Dominique de Villepin a confirmé vendredi avoir déclaré la veille à un juge que l’ancien président Jacques Chirac n’avait jamais possédé de compte bancaire occulte au Japon.
Invité sur TV5, l’ancien Premier ministre a raconté avoir pris la défense de l’ancien président lors de son audition comme témoin, jeudi à Paris, par un juge de Tahiti enquêtant sur la disparition d’un journaliste en 1997.
« Il n’y pas de compte de Jacques Chirac au Japon. En tout cas c’est ce que j’ai pu vérifier en tant que secrétaire général (de l’Elysée, ndlr) entre 1995 et 2002. C’est le témoignage que j’ai pu apporter au juge de la façon la plus claire et sans ambiguïté », a déclaré Dominique de Villepin.
« Jacques Chirac a toujours vécu avec cette exigence au coeur de servir les Français, donc laissons les polémiques où elles sont, les manipulations où elles sont », a aussi déclaré l’ancien Premier ministre.
« J’ai été son collaborateur pendant de nombreuses années et je puis donc en témoigner: il n’a jamais eu de compte au Japon », a déclaré l’ancien chef du gouvernement évoquant « des confusions, des manipulations, des interprétations ».
« Laissons la polémique, regardons la vérité, ne salissons pas l’honneur d’un homme », a déclaré M. de Villepin, interrogé sur ce qu’il avait dit au juge de Papeete Jean-François Redonnet.
Le juge Redonnet enquête sur la disparition le 15 décembre 1997 du journaliste Jean-Pascal Couraud, hostile à Gaston Flosse, l’ex-président et homme fort de la Polynésie française dans les années 1980 et 1990 et proche de l’ancien président français.
Dans le cadre de son enquête, le juge aurait été amené à s’intéresser à des transferts de fonds vers un compte dans une banque japonaise qu’aurait détenu Jacques Chirac. Compte que l’ancien chef de l’Etat dément « catégoriquement » avoir jamais possédé.
Le magistrat examine l’hypothèse soutenue par la famille du disparu selon laquelle il a été assassiné parce qu’il avait découvert des liens financiers entre le supposé compte japonais de Jacques Chirac et Gaston Flosse.
Cette hypothèse semble très fragile, dans la mesure d’abord où le corps du disparu n’a jamais été retrouvé et que son assassinat n’est pas avéré.
Le magistrat dispose d’une déposition d’un ancien membre du service d’ordre de Gaston Flosse parlant d’un meurtre et a découvert lors d’une perquisition chez ce dernier une lettre d’un autre membre de ce service d’ordre racontant que le journaliste a été enlevé, torturé puis jeté à l’océan.
L’autre fragilité du dossier est la faiblesse des éléments reliant l’affaire au supposé compte japonais de Jacques Chirac, dont l’existence, niée par l’ancien président, est par ailleurs loin d’être avérée.
Après une perquisition aux services secrets en juin 2008, ce magistrat a obtenu ces derniers mois la remise de documents classés « secret-défense » relatifs à l’existence éventuelle de ce compte bancaire, qui ne semblent pas permettre de conclure.
Dans une déposition en mars 2006 dans le cadre de l’affaire Clearstream, le général à la retraite Philippe Rondot avait mentionné des documents de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) faisant état d’un compte japonais à la Tokyo Sowa Bank, crédité d’une somme évaluée à 300 millions de FRF, soit 45 millions d’euros.
Il était ensuite revenu sur ces propos dans les médias et devant le juge Redonnet. Son avocat, Me Eric Morain, avait alors expliqué que le général avait été chargé d’enquêter sur une possible tentative de déstabilisation de M. Chirac avant la présidentielle de 2002. Il avait ajouté que sa conclusion était qu’ »il y avait un fond de vérité non pas sur l’existence du compte ou d’un compte supposé » mais « sur le fait qu’il avait été monté un dossier à l’encontre du président ».
Après l’audition de M. de Villepin, le juge Redonnet ne devrait pas interroger l’ancien président, selon son avocat Jean Veil.
« Le juge n’a pas pris contact avec M. Chirac. J’imagine qu’il ne le fera pas puisqu’il avait justifié sa perquisition à mon cabinet par le fait qu’il ne pouvait pas interroger l’ancien président en vertu de l’immunité qui résulte de l’article 67 de la Constitution », a-t-il déclaré.
Sources: Reuters et Agence France Presse