etat a aussi « souhaité » que les dirigeants des entreprises qui « recourent massivement à du chômage partiel ou décident un licenciement économique d’ampleur » renoncent à percevoir des bonus.
Alors que les syndicats demandent en choeur le conditionnement des aides aux entreprises à des avancées sur les salaires ou l’emploi, Nicolas Sarkozy s’est borné à proposer que, lorsqu’une aide directe est attribuée, elle fasse « l’objet d’une information-consultation du comité d’entreprise ».
Concernant la Guadeloupe, Nicolas Sarkozy a simplement rappelé qu’il devait recevoir jeudi à 17h les élus ultramarins à l’Elysée « pour répondre à l’angoisse, à l’inquiétude, et à une certaine forme de désespérance de nos compatriotes des territoires d’outre-mer ». Mais il n’a pas mentionné le syndicaliste tué lors de la deuxième nuit de violences sur l’île.
Dès leur arrivée à l’Elysée, les dirigeants syndicaux Jean-Claude Mailly (FO), Bernard Thibault (CGT) et François Chérèque (CFDR) avaient pourtant annoncé qu’ils entendaient mettre ce sujet sur la table lors du sommet social. La ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie a quant à elle annoncé mercredi après-midi l’envoi de quatre escadrons de gendarmes mobiles, soit 300 hommes, en Guadeloupe.
Reste à savoir si ces mesures satisferont des Français inquiets pour leur emploi et leur pouvoir d’achat, alors que se multiplient les plans sociaux.
La cote de popularité de Nicolas Sarkozy s’est déjà effondrée dans les sondages, alors que les syndicats ont d’ores et déjà appelé à une nouvelle journée d’action le 19 mars et que la contestation ne mollit pas dans les universités.
Source: Associated Press